Le quartier Saint-Jean-Baptiste à une autre époque.
Le cœur de Québec à travers ses noms de rues
Un brin d'histoire avec… la Société historique de Québec)
Situé dans le prolongement de la ville fortifiée, le quartier Saint-Jean-Baptiste s’étire sur le dos de la colline de Québec jusqu’à l’avenue de Salaberry, l’ancienne limite ouest de la ville. Les premiers habitants de ce quartier ont donné le nom de coteau Sainte-Geneviève au versant nord des hauteurs du cap sur toute sa longueur. Par cette appellation, les premiers colons ont voulu perpétuer en terre d’Amérique le souvenir de la patronne de Paris.
Bien qu’amorcé à la fin du 18e siècle, le développement du faubourg Saint-Jean-Baptiste ne prend véritablement son élan que durant les premières décennies du 19e siècle. À partir de 1795, l’activité économique de la ville, centrée sur le commerce du bois et sur les chantiers maritimes, favorise l’expansion urbaine à l’extérieur des murs de Québec. Alors qu’en 1795, trois habitants sur quatre résident à l’intérieur de l’enceinte, c’est plus de la moitié de la population qui, en 1818, habite dans les faubourgs de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Roch. Le faubourg Saint-Jean occupe des terrains qui descendent en gradins vers le coteau Sainte-Geneviève. Le coût abordable des terrains et l’affluence que connaît la rue Saint-Jean, tronçon de la seule route qui existe alors de Québec vers Montréal, sont propres à attirer les marchands et les ouvriers des chantiers navals qui souhaitent s’éloigner de leur milieu de travail.
Aiguillon (rue d') : va de la rue des Glacis à la rue Saint-Jean. Les autorités municipales de la ville de Québec voulaient, au début, donner le nom de rue d’Aiguillon à la rue Elgin actuelle. Heureusement, ils ne donnèrent pas suite à leur intention et appelèrent plutôt de ce nom la rue qui allait de la rue Saint-Eustache – aujourd’hui disparue – à la rue Racine, dans le faubourg Saint-Jean. Cette rue a été nommée en l’honneur de Marie-Madeleine de Vignerot, duchesse d’Aiguillon (1604-1675), nièce du cardinal de Richelieu, dame de compagnie de Marie de Médicis, femme d’Henri IV, et fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Québec. Cette grande dame ne vint jamais au Canada, mais elle encouragea les œuvres de charité et de missions dans notre colonie naissante.
Artillerie (rue de l') : allait de l’avenue Dufferin à la rue Scott. Cette rue, qui est aujourd’hui disparue, a été ainsi appelée parce que les casernes de l’artillerie de Québec s’y trouvaient autrefois.
Bon Pasteur (rue du) : allait autrefois de la rue Lachevrotière à la rue Berthelot (prolongée plus tard jusqu’à la rue Claire-Fontaine). Cette rue tient son nom de la communauté des Servantes du Cœur immaculé de Marie, dites Sœurs du Bon-Pasteur, fondée à cet endroit le 11 janvier 1850 avec l’ouverture d’un premier refuge pour ex-détenues. Les instigateurs de cette œuvre sociale furent George Manly Muir, membre-fondateur de la Société Saint-Vincent-de-Paul de Québec, et madame François-Xavier Roy (Marie-Josephte Fitzbach). À l’œuvre des femmes en difficulté, les Sœurs du Bon-Pasteur ajoutèrent, dès le début, celle de l’éducation de la jeunesse. Les religieuses possédaient divers bâtiments qui étaient délimités par le quadrilatère des rues Saint-Amable, Berthelot, Bon-Pasteur et de la Chevrotière.
Burton (rue) : va de la rue Claire-Fontaine à la rue Scott. Par ce nom de rue, on a voulu rendre hommage à sir Francis Nathaniel Burton (1766-1832), lieutenant-gouverneur du Bas-Canada de 1808 à 1832. En 1825, sir Burton remplaça le gouverneur du Canada, lord Dalhousie, qui avait été rappelé temporairement en Angleterre.
Claire-Fontaine (rue) (aujourd’hui rue de l’Amérique française) : va de la rue Saint-Jean à la Grande-Allée. La rue suit la frontière entre la propriété des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Québec et celle des Ursulines. En 1790, les deux communautés cèdent de part et d’autre d’une ligne, qui a été tracée cette année-là par l’arpenteur Louis Perrault, une lisière de terrain de 15 pieds qui servira au tracé de la rue Claire-Fontaine, alors un simple sentier. Cette ligne vient couper à angle droit une autre ligne qui deviendra la rue Saint-Patrick.
Cliff View (rue) (disparue aujourd’hui): allait de la rue Saint-Eustache à la côte Samson. Cette rue était ainsi nommée en raison de l’escarpement du cap à cet endroit et de la belle vue qu’on avait alors de cette rue sur la vallée de la rivière Saint-Charles.
Conroy (rue) : allait autrefois de la Grande-Allée à la rue Sainte-Julie. En 1877, George Conroy, évêque du diocèse d’Ardagh, en Irlande, avait été nommé par le pape délégué apostolique au Canada pour vérifier si le parti libéral fédéral de Wilfrid Laurier ne prônait aucune doctrine répréhensible de la part de Rome. Malheureusement, le délégué papal ne pourra compléter sa mission, car, sur le chemin du retour, il meurt le 8 août 1878.
D’Artigny (rue); allait de la Grande-Allée à la rue Saint-Patrick. Deux frères, Charles-Amable et Michel-Amable Berthelot, possédaient des terrains dans ce secteur au début du 19e siècle. Leur propriété, ancienne terre du sieur Louis Rouer d’Artigny, avait été acquise en 1748 par leur ancêtre, le marchand Charles Berthelot.
Drolet (rue) (aujourd’hui De Lorne) : allait autrefois de la rue de l’Artillerie à la rue Saint-Patrick. Cette rue a une origine obscure. Il se peut que ce nom ait été donné à cette rue en souvenir d’un citoyen ou d’une famille de ce nom qui aurait donné l’espace nécessaire pour ouvrir cette voie de communication ou qui l’aurait ouvert de sa propre autorité. D’ailleurs, Louis-Philippe Gingras, le greffier-adjoint de la ville, écrivait encore en 1947 : « Les rues s’ouvrent au petit bonheur (à Québec). Après qu’une subdivision de terrain a été approuvée par la Commission d’urbanisme, le propriétaire du terrain le plus souvent ouvre lui-même les rues nouvelles et leur donne le nom qu’il veut. »
Dufferin (ave) : allait de la rue Dauphine à la Grande-Allée. Rue nommée en l’honneur de Frédérick Temple, lord Dufferin (1826-1902), gouverneur général du Canada de 1872 à 1878. Le nom du gouverneur Dufferin a été donné également à la magnifique terrasse qui domine le fleuve à Québec; c’est en bonne partie à son intervention que la ville doit d’avoir conservé ses vieux murs d’enceinte qu’il était question, à cette époque, de démolir.
Kent (rue) : va de la rue Dauphine à la rue Saint-Jean. Ce nom rappelle le souvenir d’Édouard Auguste, duc de Kent (1767-1820), qui, en 1791, vint résider durant deux ans au Canada à la tête d’un régiment, où son affection pour la discipline sévère le rendit très impopulaire. Le duc de Kent passa son séjour ici avec sa maîtresse, Thérèse-Bernadine Mongenet, dite Julie de Saint-Laurent, d’origine française, dans la maison Kent, sur la rue Saint-Louis, ainsi qu’au « Kent House », en haut de la chute Montmorency. Cette appellation de rue Kent date de mai 1937.
O’Connell (rue) (rue disparue aujourd’hui) : allait de la rue Saint-Augustin à la côte Sainte-Geneviève. Cette rue fut habitée, à l’origine, par des Irlandais, qui donnèrent à cette rue le nom de Daniel O’Connell (1775-1847), homme politique irlandais. Cette rue porta le nom de Saint-Jacques jusqu’en 1876.
Plessis (rue) (disparue) : allait de la rue Scott à la rue Claire-Fontaine. Elle fut nommée ainsi en l’honneur de Mgr Joseph-Octave Plessis (1763-1825), qui fut évêque de Québec de 1806 à sa mort. Mgr Plessis ne prit jamais le titre d’archevêque, reçu en 1819, pour ne pas indisposer le gouvernement anglais de l’époque.
Prévost (rue) (disparue) : allait de la rue Scott à la rue Claire-Fontaine. Cette rue a reçu ce nom pour rappeler le souvenir de sir George Prévost (1767-1816), gouverneur général du Canada de 1811 à 1815.
Saint-Amable (rue) : va de la rue Saint-Augustin à la rue Claire-Fontaine. Cette rue doit ce nom à Charles-Amable Berthelot, qui fit ouvrir plusieurs rues sur des emplacements de terrains qu’il possédait dans ce secteur.
Saint-Eustache (rue) (disparue) : allait de la rue Sainte-Julie à la rue Cliff View. Ici, la seule origine que je peux mentionner est celle du saint lui-même, Eustache, un général de l’empereur Trajan, martyr à une date indéterminée; fête le 20 septembre.
Saint-Gabriel (rue); va de la côte Sainte-Geneviève à la rue Claire-Fontaine. Cette rue tient son nom de mère Saint-Gabriel, née Anne-Élisabeth Godefroy de Normanville, supérieure de l’Hôtel-Dieu de Québec de 1807 à 1813. Dans un ouvrage, j’ai noté que cette institution possédait des terrains sur cette rue, et il se peut qu’une cession d’une partie de ces terrains ait été faite par la communauté de religieuses à la ville pour l’ouverture ou pour la prolongation de la rue Saint-Joachim, plus à l’est, qui s’étendait dans le même axe que cette rue.
Sainte-Geneviève (côte) : allait de la rue Saint-Patrick à la côte d’Abraham. Comme dans le cas de l’avenue Sainte-Geneviève, dans le Vieux-Québec, il s’agit du nom de la sainte patronne de Paris.
Sainte-Julie (rue) (disparue) : allait de l’avenue Dufferin à la rue Saint-Michel. Cette rue rappelait le souvenir de Geneviève-Julie Berthelot, fille de Charles-Amable Berthelot et de Geneviève Channazard, qui, au 19e siècle, devint religieuse ursuline à Québec sous le nom de sœur Saint-Joseph.
Saint-Michel (rue) (disparue) : allait de la rue Saint-Amable à la rue Saint-Patrick. Cette rue rappelait le souvenir de Michel Berthelot, le frère de Charles-Berthelot d’Artigny.
Saint-Patrick (rue) : allait autrefois des fortifications à la rue Scott. Comme la rue O’Connell, cette rue était autrefois habitée par des Irlandais, qui ont tenu à donner à leur rue le nom de leur saint patron, Patrick (5e siècle), apôtre de l’Irlande. Jusqu’en 1876, elle portait le nom de Nouvelle.
Saint-Simon (rue) (disparue) : allait de la rue Saint-Patrick à la rue de l’Artillerie. La rue tirait son nom de la famille de Denys de Saint-Simon, qui possédait des terrains dans les environs. Il appert que le site du vieux cimetière écossais de l’église Saint-Matthew, sur la rue Saint-Jean, appartenait à cette famille.
Scott (rue) : va de la Grande-Allée à la rue Saint-Jean. On a donné ce nom à la rue en souvenir de Thomas Scott (1774-1823), un soldat, qui était le frère du célèbre poète et romancier sir Walter Scott. Cet homme aurait été inhumé dans le cimetière écossais de l’église de Saint-Matthew, sur la rue Saint-Jean. Il était arrivé à Québec en 1814 avec son régiment.
Stuart (rue) (disparue) : allait de la rue Saint-Joachim à la rue de l’Artillerie. Elle portait le nom de George O’Kill Stuart, maire de Québec de 1846 à 1850.
* (Collaboration spéciale Raymond Laberge, historien)
Pierre Paré
Commentaire mis en ligne le 21 octobre 2008J'en veux plus, et encore plus.....
Et plus de détails, comme: "Allait de telle rue à telle rue à l'endroit où se trouve aujourd'hui tel édifice" ou "a changé de nom pour..."