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Les 100 jours de réingénierie sauce Labeaume

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Article mis en ligne le 7 mars 2008 à 10:30
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Les 100 jours de réingénierie sauce Labeaume
L’hôtel de ville de Québec fait peau neuve. Pour accéder aux bureaux de la mairie, il faut traverser un vaste chantier de construction, qui s’étend du sous-sol au cinquième étage. Autour de nous, murs et plafonds présentent de profondes cicatrices. Des fils pendouillent partout, les tuyaux s’étirent au-dessus de nos têtes au grand jour. On respire un cocktail de poussière de plâtre, de bran de scie, de colle et de peinture. Comme pour ajouter à ce climat trouble, le premier étage est devenu le troisième, le troisième le cinquième et ainsi va pour les autres. Sans compter des numéros de portes qui de pairs sont devenus impairs et vice versa. Une chatte n’y retrouverait plus ses chatons.

Émergeant du nuage propre à un chantier, avançant d’un pas décidé, distribuant les salutations enjouées aux uns et les encouragements aux autres, le nouveau maire Régis Labeaume et ses hommes de confiance Paul-Christian Nolin et Roger Gauthier font leur entrée. Visiblement, la maire est en pleine forme, de retour d’une pause d’une semaine. Sa superbe est nourrie par la fierté qu’il retire de ses 100 premiers jours au pouvoir. En bout de piste, nous retiendrons de cette table éditoriale qu’il accordait à l’équipe de Québec Hebdo, que Régis Labeaume est en plein contrôle de la situation. En 100 jours seulement, il estime avoir complété son apprentissage de l’appareil municipal sans pour autant avoir terminé d’apprendre. «Ce n’est pas une phase deux, que j’aborde, c’est la continuité qui se poursuit», dit-il du déploiement de ses modes de gestion largement inspirés de l’entreprise privée.

Bien qu’il admette devoir modifier son style quelques fois frondeur, bougonneux, voire baveux, il continue néanmoins à tenir des propos loin de la langue de bois à laquelle nous ont habitués maints politiciens. Ses réponses sont directes, franches. Bon communicateur, il trouvera le mot, l’image pour illustrer son propos. Sa dernière trouvaille est l’expression «façadéisme» pour qualifier le combat des tenants du maintien de la façade de l’église Saint-Vincent-de-Paul sur la côte d’Abraham. Il est nouveau en politique, mais déjà il sait être populiste et se faire comprendre de la population. Il est vrai que depuis son élection, il a déjoué plus d’un observateur en s’attaquant, d’entrée de jeu, à ses propres priorités plutôt qu’aux dossiers quotidiens. Il voulait dès le départ imprimer la marque Labeaume à l’hôtel de ville. Ce n’est pas la quelconque et insipide réingénierie qui a jadis été proposée aux électeurs québécois et qui a tourné au vinaigre dont il s’agit. Labeaume parle de changer profondément la culture autant au niveau de la gouvernance que de la fonction publique.

Si certains chefs syndicaux ont réagi avec vigueur à l’approche Labeaume, le ton a baissé depuis quelque temps, ceux-ci trouvant des inspirations créatrices à la nouvelle façon de faire. Mais le vrai débat que mènera le nouveau maire a commencé à se dessiner à la fin de ses 100 jours: celui de la gouvernance de la Ville. D’ici une dizaine de jours, le comité aviseur retenu par le maire doit faire rapport sur l’état de la situation et la suite à y apporter. À écouter le discours ferme du maire, il est difficile de croire autre chose que l’on privilégiera une réforme des limites d’arrondissements qui tiendront compte de la désaffection des villes de Saint-Augustin et L’Ancienne-Lorette et du nombre élevé de conseillers municipaux, 37 étant en poste actuellement.. Préparez-vous à ce que le maire attende de pied ferme ceux qui s’y opposeront en brandissant le spectre du déficit démocratique. Pour Régis Labeaume, le vrai déficit démocratique, c’est le déficit de confiance envers l’appareil municipal. Il n’a plus qu’un an et demi environ avant de compléter ce virage, avant le prochain scrutin de décembre 2009. Si les employés ont modifié leur attitude face au plan Labeaume, la partie sera plus difficile avec ses collègues du conseil municipal. Les uns sont toujours tenants de la sécurité d’emploi, alors que chez les autres, certains y joueront leur emploi.

Pas de doute. Régis Labeaume passe haut la main le test des premiers 100 jours. Avec un taux de satisfaction qui est grimpé jusqu’à 80 %, force est d’admettre la popularité de son approche. Se maintenir à ce niveau sera sûrement difficile. C’est pourquoi il se montre plus conciliant, sans verser dans la compromission. Ses deux grands défis, à savoir le renouvellement de culture de travail appuyé sur de nouvelles conventions collectives négociées et un nouveau mode de gouvernance municipale, lui serviront de tremplin vers un nouveau mandat de quatre ans à la tête de la Ville. En fait, il joue la prochaine élection.

Pendant que les ouvriers mettent la dernière main au réaménagement des murs de l’hôtel de ville, son maire s’attaque aux us et coutumes de son âme.

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