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Le temps n’est pas à l’élection

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Article mis en ligne le 29 février 2008 à 10:30
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Le temps n’est pas à l’élection
Ouf! On l’a échappé belle. Les Canadiens n’iront pas en élection, du moins à court terme. Et c’est bien ainsi.

D’une part, Stéphane Dion a évalué que les mesures comprises dans l’énoncé budgétaire de mardi dernier ne contenaient pas d’éléments suffisamment «nocifs» pour l’autoriser à renverser le gouvernement Harper. D’autre part, un sondage CROP-La Presse, publié en début de semaine, soutenait que, dans une proportion de 73 %, les électeurs rejettent l’idée d’une élection hâtive. Pas certain que la population cautionnerait l’idée d’une élection générale qui engendrerait des déboursés de 300 M$ et plus alors qu’on anticipe un ralentissement économique, que le pays se débat dans une crise majeure de l’industrie manufacturière ou que nos infrastructures sont plus déglinguées que jamais.

Bien que minoritaire, ce gouvernement a été élu pour gouverner. Qu’il gouverne donc! On jugera plus tard. Au fait, le même sondage dont je faisais état plus haut révèle à grands traits que la population se satisfait volontiers de ce type de gouvernement qui voit sa marge de manœuvre restreinte. Ainsi, la stratégie du chef de l’opposition d’appuyer le budget Flaherty repose sûrement sur l’analyse de la volonté populaire exprimée dans ces sondages. Bien entendu, de nombreux observateurs ou opposants dénoncent le chef libéral parce que le gouvernement a été maintenu au budget de 2007, sur la question de l’Afghanistan, sur la question de raffermir le système judiciaire et à nouveau sur le dernier budget. On aurait souhaité que les Libéraux profitent de la première occasion pour renverser le gouvernement. Qui a dit que le rôle de l’opposition était d’impérativement provoquer la chute du parti au pouvoir?

Au Québec, la situation est identique. Libéraux et Péquistes établissent des orientations stratégiques qui ont pour effet de bloquer les attaques de l’ADQ et de maintenir Jean Charest en poste. Résultat, les deux vieux partis remontent leur cote de popularité respective, alors que la formation de Mario Dumont s’effondre lamentablement. Ici même à Québec, le Renouveau municipal a payé cher sa stratégie d’opposition à tout crin devant la défunte mairesse Andrée P.-Boucher. Ann Bourget a essuyé une défaite cinglante et est rentrée dans ses terres pendant que son successeur, Jean-Marie Matte, a considérablement modifié le ton aux rencontres des élus municipaux pour le plus grand bien de la démocratie.

L’opposition doit s’inspirer du «fair-play» britannique. Elle doit questionner, remettre en question, exiger des comptes. Son action et les pressions qu’elle exerce sur le détenteur du pouvoir doivent favoriser une saine gestion des affaires publiques. Ce rôle doit s’exercer avec parcimonie devant un gouvernement majoritaire et plus encore dans le cas d’un gouvernement minoritaire. L’exercice démocratique ne se confine pas que dans les questions électorales, mais doit se faire valoir dans l’administration courante de l’État.

Renverser un gouvernement peut être lourd de conséquences autant pour la gestion de l’appareil gouvernemental que pour les partis et les hommes politiques concernés. Si on se fie à l’humeur politique du moment, les Canadiens se seraient probablement retrouvés avec un nouveau gouvernement minoritaire et 300 M$ en moins. Ni l’équipe Harper, ni l’équipe Dion ne souhaitaient cette conclusion. Le ministre des Finances et son chef ont bien saisi les enjeux, tout comme le chef de l’opposition. De là un budget mièvre, qui ne provoque pas trop les Libéraux et qui ouvre un large pan du débat aux gens de Jack Layton et de Gilles Duceppe.

Reste à voir jusqu’où pourra survivre le gouvernement Harper. En vertu d’une législation de son cru, M. Harper a institué une élection à date fixe. Le prochain rendez-vous est fixé pour octobre 2009. D’ici là, en tout temps, les Libéraux pourront fermer le robinet. Et, ils le feront, car ils ne voudraient surtout pas être taxés d’avoir maintenu un premier gouvernement minoritaire canadien jusqu’à la conclusion de son terme. Faut bien se garder une petite gêne quand même…

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