Percée québécoise dans le domaine de la maladie bipolaire et la dépression
Après plus de 30 ans d’utilisation du lithium comme principal traitement de la maladie bipolaire, ou syndrome maniaco-dépressif, son mode d’action est progressivement mis à jour. Le Dr Martin J. Beaulieu, détenteur d’une chaire de recherche du Canada au Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard (CRULRG) à Québec, et ses collègues de l’équipe du Dr Marc G. Caron, de l’Université Duke à Durham en Caroline du Nord, ont récemment publié dans la prestigieuse revue scientifique Cell un mécanisme cellulaire qui pourrait enfin expliquer le mode d’action du lithium sur le comportement.
Cela pourrait mener à de nouvelles formes de traitement. De plus, ces résultats trouvent un prolongement dans une autre découverte, celle-ci sur l’action de la sérotonine, publiée aussi en janvier par le Dr Beaulieu et ses collaborateurs de Duke dans le Proceedings of the National Academy of Sciences des États-Unis (PNAS). Cette deuxième publication démontre des mécanismes d’actions communs entre le lithium et la sérotonine, un neurotransmetteur modulé par les antidépresseurs.
«C’est véritablement une percée majeure que celle du Dr Beaulieu, souligne le Dr Michel Maziade, directeur scientifique du CRULRG et président de la NeuroCité. Ces nouvelles technologies mèneront à de nouvelles formes de traitement de cette maladie qui touche 1 % de la population québécoise et canadienne. Nous sommes d’autant plus fiers d’avoir cette année rapatrié des États-Unis ce jeune chercheur québécois de renom afin de pousser la recherche sur le neurone, le cerveau et les maladies du cerveau.»
«Le Dr Beaulieu a désormais accès, grâce au CRULRG et à la NeuroCité, à un réseau de chercheurs d’élite, des partenariats et associations uniques entre l’entreprise privée, le milieu universitaire et la communauté scientifique», poursuit le Dr Maziade.
La découverte
Lorsqu’ils sont activés par la dopamine, les récepteurs dopaminergiques de type D2 induisent une cascade d’événements moléculaires responsables de la réponse du neurone, notamment en conduisant à la formation d’un complexe de signalisation composé du récepteur D2, de kinases et de phosphatases maintenus ensemble par une protéine appelée béta-arrestin 2. Les chercheurs ont montré que le lithium affecte le comportement de souris modifiées génétiquement en interférant avec des mécanismes de signalisation induits par l’activation des récepteurs dopaminergiques. Les comportements exhibés par ces souris modifiées génétiquement rappellent ceux observés chez un patient ayant pris des drogues comme les amphétamines, une drogue employée pour simuler les comportements maniaques et psychotiques.
Utilisant une lignée de souris dépourvues de béta-arrestin 2, les chercheurs ont observé que plusieurs des effets liés à l’activation du récepteur D2 avaient disparu. «Nous avons alors cherché à savoir si les effets du lithium résultaient d’une interaction avec le complexe récepteur-kinases-phosphatases, lui-même dépendant de la béta-arrestin 2, souligne le Dr Beaulieu. Et nous avons observé que le lithium déstabilise de manière sélective ce complexe.»
«Bien que ce mécanisme d’action n’explique pas tous les effets thérapeutiques du lithium, cette découverte représente une avancée très importante pour le développement de médicaments au mode d’action similaire, mais sans les désagréables effets secondaires du lithium», ajoute le Dr Beaulieu.
En plus de sa chaire de recherche du Canada, le Dr Beaulieu bénéficie d‘octrois des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et de la National Alliance for Research on Schizophrenia and Depression (NARSAD).
À propos du Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard
Le CRULRG a pour mission d’accélérer le développement de la science et de la technologie sur le neurone, le cerveau et les maladies du cerveau. Les activités du CRULRG ont plus que doublé depuis cinq ans, elles atteignent 10 M$ par an en octrois scientifiques obtenus nationalement et internationalement. Le CRULRG compte 400 membres chercheurs, étudiants en formation à la maîtrise et au doctorat et personnel hautement qualifié.
À propos de la NeuroCité
La NeuroCité est un complexe privé, industriel et académique de calibre international, en interaction avec le Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard. La NeuroCité vise à accroître le retour sur l’investissement sociétal en science et ses applications, en diminuant la durée de développement de nouvelles technologies afin d’accélérer leur entrée sur les marchés commerciaux. La NeuroCité agit comme catalyseur des activités scientifiques déjà solidement implantées dans le secteur d’Estimauvile de la ville de Québec.
* (Source: La NeuroCité)