L’essentiel!
Quand le téléphone a sonné, j’étais sur le point de rédiger cette chronique. Quinze minutes plus tard, j’ai commencé à écrire, mon sujet n’était plus le même.
Imaginez que vous et votre conjointe êtes en vacances avec l’amie d’enfance de votre conjointe et son conjoint. Après une semaine, ces amis quittent pour revenir au Québec alors que vous continuez de vous prélasser sur la plage de Varadero. À votre retour, une semaine plus tard, vous apprenez que votre ami a été hospitalisé d’urgence. On lui a découvert une tumeur au cerveau, il sera opéré dans quatre jours. L’opération a lieu. Quelques jours plus tard à peine, ce jeune retraité de 60 ans (il a pris sa retraite il y a quelques mois) court dans les corridors de l’hôpital pour se remettre en forme.
Après une rencontre avec le médecin/oncologue, il entreprend un dur traitement de radiothérapie, combiné à un traitement de chimiothérapie. Chaque jour, il prend le bus pour effectuer le trajet Charlesbourg-hôpital de l’Hôtel-Dieu. Il est d’un positivisme à toute épreuve, mais il fait aussi preuve de beaucoup de réalisme. Il marie sa conjointe de fait pour, on ne sait jamais, lui éviter des problèmes au cas où…En homme sage, il met de l’ordre dans ses papiers, voit son comptable et son notaire. En homme prévoyant, il s’assure de faire ses préarrangements funéraires. En battant, il poursuit ses traitements et réconforte tout le monde autour de lui. Il vaincra.
Imaginez maintenant que vous êtes hospitalisé à votre tour pour une délicate intervention chirurgicale. Imaginez aussi que le matin où vous êtes opéré, cet ami, toujours en traitement, fait un détour, toujours en autobus, pour venir vous porter le chapelet de sa mère. Bien sûr, il sait que vous n’êtes pas très croyant, mais lui l’est et sa mère, avant de mourir, lui a dit de faire confiance à Dieu. «Avec son chapelet, ça va bien aller mon Jean-Claude».
Imaginez ensuite que cet ami va mieux. Le traitement expérimental de chimiothérapie auquel il s’astreint quotidiennement donne des résultats. Il prend du poids. Il recommence à s’entraîner, ses cheveux repoussent, la vie est plus belle que jamais même si l’angoisse est là, omniprésente. Elle sera toujours là mais on peut faire avec, sauf la nuit, de temps en temps «quand on se sent vraiment seul», confie-t-il.
Imaginez finalement qu’au moment où vous préparez votre chronique, vous apprenez que le cancer de votre ami récidive. Vous savez qu’il va reprendre le combat avec courage, mais vous trouvez ça totalement injuste et révoltant. Vos choix de sujets vous semblent soudain bien peu importants. Qu’importe le caractère soupe au lait du maire Labeaume, le ramassage de la neige dans votre rue ou l’imbécilité du RTC qui se refuse à prioriser l’embauche des chauffeurs de Transport Auger à Saint-Augustin, même s’ils conduisent des autobus depuis plus de 15 ans. Qu’importe aussi la pseudo-transparence du 400e, la piètre parade du Carnaval à Charlesbourg ou la pauvre performance de nos politiciens.
Vous vous rendez subitement compte que vous n’avez jamais écrit sur la vie, la mort, l’amitié et l’amour. Avant de l’oublier, vous avez tout à coup le goût d’en parler parce que, finalement, c’est ça l’essentiel!
* (Collaboration spéciale Jean-Claude L'Abbée)