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La mondialisation réductrice

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Article mis en ligne le 8 février 2008 à 9:15
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La mondialisation réductrice
Une entreprise phare de l’entrepreneuriat local nous glisse entre les doigts. Crocs, célèbre pour ses mules au design audacieux et fabriquées à base de résine composite vient d’annoncer les mises à pied, temporaires ou permanentes, de 260 employés. Déjà, un peu avant les Fêtes, une dizaine de postes avaient été coupés, frappant particulièrement le service à la clientèle dont les emplois étaient transférés au siège social de Crocs, au Colorado.

La chaussure Crocs est née à Québec en 2002. Initialement, elle était destinée aux occupants de bateaux de plaisance, mais grâce à ses qualités antimicrobiennes et antitranspirantes, à sa légèreté et à sa propriété thermoforable elle a rapidement déclenché une véritable crocsmania à l’échèle de la planète. L’originalité de ses formes et les couleurs mode qu’elles affichent ont vite propulsé la petite entreprise québécoise innovatrice au sommet de cette industrie.

Cette soudaine ascension et la nécessité de répondre à une demande grandissante ont forcé Marie-Claude de Billy et son équipe à rechercher des partenariats auprès d’investisseurs aux poches profondes. Ce sont des intérêts américains qui ont raflé le gros lot. Lors de la transaction, on claironnait que l’entente allait permettre la pérennité de l’entreprise locale et même stimuler son développement. On ne prévoyait pas d’effets négatifs sur le niveau de la main-d’œuvre dont plusieurs postes étaient comblés par de jeunes immigrants latino-américains inscrits à un programme d’intégration. Ce qui d’ailleurs faisait de Crocs un modèle du genre à Québec, une ville qui a cruellement besoin de l’immigration pour relever les défis de son développement économique.

Depuis novembre, ce sont quand même 270 emplois qui sont disparus. Le syndicat des Teamsters qui les représente entretient l’espoir de recouvrer près de 200 de ces emplois lorsque qu’une éventuelle situation de surproduction sera terminée. Or, la partie patronale qui se confiait à nos collègues du Soleil tenait un discours bien différent. On préfèrerait concentrer la production dans une usine apte à supporter un plus gros volume de production, en Amérique du Sud par exemple, et on spécialiserait l’usine locale dans la recherche et le développement tout en maintenant un niveau de production dont l’ampleur n’a pas été précisée. Ça sent mauvais…

Maire de Québec et ancien président de la Fondation de l’entrepreneuriat, Régis Labeaume compare la ville de Québec à un petit village d’irréductibles qui, après 400 ans, réussissent à survivre en français dans une mer anglo-saxonne. C’est vrai non seulement au niveau de la langue et de la culture, mais survivre en affaires en terre d’Amérique est presque héroïque. Les entreprises visionnaires comme celle de Crocs et de Mme de Billy ont rarement accès chez eux à des sources de financement importantes pour assurer et soutenir leur percée à l’internationale. Elles doivent alors se tourner vers l’étranger, encaisser un certain pactole et par la suite, subir les décisions parachutées par un siège social situé sur Wall Street, à Hong Kong ou au Colorado. Ces gens n’ont rien à foutre de l’économie régionale. Dans le gigantisme de leur univers, Québec fait figure de quantité négligeable. Connaissant le niveau d’engagement de Mme de Billy et de ses premiers partenaires locaux, on comprend le mutisme qui les anime actuellement.

Jusqu’à présent, une autre entreprise locale qui est devenue référence internationale se tire très bien d’affaire. Beenox, fondée en 2000 par Dominique Brown, un jeune dynamique et visionnaire, ne semble pas menacée. Devenue une filiale à part entière du deuxième plus important producteur mondial de jeux vidéo, Activision, l’entreprise poursuit son expansion locale et continue à s’imposer dans le monde. Grand bien nous fasse. Toutefois, la menace est bien réelle là aussi. Souhaitons que le pouvoir du jeune Brown et le poste prestigieux qu’il occupe dans la société mère permettent de protéger son entreprise des élans de cupidité de quelques grands financiers.

L’approche que nos entrepreneurs doivent développer à l’égard de la croissance à l’international doit être imprégnée de jugement et de prudence. La mondialisation est un phénomène relativement nouveau, qui pose des défis particuliers. On doit donc s’y aventurer avec beaucoup de circonspection. C’est parfois ardu, car nos marchés financiers ne possèdent pas nécessairement toutes les ressources ou sont trop conservateurs pour accompagner nos gens d’affaires qui font preuve d’originalité. S’allier est une chose, se faire bouffer en est une autre.

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