Une démarche loin de faire l’unanimité
Dossier spécial: Donner son corps à la science (4 de 4)
Léguer ou ne pas léguer son corps à la science? Pour nombre de personnes, cette question plutôt délicate ne se pose même pas. Mais pour d’autres, la réponse est instantanément positive.
«Une personne qui donne son corps peut être consciente que son corps est utile pour sauver des vies, esquisse Marie-Hélène Parizeau, professeure à la Faculté de philosophie de l’Université Laval. Le rapport au corps est très personnel et il évolue en vieillissant. Tout dépend de la relation vis-à-vis son corps. On peut y vouer un attachement fétiche, ou en opposition, un désintérêt, comme quoi le corps est une enveloppe de l’âme.»
Le choix de léguer l’entièreté de son être peut reposer sur une multitude de facteurs, allant de la simple générosité au souhait de contribuer à l’avancement de la science.
Même son de cloche du côté de Louis Larochelle, directeur du département d’anatomie et de physiologie de l’Université Laval. «La visée du don est de contribuer à l’apprentissage des étudiants, et en fin de compte, de traiter des maladies sans complications. C’est par amour du prochain que ces gens acceptent de léguer leur corps, sinon ils ne le feraient pas.»
Une telle pratique demeure cependant taboue dans nombre de civilisations non occidentales. «Pour les pays non occidentaux, le don du corps est définitivement en lien avec les rites funéraires. Ils n’ont pas la même conception matérialiste du corps», explique Mme Parizeau.
Même si la pratique est acceptée depuis belle lurette en terre occidentale, le sujet ne fait pas pour autant partie des discussions quotidiennes. Car tous et chacun possèdent leurs propres croyances vis-à-vis la mort.
Et la personne aujourd’hui conservée dans un laboratoire d’anatomie a déjà respiré, aimé, rigolé, frissonné… Comme tout être humain, elle est passée par une large gamme d’émotion. «Il ou elle a déjà été une personne : le corps fait partie de l’identité, il extériorise l’intérieur», précise Mme Parizeau.
Le discours emprunté de ce côté-ci de l’océan demeure néanmoins beaucoup plus positif qu’outre-mer. «Le discours social ici en est un de solidarité. Dans cet espace laïc subsiste l’idée matérialiste du corps», d’ajouter la professeure.
Corps non réclamés
Contrairement à la France, où règne la présomption de consentement au prélèvement après le décès en matière de dons d’organes, l’individu nord-américain doit entreprendre une démarche volontaire s’il souhaite faire don de ses organes après sa mort. Il en va de même pour le don de corps.
«Le seul moment où l’État s’arroge un droit sur le corps est lors de la disposition des corps non réclamés, pour que le corps serve socialement à l’apprentissage des médecins. C’est l’idée que l’État a certains droits sur ses citoyens», de conclure Mme Parizeau.