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Enseigner la vie par la mort (1/4): tradition loin de s’essouffler au laboratoire d’anatomie à l’Université Laval

Dossier spécial: Donner son corps à la science (1 de 4)

Karine Bouchard par Karine Bouchard
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Article mis en ligne le 5 février 2008 à 6:00
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Enseigner la vie par la mort (1/4): tradition loin de s’essouffler au laboratoire d’anatomie à l’Université Laval
Louis Larochelle, directeur du Département d’anatomie et de physiologie de l’Université Laval.(Photo Karine Bouchard)
Enseigner la vie par la mort (1/4): tradition loin de s’essouffler au laboratoire d’anatomie à l’Université Laval
Dossier spécial: Donner son corps à la science (1 de 4)
La Faculté de médecine de l’Université Laval enseigne à ses centaines d’étudiants les rudiments de l’anatomie par le biais de véritables corps humains. Une pratique, bien que maintes fois centenaire, loin de s’essouffler.
L’anatomie, Louis Larochelle s’y connaît. Directeur du département d’anatomie et de physiologie à la Faculté de médecine de l’Université Laval, il connaît le sujet sur le bout des doigts. Et il en sait long sur son histoire. «L’anatomie fait partie de l’enseignement de la médecine depuis le 12e siècle, relate-t-il. C’est une façon de procéder qui a toujours existé. Elle permet d’apprendre comment est fait le corps humain, à quoi servent les muscles, par exemple.» L’enseignement par la dissection de cadavres a d’ailleurs toujours eu sa place à la Faculté de médecine de l’université québécoise. Depuis les débuts de la Faculté, en 1854, pour être plus précis.

Car, comme les personnalités qui les habitent, les corps ne sont pas tous construits selon un seul et unique modèle. Comme quoi la dissection s’avère nécessaire afin de déceler les légères variations entre les êtres humains. «Il faut que les étudiants en médecine, lorsque plus tard ils auront à trouver un organe quelconque à l’intérieur du corps, soient en mesure d’y arriver. Et tout ça, c’est grâce aux gens qui donnent leur corps à la science.»

Le directeur du département le dit et le répète : les logiciels et les mannequins n’arrivent pas à la cheville – ou plutôt le tendon d’Achille! – de la dissection sur de réels corps humains. «Pour l’enseignement, c’est une excellente option, mais ça ne remplace pas l’étude d’un véritable corps humain.»

Pourtant, dans un article paru dans l’édition du 15 février 1996 du journal Au fil des évènements, on y indiquait que la Faculté de médecine analysait la possibilité de remplacer la dissection de cadavres par la mise en place de logiciels. Une option qui a été, semble-t-il, relayée sur les tablettes. «Nous avions étudié cette possibilité au moment où l’Université de Montréal fermait son laboratoire d’anatomie. Les cadavres allaient être remplacés par des logiciels. Nous étions en train de procéder à la fermeture lorsque nous avons changé d’idée», relate M. Larochelle. La Faculté avait étudié cette option dans le but de réduire les dépenses engendrées par le laboratoire d’anatomie. Car ce dernier coûte cher. Près de 200 000 $ y sont chaque année investis. «Dieu merci, nous n’avons pas fermé le laboratoire!», clame le directeur du département d’anatomie et de physiologie.
Don volontaire
La légende urbaine voulant que les quelque 50 corps disséqués annuellement dans le laboratoire d’anatomie de l’endroit soient en fait des cadavres non réclamés est tout à fait fausse, assure M. Larochelle. En fait, la forte majorité des cadavres du laboratoire ont été «donnés» volontairement à la science. La pratique de léguer les corps non réclamée était jadis plus courante, il y a de cela une quinzaine d’années.
«Les cadavres non réclamés sont souvent sous curatelle, explique M. Larochelle. Ils peuvent présenter diverses pathologies, alors que nous sommes moins au courant de leur dossier médical.» C’est d’ailleurs pour protéger les étudiants que diverses mesures ont été prises par le département. Ainsi, certains corps ne peuvent être acceptés par le laboratoire d’anatomie, pour diverses raisons. La première ayant trait à la conservation des corps et la seconde, au risque de contaminer les futurs spécialistes de la santé. «Si une personne vient tout juste de subir une opération, il est impossible d’embaumer cette dernière avec le liquide composé de formaldéhyde. Le liquide pourrait ne pas être contenu adéquatement à l’intérieur du corps. Pour ce qui est de la santé des étudiants, nous ne courons aucun risque. Nous ne voulons pas exposer les étudiants ou les professeurs aux maladies tels les hépatites, le sida ou la maladie de la vache folle.»

Preuve que les mesures de précaution portent leurs fruits, aussi loin qu’il se souvienne, M. Larochelle ne dénombre aucune contamination de la sorte.
Et les étudiants dans tout ça?
L’expérience d’analyser, étudier et scruter à la loupe les organes vitaux d’une personne décédée peut être une épreuve difficile à surmonter pour certains étudiants. «C’est faire face directement à la mort, souligne M. Larochelle. Ça ne s’apprivoise pas facilement, la mort.»
Or, ils ne seraient pas beaucoup à perdre connaissance ou à ressentir certains malaises lors de leurs premiers pas dans le laboratoire d’anatomie du pavillon Ferdinand-Vandry. «La première fois que l’on met les pieds dans le laboratoire, c’est sûr que c’est stressant, confie Guillaume Chabot, étudiant en médecine à l’Université Laval. On n’a jamais vu de cadavre avant.» Le jeune étudiant indique ne pas avoir ressenti un malaise à la vue de la quinzaine de corps disposés sur les tables. Sa voisine de classe n’a cependant pas eu une telle chance. «La fille à côté de moi s’est évanouie. Je crois que divers facteurs ont contribué à sa perte de conscience. L’odeur du formaldéhyde et la vue d’une personne décédée n’ont surement pas aidé. Il ne faut pas penser que c’était une personne, avant. De se dire : ça pourrait être ma grand-mère… Il ne faut pas y penser. Ces gens ont généreusement décidé de se dévouer à la science pour approfondir notre apprentissage. Et d’étudier l’anatomie sur un vrai corps humain, ça ne se compare pas aux livres», conclut l’étudiant.

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