Pierre Carrier est très confiant du succès de son produit vedette. «Ça représente trois ans de travail. Rien n'a été laissé au hasard pour que la première installation soit un succès.» En attendant, les yeux de l'industrie des sables bitumineux sont tournés vers Opsens.- (Photo Jean Pascal Lavoie)
Opsens s'apprête à frapper un grand coup
La prochaine révolution technologique dans l'industrie de l'extraction pétrolière pourrait bien venir de Québec. Un petit appareil permettrait d'ici peu d'optimiser la production de pétrole des sables bitumineux en Alberta.
L'atmosphère est fébrile dans les bureaux d'Opsens à Québec. Dans quelques semaines, l'entreprise sera fixée sur l'efficacité de son produit vedette, le capteur à fibre optique OPP-W.
L'enjeu est important: même si l'entreprise propose des produits plus qu'intéressants dans d'autres domaines, le succès de ce capteur optique pourrait garantir une place à Opsens sur la courte liste des success stories québécois.
Le produit en question est un capteur à fibre optique de pression et de température fonctionnant dans des environnements pouvant atteindre 300°C. Il peut donc être placé au fond d'un puits de pétrole fonctionnant selon le principe de drainage assisté par la vapeur (SAGD).
«Afin d'extraire le pétrole des sables bitumineux, il est nécessaire de le chauffer à la vapeur pour pouvoir le pomper hors du puits, expliquait Pierre Carrier, président et chef de la direction d'Opsens, lors de l'assemblée des actionnaires. Plus la pression et la température augmentent, plus le puits produit.»
Toutefois, si la température augmente trop, la vapeur peut remonter le long du puits et provoquer au mieux un arrêt de la production pour quelques mois, et au pire la perte complète du puits. Présentement, il n'existe aucun capteur de pression fonctionnant à plus de 170°C, ce qui est bien en deçà de la température atteinte dans les puits des sables bitumineux.
Selon les estimations d'Opsens, la présence du capteur OPP-W permettrait une augmentation de 5% à 20% de la capacité de récupération du pétrole dans un puits et une diminution des coûts associés au chauffage de la vapeur de 10% à 25%.
«La durée de vie d'un puits SAGD est d'environ 7 à 8 ans, précise M. Carrier. Avec notre capteur, nous estimons qu'en cinq ans le pétrole sera complètement extrait du puits.»
Pour les producteurs, le retour sur l'investissement pourrait se chiffrer en millions de dollars. «Un site de production moyen compte une quarantaine de puits qui produisent 40 000 barils par jour, poursuit M. Carrier. À un prix de 50$ le baril [il se situe présentement autour de 90$], si la production augmente de seulement 5%, l'investissement est payé en 43 jours.»
Les perspectives pour Opsens sont donc extrêmement prometteuses, comme en témoignait le grand nombre d'investisseurs présents lors de l'assemblée générale des actionnaires.
«Avec notre capteur, on peut parler de révolution dans le domaine de l'extraction pétrolière», affirme M. Carrier.
Moment de vérité
Le moment de vérité approche pour la compagnie québécoise. Elle n'attend que le signal de son client pour procéder à la première installation du capteur OPP-W.
«Le puits est situé sur un site albertain en comptant 160, indique Louis Laflamme, chef de la direction financière. Si l'essai est concluant, notre client installe le système partout sur le site. On parle donc de 16 M$ de revenus en un an.»
Si près du but, il doit y avoir une certaine nervosité? «Nous ne sommes pas impatients, mais nous avons hâte à la première installation, admet M. Laflamme. Toute l'industrie attend les résultats de la première installation et nous, nous sommes convaincus que ça va marcher. On parle d'augmentations de rendement de 5% à 20%, c'est tellement énorme que l'industrie veut que ça fonctionne.»