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Le pape à Québec : un rendez-vous manqué

Article mis en ligne le 25 janvier 2008 à 9:45
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Le pape à Québec : un rendez-vous manqué
Le 17 janvier dernier, le cardinal Marc Ouellet rendait publique le paragraphe central de la lettre qu’il avait reçue, en début janvier, du cardinal Secrétaire d’État Tarcisio Bertone et qui y précise les motifs pour lesquels le Pape ne pourra venir à Québec, en juin prochain : ‘«En raison d’un calendrier déjà très chargé et de la proximité des JMJ (Journées mondiales de la Jeunesse) à Sydney, le Saint-Père m’a demandé de vous informer qu’à son grand regret, il ne peut accepter votre invitation à participer au Congrès eucharistique de Québec (15 au 22 juin)».

Précisons que les JMJ de Sydney auront lieu du 15 au 20 juillet. Quant au voyage aux États-Unis, il a été confirmé par le Vatican il y a six mois et les dates (15 au 20 avril) ont été connues à la mi-novembre. Il y a à peine un mois, le Vatican ajoutait à l’agenda papal 2008 trois visites dans les régions italiennes, dont une dans les Pouilles, les 14 et 15 juin, le 15 étant précisément la date du début du congrès eucharistique, et une autre les 17 et 18 mai en Ligurie. En disant au revoir à son diocèse de Gênes, en Ligurie, pour devenir Secrétaire d’État de Benoît XVI, le cardinal Bertone avait promis : «Je reviendrai avec le Pape».

On peut certainement croire le cardinal Ouellet quand il dit avoir invité à plusieurs reprises Benoît XVI à Québec, en juin 2008. Il a d’ailleurs confié, lors de sa conférence de presse du 19 mai 2005, avoir lancé l’invitation au Pape tout de suite après le conclave au cours duquel il a été élu et que le nouveau Souverain Pontife, sans aucune hésitation, avait accepté son invitation en lui disant qu'il sera là «si Dieu le veut». Cependant, en annonçant prématurément, ce même jour de mai 2005, les dates du congrès eucharistique, le cardinal enlevait, du même coup, au Vatican toute marge de manœuvre pour pouvoir fixer, dans l’agenda papal 2008, la venue de Benoît XVI au congrès de Québec.

En effet, le cardinal a fait son annonce trois ans avant le congrès, à peine un mois après l’élection de Benoît XVI et trois mois avant la tenue des JMJ de Cologne (16 au 21 août 2005), au terme desquelles le Pape devait rendre public le nom de la ville hôtesse des prochaines JMJ (Sydney). Quant aux dates des JMJ 2008, qui rassemblerait 500 000 participants en comparaison des 12 000 à 15 000 congressistes à Québec, elles ont été rendues publiques subséquemment. Jamais, auparavant, l’intervalle entre les deux événements n’a été aussi court (3 semaines). Cette situation ne pouvait que désavantager Québec dans l’agenda papal. C’est d’ailleurs ce motif qui est invoqué dans la lettre du cardinal Secrétaire d’État.

Maintenant qu’on sait que le Pape ne viendra pas, on ne peut qu’être surpris de certains propos du cardinal rapportés par la presse : «C’est au congrès eucharistique que je travaille depuis trois ans, pas à la venue du Pape». Et dire que la pétition www.pape2008.com, initiée par Me Marc Bellemare, a été lancée le 30 octobre dernier, en appui à son travail pour convaincre Benoît XVI de venir à Québec, au congrès eucharistique ! D’ailleurs, le cardinal avait précédemment annoncé qu’il rencontrerait le Pape à la fin novembre pour obtenir ‘’une réponse claire et définitive’’ à l’égard de Québec. À ces propos, il ajoute : «Parfois, on a l’impression à Québec que si le Pape ne vient pas, il ne se passe rien». En tout respect pour l’Archevêque-Primat, il y a lieu de rappeler que c’est lui et l’organisation du congrès qui, depuis presque trois ans, n’ont cessé d’associer la venue du Pape au congrès, nous laissant ainsi croire que sa visite à Québec était quasi assurée. «Depuis quelques décennies, le Pape vient présider en personne les célébrations de clôture des congrès eucharistiques internationaux», nous répétaient-ils.

Le cardinal a aussi annoncé que c’est un légat pontifical qui représentera le Pape au congrès eucharistique de juin. Ce ne sera pas une nouveauté pour Québec. Lors des célébrations du tricentenaire de la hiérarchie catholique au Canada en 1959, alors que les papes ne voyageaient pas encore et qu’il n’y avait pas à ce moment-là de congrès eucharistique à Québec, le pape Jean XXIII y avait délégué, comme légat pontifical, le très influent cardinal Alfredo Ottaviani.

Je continue à croire que d’excellentes raisons pouvaient justifier d’inclure Québec dans l’agenda papal 2008. La tenue du congrès eucharistique international en est une; l’autre, qui n’est pas moins valable, est le 400e anniversaire de la ville de Québec, premier établissement français permanent en Amérique et premier foyer de l’Église catholique au nord du Mexique. À cet égard, il a été très décevant d’apprendre que le cardinal Ouellet se refusait à faire une dernière intervention auprès du Saint-Père pour le convaincre d’effectuer une visite éclair à Québec, en marge de son voyage à New York à la mi-avril prochain, soit à 90 minutes de vol. Si les motifs invoqués pour la non-venue du Pape en juin sont actuellement «difficilement contestables», ils ne le sont plus dans le cas d’une telle visite éclair.

Oui vraiment, un rendez-vous manqué !
Luciano Dorotea, Sillery
*L’auteur a été représentant du Québec à Rome et l’un des principaux organisateurs gouvernementaux de la visite de Jean-Paul II au Québec, en 1984.

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