Les Irlandais ont contribué à la vitalité de Québec.
Les Irlandais dans le Vieux-Québec
Un brin d'histoire avec la Société historique de Québec
Dès le régime anglais, les Irlandais ont joué un rôle important dans la vie sociale, militaire et religieuse du Vieux-Québec. Car, même si les relations entre les Anglais et les Irlandais, à l’époque, n’étaient pas au beau fixe, il est probable qu’en 1759, certains Irlandais se glissèrent dans les effectifs de l’armée de James Wolfe venue à Québec pour conquérir la Nouvelle-France.
Des noms irlandais (Burke, Caldwell, Duggan, Flanagan, Gallaway, Kelly, McCarthy, Moore, Moran, O’Neil ) commencèrent alors à apparaître dans les recensements du pays. À ce sujet, on peut consulter le petit ouvrage de l’abbé Honorius Provost, «Les premiers Anglo-canadiens à Québec : essai de recensement 1759-1775», paru en 1983, à l’Institut québécois de recherche sur la culture. Durant nombre d’années, les immigrants irlandais se sont mêlés à l’élément français qui les entourait. Ils s’adaptèrent à leur manière de vivre et à leurs coutumes, et prièrent Dieu dans les églises de la communauté française.
Mais ce n’est pas avant 1819, au jour de la fête de Saint-Patrick (le 17 mars), que se manifesta, pour la première fois en public, le sentiment social et religieux du groupement irlandais. «Cette année-là, rapporte le journal The Quebec Gazette, on célébra une messe solennelle à leur intention à la chapelle de la Congrégation des Jésuites, qui venait tout juste d’être terminée de construire en 1818, dans la côte de l’Esplanade, aujourd’hui la rue d’Auteuil, à Québec. L’officiant était l’abbé Michel Dufresne, vicaire de la Basilique de Québec, qui avait toujours manifesté un grand intérêt au bien-être des immigrants irlandais à Québec.»
À l’arrivée de l’abbé Patrick MacMahon, en 1822, les Irlandais de Québec découvrirent un véritable chef spirituel, qui, en devenant l’ami, le pasteur et le conseiller de ses ouailles, allait, pendant 25 ans, diriger la vie spirituelle et morale de son petit troupeau. De 1822 à 1828, les Irlandais de Québec étaient admis à se servir, pour leurs services religieux, de la Basilique de Québec. Mais, peu de temps après, les locaux de celle-ci ne suffisant pas — le nombre d’Irlandais à Québec dépassant déjà les 7 000 âmes —, il leur fut permis de se servir de l’église Notre-Dame-des-Victoires, à la basse ville de Québec.
Au début des années 1830, même cette dernière église leur parut trop petite. Il faut dire que les Irlandais de la ville de Québec commençaient alors à envahir littéralement tout le secteur du port de Québec, et ils occupaient, par exemple, presque la totalité de la «Little Champlain Street», qu’on a traduit, plus tard, erronément, en français par la «rue du Petit Champlain», en réalité la «petite rue Champlain». Le besoin d’une église irlandaise séparée de celle des francophones se faisait de plus en plus sentir.
Dès 1830, une somme de 2 350 livres sterling avait été recueillie à cette fin par souscription dans la communauté irlandaise. Par contre, l’autonomie paroissiale en faveur des Irlandais rencontra, chez les autorités catholiques du diocèse de Québec, une forte opposition. Malgré tout, l’idée fit son chemin. En 1831, le comité irlandais de la construction d’une nouvelle église, présidé par l’abbé MacMahon, trouva les moyens d’acquérir le terrain désiré sur la rue qui s’appelait Sainte-Hélène à l’époque, à l’intérieur des murs, tout près de l’Hôtel-Dieu de Québec.
Les plans de l’église furent confiés à l’architecte Thomas Baillargé. La bâtisse allait être un bel et solide édifice en pierre, de 136 pieds sur 62, et qui aurait sa façade sur la rue Sainte-Hélène. On allait y pénétrer par trois portes d’un beau dessin, la plus grande s’ouvrant sous le clocher et les deux autres devant les allées latérales de la nef.
La pierre angulaire de la nouvelle église fut posée en juin 1832, et celle-ci fut inaugurée le dimanche, 7 juillet 1833. C’est l’abbé MacMahon qui était l’officiant. L’intérieur de l’église était éclairé de fenêtres aux admirables proportions. La voûte et les galeries étaient soutenues par des piliers massifs à socles et chapiteaux. Cette voûte, justement, s’élevait jusqu’à 48 pieds de hauteur, et elle était richement décorée d’éléments en relief et de symboles religieux. La flèche du clocher avait 120 pieds de hauteur et se terminait par une sphère soutenant une croix. De longues et magnifiques galeries dominaient la nef de part et d’autre jusqu’au-dessus du sanctuaire : elles étaient meublées de trois rangées de bancs d’un profil élégant et qui, avec les bancs de la nef, permettaient d’accueillir de nombreux fidèles.