Prévenir par le dépistage précoce
Dossier spécial: Maladie d'Alzheimer
Les experts engagés dans la lutte contre la maladie d'Alzheimer sont unanimes sur le fait que le meilleur moyen de limiter les dommages parfois fulgurants au cerveau réside dans le diagnostic précoce.
«Comme pour toutes les maladies chroniques, plus on la dépiste tôt et plus on peut traiter préventivement. On a ainsi de meilleures chances d'atténuer les symptômes et de retarder la perte d'autonomie. On repousse l'échéance», précise en entrevue le Dr François Rousseau, gérontopsychiatre à l'Institut de santé mentale du Centre Robert-Giffard.
L’Alzheimer est la maladie neurodégénérative la plus commune chez les aînés. Sans qu'on sache pourquoi, elle afflige sept femmes pour trois hommes. «Malgré le progrès dans la compréhension de cette maladie, il n’existe pas encore de traitement pour enrayer sa progression. Les gens atteints doivent faire face au déclin, parfois rapide, de leur autonomie. L'espoir pour ces patients réside dans la possibilité de diagnostiquer et traiter la maladie avant que les symptômes apparaissent», renchérit le Dr Serge Gauthier, chercheur à l'Institut Douglas et directeur de l’Unité de recherche sur l’Alzheimer au Centre McGill d’études sur le vieillissement.
C’est avec cet objectif en tête que des chercheurs entament de nouveaux programmes expérimentaux. Ils utilisent, entre autres, l'imagerie cérébrale afin de confirmer un diagnostic d'Alzheimer à ses premiers stades de développement. Un traitement à ce moment de la maladie pourrait avoir un meilleur impact pour en stopper l’évolution.
Le Dr Gauthier ajoute que lorsqu'un diagnostic est établi chez un patient, les dommages au cerveau se sont déjà produits. «La thérapie actuelle vise à traiter les symptômes cliniques mais, déplore-t-il, s’attarde peu à la réparation des tissus ou à la régression de la maladie. De nouvelles stratégies de diagnostics précoces permettront au traitement d’être appliqué plus rapidement, et ce, avant que la maladie ne fasse de ravages.»
Évolution des traitements
S'il n'existe pas de traitement curatif, le Dr Rousseau rappelle que beaucoup de chemin a été parcouru depuis le milieu des années 1990. À cette époque, il n'existait aucun médicament contre l'Alzheimer. Or, présentement, les médecins disposent de trois inhibiteurs de chlorinesthérase (Aricept, Excelon et Reminyl) et une autre médication approuvée (Ebixa) utilisée au stade avancé de la maladie.
«De plus, explique le Dr Rousseau, des médicaments de nouvelle génération sont sous investigation. Ils agissent sur les mécanismes pathologiques de la maladie. Il faut savoir que l'Alzheimer est causée par des protéines anormales (amyloïdes), qui s'accumulent au cerveau. Les traitements expérimentaux visent à bloquer les enzymes qui produisent ces protéines. En outre, un vaccin antiamyloïdes est à l'essai.»
La plupart des médecins et des chercheurs s’entendent sur le fait qu’une intervention durant les premiers stades de la maladie, que ce soit un changement dans le style de vie ou une nouvelle médication, pourrait permettre aux patients d’avoir du temps précieux «en banque» Un diagnostic précoce pourrait également valider les symptômes préAlzheimer d’un individu, et lui permettre de mieux planifier les années à venir. De plus, des patients diagnostiqués tôt pourraient participer à des essais cliniques visant à établir de nouvelles thérapies qui retarderont et même freineront la progression de l’Alzheimer. La Clinique de la mémoire de l'Enfant-Jésus à Québec et l'Institut Douglas du Centre McGill à Montréal y travaillent.
Symptômes de la maladie d'Alzheimer
- Perte graduelle de la mémoire;
- Difficulté à se concentrer;
- Baisse de la capacité à résoudre des problèmes et erreurs de jugement;
- Altération des perceptions, troubles de la reconnaissance;
- Altération des fonctions motrices spécialisées, désorientation;
- Altération des capacités langagières;
- Altération de la personnalité;
- Confusion, hallucinations, délire.