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La dérive du CRTC

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Article mis en ligne le 18 janvier 2008 à 9:30
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La dérive du CRTC
Plus que jamais cette semaine, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) s’est déshonoré. Désormais, l’organisme fédéral n’est plus habilité à poursuivre son mandat de gestionnaire des ondes publiques dans l’intérêt de la population canadienne.

En quelques heures seulement, il a démontré son manque de compétence à deux reprises, ajoutant à la preuve accumulée au fil des ans. Ainsi, démonstration est faite que le CRTC souffre d’un cruel manque de vision, qui fait en sorte que l’industrie progresse à un rythme qu’il n’arrive pas à rattraper. D’une part, en édictant de nouvelles normes visant à modifier les limites de la propriété privée des médias, afin de contrer les effets nocifs de la concentration de la presse, le Conseil arrive quelques années en retard. Pire, sa nouvelle réglementation ne fait que confirmer ce qu’est devenu le marché médiatique.

Dorénavant, un diffuseur privé ne pourra détenir plus de deux types de médias dans un seul marché, soit une combinaison de radio, télé ou journal. Dans la jungle radiophonique, les propriétaires devront limiter leur exploitation à deux stations AM et deux FM de même langue dans un même marché. À la limite, dans les plus petits marchés, les propriétaires pourront opérer trois stations de radio, mais devant se limiter à deux sur la même bande. Or, la plupart des grands diffuseurs ont déjà atteint ces quotas. Pour que la directive ait un sens, elle aurait dû intervenir depuis au moins une dizaine d’années puisque le dégât anticipé de la concentration est devenu une réalité quotidienne, particulièrement dans le marché de Québec où aucune station n’est encore réellement de propriété locale ou régionale. CHRC le sera sous peu, mais il devrait abandonner sa mission informative en fermant le micro à ses journalistes.

Par ailleurs, le CRTC rate le coche en confiant l’administration du Code d’indépendance journalistique au Conseil canadien des normes de la radiodiffusion, un organisme privé qui relève des intervenants de l’industrie radiophonique. Le CRTC loupe une opportunité exceptionnelle de se faire valoir comme le gardien des ondes et de refaire sa crédibilité. C’est un peu comme si on confiait à Quebecor le mandat d’assurer le cloisonnement des salles de nouvelles de TVA-Québec et du Journal de Québec. Il faut aussi se souvenir que c’est ce même CRTC qui avait imposé ce nouveau Code lors de l’acquisition de TVA par l’empire Quebecor en 2001, pour éviter l’uniformité des formats et maintenir la pluralité des sources. L’application du Code est dorénavant édulcorée. Seul un groupe indépendant et provenant de la filière publique est habilité à jouer ce rôle prépondérant dans le maintien des instances démocratiques. Navrant de voir le CRTC tourner le dos à sa propre créature sous les pressions de l’industrie envers laquelle il a un devoir d’encadrement.

On sait aussi que depuis l’achat d’Alliance Atlantis par le groupe CanWest, rendu possible grâce à 64 % des capitaux nécessaires provenant de New York, les observateurs craignent la mollesse du gouvernement Harper quant à la propriété canadienne. Le jour n’est pas loin où les lobbyistes auront raison des principes qui assurent à nos médias, miroirs de notre culture, de demeurer sous contrôle d’entreprises de chez nous.

Dans tout ce dédale de réglementations, TQS se débat comme un diable dans l’eau bénite pour réussir à survivre. Ils y parviendront probablement. Il faudra toutefois se rappeler que le bourbier dans lequel broute le «Mouton Noir» a été créé par le CRTC lui-même. C’est en effet le CRTC qui a autorisé l’arrivée de TQS en 1987 à Montréal puis en 1989 à Québec alors que les marchés de ces deux régions étaient déjà surpeuplés de médias électroniques. Pour percer le marché publicitaire, le nouveau venu a dû couper ses propres tarifs, provoquant du coup une forte décroissance des revenus chez tous les médias qui ont dû suivre le courant déflationniste. Depuis, pour compliquer davantage la donne, le Conseil a multiplié l’émission de nouveaux permis de diffusion dans la métropole et dans la capitale, avec le résultat que l’on connaît.

Si jamais on trouve une balle de Radio-Canada près du cœur de TQS, on trouvera sûrement un amas de douilles de mitraillettes près du cadavre. Et, si un jour le mal devait se répandre à l’ensemble de l’industrie, il faudrait se tourner vers le CRTC pour bien comprendre.

Au fond, je l’ai déjà exprimé sur d’autres tribunes et dans cette colonne, seul un moratoire sur l’émission de nouveaux permis ou sur des transactions de propriétés, assorti d’une révision en profondeur du mandat et des pouvoirs du CRTC, permettrait de mettre fin à cette sinistre comédie. Du coup, l’occasion serait belle de remettre sur pied un organisme qui est bien loin d’assurer la pérennité canadienne en matière de radiodiffusion et de télédiffusion tout en plaçant l’industrie à l’ère du multimédia, de l’Internet et des nouvelles technologies.

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