Certaines entreprises comme le Mountain Equipment Co-op de Saint-Roch ont décidé de défier la loi de l’offre et de la demande, en proposant presque exclusivement des produits plus écologiques.
De l’avenir pour le durable
Le développement durable un concept obscur, marginal, il y a à peine quelques années, est sur toutes les lèvres des décideurs depuis quelques mois. Mais, aux premières heures de l’Année internationale de la Terre, y a-t-il dans la région de Québec un écart entre la parole et les actes?
La Commission mondiale sur l’environnement définissait, en 1987, le développement durable comme la réponse aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Au début des années 1990, seule une poignée d’initiés défendaient ce concept au Québec, dont les membres du Centre québécois de développement durable (CQDD), un organisme sans but lucratif né au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y a 15 ans.
Le projet avait été mis sur pieds par des acteurs des milieux politique, scientifique et économique de la région, afin de créer des outils de développement durable qui redynamiseraient l’économie régionale. On visait l'amélioration des performances autant environnementales, que sociales et économiques des entreprises, ministères, organismes et intervenants sociaux.
L’organisme opère aujourd’hui un bureau à Québec également. Dominique Boudreau y est coordonnateur en efficacité énergétique. Il intervient auprès d’entreprises de la région de Québec, afin d’établir avec elle un diagnostic. «Je suis comme un médecin généraliste, évalue-t-il. J’essaie de voir où il y a des pertes et comment on peut y remédier.»
Une quinzaine d’entreprises ont participé au programme l’an dernier. Il est conscient que le récent engouement des entreprises pour le programme est intéressé. «Nous faisons faire des économies aux entreprises en les rendant plus vertes via la récupération de l’énergie, la diminution de résidus produits ou la revalorisation des déchets. Parfois le déchet d’une entreprise peut devenir la richesse d’une autre», illustre M. Boudreau.
Il est optimiste. Il croit que sous le galvaudage du terme développement durable, devenu omniprésent, il y a une vrai vague de fond. La Chambre de commerce de Québec, par la voix de son président Daniel A. Denis, semble lui donner raison. M. Denis a fait du développement durable «la» priorité en 2008. Le prochain Forum économique prévu en avril, à Québec, portera d’ailleurs sur ce thème, une première.
Une durabilité qui rapporte
Les entreprises, selon M. Boudreau, si elles veulent demeurer concurrentielles n’ont pas le choix. Il faut éliminer toutes formes de gaspillage,optimiser l'efficacité; le marché l’exige de plus en plus. Certaines manufactures de l’industrie du bois ont pu se tourner vers l’Europe, à la suite de la crise du marché nord-américain. Parce qu’elles détenaient la certification de production plus verte que l’Europe exige.
La région de Québec pourrait d’autant plus s’engager sur cette voie que les 150 ministères et organismes de l’appareil gouvernemental québécois sont forcés, depuis janvier, de passer en mode action par la loi sur le développement durable adoptée en avril 2006. M. Boudreau croit que le poids de la fonction publique dans l’économie régionale pourrait favoriser le coup de barre. Des exigences de produits locaux ou plus verts de la part des fournisseurs pourraient faire leur apparition sur les contrats. Certaines entreprises s’y préparent.
D’autres comme Mountain Equipment Co-op (MEC) n’ont pas attendu que le vent souffle pour prendre la route du durable. Yves Leduc, directeur de la succursale de Québec assure «que la tendance au vert chez les consommateurs n’est pas aussi ancrée qu’on voudrait le croire».
Selon des sondages réalisés par MEC, ce qui intéresse principalement la clientèle de la coopérative, c’est le rapport qualité-prix. Seulement 5% de la clientèle y achète parce que les produits y sont plus écologiques. MEC a tout simplement décidé de défier la loi de l’offre et de la demande et d’imposer à sa clientèle des produits plus verts. À titre d'exemple, les vêtements vendus chez MEC sont faits de tissus tel le coton biologique ou le polyester recyclé, la mousse des vestes de flottaison ne comporte pas de PVC.La clientèle ne s'en plaint toutefois pas.