Autopsie d'une saute d'humeur annoncée
Le boxeur : La fin d'un gros câlisse
Le titre à lui seul est évocateur : Le boxeur : La fin d'un gros câlisse. Nul besoin d'une boule de cristal pour affirmer que le texte qui suit ne traitera pas d'une pièce racontant une histoire d'amour à l'eau de rose. Loin de là!
Le boxeur : La fin d'un gros câlisse, présentée du 22 janvier au 9 février à Premier Acte, c'est plutôt l'autopsie d'une saute d'humeur annoncée. D'un mal trop longtemps refoulé. D'une souffrante différence, lourde à porter, qui deviendra l'élément déclencheur d'un éclatement de violence comme jamais le personnage principal n'aurait osé l'imaginer. Comme quoi la vie est remplie d'imprévus et qu'il suffit parfois d'un instant afin que tout bascule.
C'est lors d'une résidence d'auteur à Paris que Patric Saucier a eu l'idée d'écrire sur le sujet. «Je marchais seul dans Paris By-Night avec ma carte de la Ville lumière dans les mains quand j'ai osé demander mon chemin à une passante. Cette dernière s'est arrêtée, m'a regardé de la tête aux pieds, puis a poursuivi sa route sans même me répondre. Comme si, en raison de mon physique imposant, je n'en valais pas la peine. Cette impression de dégoût, et surtout ce silence, ont ressuscité chez moi plusieurs fantômes. C'est alors que s'en est suivie une période très intensive d'écriture.»
Mais là s'arrête l'aspect autobiographique de la pièce. Car le reste demeure fiction et se veut une sorte d'exutoire pour le principal intéressé. Un homme qui n'est pas fait dans la ouate, comme en font foi ses 6 pieds et deux pouces et son fort gabarit.
«Contrairement à moi, qui ai décidé d'aller écrire et de sortir du positif de ce rejet, le personnage de l'histoire ne saura gérer ses émotions. Victime de ses démons, il se ruera littéralement sur l'inconnue et la frappera sans merci afin d'enlever à cette dernière son image de beauté. Pour qu'elle aussi, dans le futur, ait à composer avec le regard des autres», d'expliquer l'homme de 44 ans.
Pièce en dix rounds, Le boxeur : La fin d'un gros câlisse se veut donc le parcours d'un gros, de son enfance à son emprisonnement. Le récit d'une existence hantée par le mépris face à la différence, comme on en voit trop dans la vie de tous les jours, qui s'adresse aux victimes d'ostracisme de toutes sortes.
Même s'il est aujourd'hui sur le point de présenter son œuvre au public, Patric Saucier, qui assure également la mise en scène et l'interprétation de ce monologue d'une heure trente, a toujours de la difficulté à s'expliquer la constante recherche de perfection de la société d'aujourd'hui. Un monde dicté par l'image, qui se veut à la source de plusieurs conflits.
«Dans tous les domaines, la première impression fait foi de tout, indique-t-il. Et cette première impression, elle est souvent enregistrée grâce au regard. Pas pour rien qu'un artiste oversize ne sera jamais retenu pour animer une émission de télévision. On va lui préférer un autre, toujours pour une question d'image. Le gros, on lui proposera plutôt un rôle dans une télésérie. Et trop souvent, son personnage sera un peu loufoque. Une sorte de Roger bon tremps.»
De par son propos, le texte de Patric Saucier promet de ne laisser personne sur son appétit. Surtout que tout le monde a été, un jour ou l'autre, été victime de rejet. Une qualité qui pourrait, si tout se déroule selon la volonté de l'artiste, lui permettre de s'exiler par delà l'océan afin de faire sa marque sur le continent européen. Et on ne peut que lui souhaiter!