Ayant épuisé tous leurs recours, certains parents refusent de baisser les bras et vont manifester devant les locaux du DPJ (photo), à Beauport, ou parfois l'Assemblée nationale à Québec, pour attirer l'attention sur leur cause.
Relations parents/DPJ parfois complexes
Dossier: Protection de l'enfance
Soucieux quant au traitement réservé à l'enfance, le gouvernement semble avoir parfois le bras long et la patience courte lorsque vient le temps d'intervenir auprès des familles. QUÉBEC HEBDO a recueilli des témoignages éloquents de certaines mésententes entre des parents et le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ). Trois cas retiennent particulièrement l'attention.
Résidente de Beauport, Mme Fournier (aucun lien de parenté avec l'auteur de ces lignes), lutte contre le DPJ depuis près de cinq ans pour récupérer la garde de sa fille. Aux prises avec un problème de toxicomanie et vivant une situation conjugale difficile, cette femme a décidé de son propre chef, en 2002, de placer sa bambine âgée de moins d'un an aux bons soins du DPJ, ne pouvant lui assurer une vie saine. Quelques mois plus tard, après s'être sortie d'impasse, la mère a tenté en vain de ravoir la garde de son enfant. La demande a été refusée par le DPJ sous prétexte que les procédures de prise en charge par une famille d’accueil étaient avancées. La maman livre toujours bataille pour la garde de son enfant. Elle s’interroge sur le message que le DPJ envoie aux parents.
Le cas de M. Morin, de Lac-Mégantic, fait aussi état d’une mésentente typique entre un père et le DPJ. Le père a d’abord acheminé une première plainte au DPJ, contre le beau-père de sa fille, à la suite d'allusions de celle-ci pour des gestes à caractère sexuel. À l'époque, la plainte n’a pas eu l’effet escompté. C’est lorsque M. Morin a appris, quelques années plus tard alors qu’il avait obtenu la garde de ses enfants, que les attouchements sexuels du beau-père sur sa fille – et son fils, de surcroît – étaient véridiques qu'il a recontacté le DPJ. Mal lui en pris car, le garçon en colère contre sa sœur de dévoiler leur «secret» commun s’est rebellé. Au bout du compte, les problèmes d'apprentissage et de comportement déjà existants mais amplifiés furent reprochés au père. La garde de ses enfants lui a donc été retirée, pour avoir négligé de les encadrer adéquatement.
Petit-déjeuner contourné
Encore plus pathétique est le cas d'une mère dont le fils n’avait pas mangé son déjeuner, par manque d’appétit. Elle a alors ajouté une collation dans sa boite à lunch pour pallier la situation. La faim se faisant sentir durant l’avant-midi, le garçon a alors voulu chercher sa collation. Suspicieuse, son enseignante lui a demandé pourquoi il avait faim aussi tôt. Le garçon de répondre qu’il n’avait pas déjeuné. Croyant l'enfant négligé, l’enseignante a aussitôt fait un signalement au DPJ. La journée même, les trois enfants de la dame ont été pris en charge, laissant une mère inquiète de retrouver la maison vide à son retour du travail. Plusieurs années plus tard, cette mère pourtant prévoyante n’a toujours pas regagné la garde de ses enfants. Elle a droit à des visites, quelques fois par année, bien qu'elle soit une bonne maman pour un nouvel enfant né depuis.
De l'avis de la présidente de l’Association pour le Respect des Droits des Enfants, des Parents et des Grands-Parents du Québec (ARDEPGPQ), Luce Bouchard, «certains intervenants du DPJ sautent beaucoup trop vite aux conclusions. Pour eux, chaque dossier donne bonne conscience, en plus de garantir une partie du budget de fonctionnement. Il est certain que le rôle du DPJ importe dans notre société. Cela aide beaucoup d’enfants. Hélas, c’est souvent fait en rompant les liens avec leur famille élargie.»
* (Collaboration spéciale Luc Fournier, stagiaire)