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Poudre aux yeux pour le 400e

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Article mis en ligne le 28 décembre 2007 à 10:44
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Poudre aux yeux pour le 400e
Je n’irai pas à place d'Youville pour le 400e. Les activités se déroulent pourtant presque dans ma cour et je dois reconnaître que l’organisation a ratissé large afin d’intéresser tous les publics. Mais, même si je suis un résident de la haute-ville, je n’irai pas à place d'Youville le 31 décembre et je n’irai surtout pas voir Céline sur les Plaines. Ne vous méprenez pas, j’aime beaucoup ma ville. Je considère seulement les fêtes du 400e comme de la poudre aux yeux de ses clowns Gaspard et Théo.

L’image qui me vient lorsque je pense à la capitale est celle d’une vieille tante discrète, un peu hautaine, qui n’apprécierait sûrement pas toute cette agitation. Mais comme pour la grande tante à qui on organise une fête pour son 100e anniversaire, on ne lui demande plus son avis. On fêtera jusqu’aux petites heures, alors qu’elle sera couchée depuis longtemps.

Je lis et j’entends souvent que le 400e, c’est un party pour les gens de la haute-ville. Je ne crois pas. Je connais même des résidents qui en profiteront pour sous-louer leur appartement au centre-ville, afin de s’offrir une retraite en campagne, loin du tintamarre.

Je n’habite pas à l’intérieur des murs. J’y vais par contre régulièrement, mais quand il n’y a personne. À la première neige, dans les rues du Petit Champlain. Aux pluies d’automne dans les petits cafés du Vieux. Aux premiers rayons du printemps.

Je crois que c’est dans l’intimité que le charme de la vieille dame se révèle. C’est là qu’elle se confie. Je l’évite systématiquement lorsqu’elle est envahie lors du Carnaval ou des Fêtes de la Nouvelle-France. Ces événements, tout comme le 400e, pourraient se dérouler à Beauport que les gens iraient quand même. Cela n’a rien à voir avec le Vieux-Québec. On ne se déplace que pour être là où tout le monde est.

Côté legs, si la vieille tante pouvait choisir, elle aurait sûrement opté pour Place de France. La chirurgie du maire L'Allier à une rare cicatrice qui la défigure encore. Elle aurait aussi sûrement apprécié le rêve moins ambitieux de la mairesse, l’Ilot des palais. Même ça lui sera refusé.

Nous n’aimons pas vraiment Québec. C’est une tante un peu encombrante. Nous organisons alors une fête. Il n’en restera rien que le parfum de Céline et peut-être la fontaine de Tourny, le cadeau d’un seul individu. Il fallait pourtant voir la fierté sur les visages, l’été dernier, face au parlement.

Robert Lepage aura beau voiler les silos de la Bunge du plus grand écran de cinéma au monde; au lendemain du 400e, ces aberrations seront encore la première chose à accueillir les croisiéristes à leur arrivée à Québec. Le 300e a légué les plaines d’Abraham aux générations futures. Nous ne lèguerons rien, sauf peut-être, l’aménagement d’un terrain vacant: la promenade Samuel-De Champlain. Le compte de taxes est aujourd’hui le baromètre de nos rêves. Si nos ancêtres n’avaient pas fait certains sacrifices, nous n’aurions rien à célébrer. La génération du 400e manque une belle occasion de léguer une pierre à cette magnifique ville.

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