Desjardins estime que la récession américaine devrait être évitée en 2008
Le Québec et l'Ontario continueront à souffrir de la force du dollar
Les économistes du Mouvement des caisses Desjardins ont fa«it connaitre leurs prévisions économiques pour la prochaine année. Ils estiment que la récession américaine devrait être évitée en 2008. Par contre, le Québec et l'Ontario composeront tant bien que mal avec un dollar fort qui continuera à perturber la croissance économique.
Les économistes de Desjardins rappellent qu'un vent de panique a soufflé sur les marchés financiers de la planète au cours de l'été et de l'automne 2007. Conséquence de l'accentuation des défauts de paiement sur le marché du crédit hypothécaire à risque, les investisseurs ont perdu confiance dans le papier commercial adossé à des actifs (PCAA) et une réappréciation des risques s'est soudainement effectuée. Un manque de liquidités s'est alors produit sur les marchés financiers.
Le resserrement des conditions de crédit de la part des institutions financières qui s'en est suivi dans le monde et surtout aux États-Unis affecte l'économie réelle de la même manière qu'une hausse des taux d'intérêt. Pour contrer cet effet, les autorités monétaires ont été forcées de relâcher leurs taux directeurs pour ramener les conditions de crédit à un niveau plus accommodant.
«On veut à tout prix éviter une récession aux États-Unis qui aurait des répercussions peu souhaitables sur l'économie de plusieurs autres pays, notamment du Canada», a déclaré le vice-président et économiste en chef de Desjardins, François Dupuis.
Au Québec, le ralentissement sera limité malgré les difficultés du secteur extérieur
Ce sont le Québec et l'Ontario qui souffrent le plus de la force du huard. Le secteur manufacturier canadien, concentré dans ces deux provinces, doit absorber un choc brutal, ce qui suscite beaucoup de questions concernant la viabilité à moyen terme de certaines industries.
La demande intérieure de ces deux provinces demeure cependant suffisamment solide pour contrebalancer en partie les difficultés du secteur extérieur. Le PIB réel du Québec croîtra de 1,7% en 2008 et de 2,3% en 2009 (1,9% en 2007). Pour l'Ontario, les prévisions respectives sont de 1,8% et 2,5% (2,1% en 2007). Les provinces de l'Ouest bénéficient toujours de la présence du pétrole et des investissements relatifs aux Jeux olympiques.
En dépit des difficultés du commerce extérieur, le ralentissement de l'économie québécoise devrait être de faible amplitude en 2008. Plusieurs points d'appui permettront à la demande intérieure de maintenir un bon rythme de croisière.
«Les investissements en infrastructure publique, les baisses d'impôts annoncées au fédéral et au provincial ainsi que la baisse de la taxe sur les produits et services (TPS) sont des atouts qui permettront d'atténuer le ralentissement économique», souligne pour sa part Yves St Maurice, directeur et économiste en chef adjoint au Mouvement Desjardins.
Le huard reste le point chaud au Canada
La hausse vertigineuse du huard au-delà de la parité avec le billet vert a semé beaucoup d'émoi et soulevé des inquiétudes pour l'économie canadienne. Combinés à des conditions de crédit plus difficiles pour les consommateurs et les entreprises, les impacts négatifs d'un dollar aussi fort sur le secteur extérieur et sur les entreprises manufacturières canadiennes ont encouragé la Banque du Canada à abaisser les taux directeurs de 25 points de base le 4 décembre dernier.
«Même si l'économie se montre toujours assez solide, il fallait relâcher la ceinture pour contrecarrer de manière préventive les conditions plus difficiles pour l'obtention de crédit. Nos prévisions de croissance du PIB s'établissent à 2,4% pour 2008, comparativement à 2,6% en 2007. Le retour vers le plein potentiel de production est prévu pour 2009, pour une croissance de 3% », a ajouté M. St-Maurice.
Malgré tout, la demande intérieure canadienne se porte plutôt bien et tout n'est pas noir, au contraire. Les consommateurs restent confiants, les profits des entreprises sont solides, des diminutions d'impôts et de taxes entreront en vigueur en début d'année. Le marché du travail demeure vigoureux, assurant une croissance des revenus. Les effets positifs d'une devise forte devraient se traduire par une baisse du prix de plusieurs biens.
«Sujet à une certaine volatilité en fonction du prix du pétrole, des matières premières et de l'écart des taux d'intérêt avec les États-Unis, le huard devrait s'affaiblir au début de 2008 pour ensuite remonter vers la parité pour le reste de notre période de prévisions, observe M. Dupuis. Le prix du pétrole (WTI) pourrait reculer aussi bas que 70$ américains le baril en première moitié de 2008, mais reprendre une tendance haussière par la suite, aussitôt que les craintes de récession aux États-Unis se dissiperont.»
À l'affût des signes de récession aux États-Unis
Il y a actuellement une conjugaison de mauvaises nouvelles qui avivent les craintes de récession aux États-Unis. Dans ces conditions, les prévisions de croissance du PIB réel aux États-Unis, selon les économistes de Desjardins, s'élèvent à 2,0% pour 2008 (2,2% en 2007).
«Nos voisins devraient toutefois éviter la récession, même si les risques demeurent toujours à près de 40 %, estime M. Dupuis. Ils le devront en bonne partie à la faiblesse de leur dollar qui favorise leur secteur extérieur en stimulant les exportations et en ralentissant le rythme de croissance des importations. En 2009, la tempête sera derrière eux et l'économie reprendra du tonus avec une croissance de 2,6%, soit tout près de son potentiel.»
Face à des risques élevés de récession, la Réserve fédérale américaine n'hésitera pas à relâcher les taux. Desjardins s'attend à une baisse de 25 points de base du taux cible des fonds fédéraux au cours des trois prochaines réunions de la Fed. En mai prochain, ce taux devrait avoir atteint le niveau de 3,50%. Il se stabilisera par la suite jusqu'à la fin de 2008. Quant à la Banque du Canada, elle suivra le mouvement, mais elle se limitera à deux baisses. Les taux directeurs au Canada devraient donc s'établir à 3,75% en mars prochain.
La volatilité des marchés boursiers et des devises demeureront importantes
Les marchés boursiers sont demeurés extrêmement volatils au cours des derniers mois alors que le rebond des indices en septembre et en octobre a fait place à une nouvelle correction avec le retour en force des inquiétudes liées à la crise du subprime.
L'an prochain, les Bourses risquent encore d'évoluer en dents de scie et leur croissance pourrait être limitée par les conséquences de la crise et par le ralentissement économique. Malgré tout, les principaux indices nord américains devraient progresser autour de 5% à 10% au cours des deux prochaines années.
Au niveau des devises, la chute du billet vert s'est poursuivie cet automne, entraînant les devises européennes et le huard à la hausse. Toutefois, les perceptions des investisseurs à l'égard des économies britannique et canadienne se sont détériorées depuis, et seul l'euro a réussi à consolider son avance.
Le contexte demeure favorable à une consolidation de l'euro dans une fourchette entre 1,45$ US et 1,50$ US. Le yen a profité de la réappréciation du risque pour remonter, mais les gains potentiels restent limités en raison de la faiblesse structurelle de l'économie nipponne.
Les pays émergents au secours de l'économie mondiale
Selon les économistes de Desjardins, la croissance de l'économie mondiale est bien appuyée sur celle des pays émergents comme la Chine ou l'Inde. Contrairement aux pays industrialisés qui doivent se soumettre à une période de réévaluation des risques, les autorités chinoises tentent délibérément de restreindre le crédit par tous les moyens pour éviter une surchauffe.
Malgré ces efforts, la deuxième économie mondiale devrait poursuivre une progression supérieure à 10% de son PIB réel au cours des deux prochaines années.
L'économie du Japon gardera son rythme de croisière avec une croissance prévue de 1,8% en 2008 et de 2,0% en 2009 (2,0% en 2007).
L'Europe sera affectée par les facilités de crédit plus restreintes et une devise un peu trop vigoureuse. Un maigre 2% de croissance est donc attendu pour 2008 et 2009 (2,6% en 2007). Même son de cloche pour le Royaume-Uni.
«Malgré toute la faiblesse des économies industrialisées, les pays en développement viendront en aide à la croissance mondiale en la soutenant à 4,7% en 2008, en léger recul seulement par rapport à 2007», conclut M. St-Maurice.<@S2>(JPL)