L’arrivée du Messie... en santé
À Québec comme ailleurs, les listes d’attente pour un service en santé sont longues. Le nouveau Messie? Le privé bien sûr! «Avec le privé: fini les listes d’attente au système public». C’est le mythe #1 propagé sournoisement par les médias et par bien des politiciens Rien de plus faux. C’est même le contraire. Imaginons une épicerie où les dix caisses ont une file d’attente. Si, pour régler ce problème, on réserve trois caisses aux gens qui paieront 5 $ pour passer plus vite, est-ce que ça va réduire l’attente des autres? Au contraire, ils iront grossir la file aux autres caisses...
Dans le Devoir du 16 novembre, un regroupement de 2 500 médecins pour la protection de notre système public dénonce cette tromperie: «dans les pays où coexistent les systèmes privé et public, les temps d'attente dans le public finissent par être plus longs que dans les pays où le public se taille la part du lion.»
Mythe #2: «Le gouvernement n’a plus les moyens de maintenir un système de santé public». Curieusement, les personnes qui clament cela sont les mêmes qui réclament des baisses d’impôt, lesquelles profite aux mieux nantis. Cherchez l’erreur! Par ailleurs, comment se fait-il que ces mêmes personnes ne dénoncent jamais les milliards $ qui disparaissent dans les «trous noirs» des paradis fiscaux? Sur ce sujet, c’est l’omerta dans les médias… Pourtant, c’est pire encore que le scandale des commandites... L’argent de ce vol pourrait financer bien des postes et des lits de plus dans les hôpitaux et ainsi éliminer les listes d’attente.
En voyant ces mythes se répandre comme de la mauvaise herbe, il est utile de se rappeler que M. Desmarais, propriétaire de La Presse, Le Soleil, Le Droit, etc., est aussi actionnaire important des compagnies d’assurances Great West et London Life, lesquelles feraient des milliards $ avec la dérive de notre système vers le privé; se rappeler également que la très à droite Institut économique de Montréal, ne perd pas une occasion de prôner sur toutes les tribunes, la privatisation de nos biens collectifs, incluant même Hydro-Québec.
Quand nos politiciens nous ont-ils informés que l’augmentation des coûts de notre système de santé est dû principalement à l’industrie privée du médicament? Dans la très réputée revue Relation, Juin 2007, on lit: «la part de l’hôpital dans les dépenses de santé, qui représentait presque la moitié des dépenses en 1980 ne constitue plus que le tiers en 2005. Pendant la même période, les dépenses pour les médicaments sont passées de 6 % à 20 %». Autrement dit l’argent de nos impôts va enrichir les milliardaires industries pharmaceutiques, et met en péril notre système de santé. Curieux! Cette inflation faramineuse ne fait pas souvent les manchettes.
Curieux aussi ce silence sur l’expérience de la Nouvelle-Zélande. Comme ici, leur système de santé était «saigné» par les industries pharmaceutiques. Grâce à Pharmac, institution publique fondée en 93, ce problème a été réglé. Maintenant, leurs médicaments sont de «50 à 90% inférieurs à ce que nous payons» Relations Juin 2007, Faire mieux sans se ruiner, p. 19.
Tout comme on entend peu parler de l’excellent livre du Dr Michael Rachlis: Pourquoi attendre? où il nous informe des succès du système public obtenus par une meilleure gestion.
Plusieurs de nous avons connu un temps où se faire soigner, c’était aussi s’endetter… Voulons-nous vraiment revenir à ce faux Messie? Accepter que la vitesse à se faire soigner dépende de l’épaisseur du portefeuille, serait accepter qu’il y a deux sortes d’êtres humains : les riches et les autres, que la vie des uns serait plus valable que celle des autres. Les politiciens qui ne s’engagent pas clairement à arrêter cette hémorragie de notre système de santé public vers le privé nous trahissent.
Pour avoir l’heure juste sur les enjeux de notre système de santé:
www.solidaritesante.qc.caPour sauver notre système public, nous avons enfin la chance de faire entendre notre voix en allant signer la pétition sur le site:
www.santesansprofit.org
Eric Barnabé
Commentaire mis en ligne le 17 décembre 2007En réponse à Mme Brault, vous ignorez peut-être que 1 opération sur 3 est reportée ou si vous préférez, le tier du temps d'opération est perdu. Les principales causes sont: manque ou bris des équipements désuets ou manquants, manque de personnel infirmier dans les blocs opératoires et la mauvaise gestion des blocs opératoires.
Les 2500 médecins qui veulent du privé savent très bien qu'ils ne peuvent opérés parce que les équipements et les accesoires des blocs opératoires publiques n'ont pas changés depuis leur ouverture il y a 30 ans, même suite à un bris. Ils veulent le privé parce qu'ils pourraient ainsi être équipés pour faire 100% des opérations.
Imaginez donc, un chirurgien qui suit 200 patients dans une année doit reporter environ 65 opérations pour diverses raisons hors de son contrôle. C'est 65 personnes qui tombent sur les listes d'attentes. Après 3 ans, il a une quatrième année de travail en attente.
Parce que ses patients ont une année d'attente, il doit effectué un suivi de leur, ce qui implique que ses patients nécessite 2 ou 3 fois plus d'équipements et de personnel pour les examens de tous. Comprenez-vous pourquoi il est si difficile d'obtenir un rendez-vous pour un examen ?
Les listes d'attentes sont créées artificiellement par le report des opérations. Les délais font en sorte que les cas sont plus lourd. Par exemple, une dame de 50 ans qui attend 5 ans pour se faire opérer à une hanche deviendra sédentaire, prendra du poids, risque d'avoir des problèmes de diabète, de haute pression et de cholesthérol. Le gouvernement s'en fou de la faire attendre puisque c'est l'assurance médicament qui paie les pilules qu'elle a besoin. Le gouvernement sauve ainsi le 5000$ de son opération. Alors, pourquoi investir pour rééquiper les blocs opératoires ?
L'investissement en équipements et accessoires des blocs opératoires est moins visible que refaire les urgences en neufs à coût de millions. Les médecins voient cela et se rendent comptes que les adiministrateurs des RRSSS sont plus préoccupés par la construction de leurs nouveaux bureaux au dernier étage de l'Hôtel-Dieu de Québec, quitte à déplacer les patients sur une autre étage. Vous souvenez-vous de l'épisode du bain ortopédique de 25,000$ qui n'était pas connecté 1 an après parce qu'un budget de 1,500$ n'était pas disponible ? Du centre de cancérologie du même hôpital dont la construction était terminé, mais que ça a pris une sortie sans les journaux pour qu'il soit ouvert ?
Les médecins voient tout cela et se rendent comptes que le problème est celui qui prend les décisions. Il est EVIDENT que le problème ne se réglera pas de l'intérieur.
Eric Barnabé, usager des hôpitaux de Québec