Journal de Québec: le conflit a assez duré!
Après l’ADQ c’était au tour du Parti Québécois, la semaine dernière, de revenir à la charge pour exiger du ministre du Travail, M. David Whissel, qu’il intervienne vigoureusement pour hâter un règlement dans le conflit au Journal de Québec.
Au rythme où vont les choses, il est difficile de croire que le conflit qui oppose les 252 travailleurs syndiqués du Journal de Québec à l’empire Québecor puisse trouver un règlement dans un avenir prévisible. Tous les observateurs s’entendent sur le niveau d’entêtement démesuré du tandem patronal Pierre-Karl Péladeau / Luc Lavoie. Le duo s’est fait les dents sur les pressiers du Journal de Montréal d’abord en grève légale pendant 20 semaines puis en lock-out pendant près de 18 semaines. Ironiquement, le geste patronal a été jugé illégal en vertu d’une clause de la convention collective qui fixait à 20 semaines la limite d’un éventuel arrêt de travail, fut-il décrété par l’organisation ouvrière ou patronale. Il est à craindre que le scénario conflictuel se répète dans le cas du quotidien de Québec et qu’il s’exporte ensuite au Journal de Montréal et aux autres propriétés du groupe.
Quant aux employés, ils jouissent de l’appui indéfectible du plus puissant regroupement syndical du pays, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), et sa cause est soutenue au plan international tant au niveau des principes que monétairement. La voie de l’affrontement ne fera que prolonger indument une situation qui a déjà assez duré.
Au-delà des questions salariales et d’horaires de travail qui, avec un minimum de bonne volonté, pourraient être résolues rapidement, les véritables enjeux reposent sur la problématique des multiplateformes et de la convergence entre les salles de nouvelles de Québecor. Cette problématique n’est pas que le lot du Journal de Québec. Chez Gesca, l’inclusion d’une clause dans la convention collective de travail des journalistes concernant la libre circulation des textes d’un quotidien à l’autre a fait beaucoup jaser au moment de la négociation. Néanmoins, il semble bien que l’on soit parvenu à limiter les effets pernicieux appréhendés.
Dans le nouvel univers médiatique qui émerge, les syndiqués du Journal de Québec et les patrons de Québecor conçoivent chacun de leur côté que la pratique du métier ne sera jamais plus la même. Les nouvelles technologies et surtout la vitesse à laquelle elles se développent ont bouleversé les modes d’informations. Aucune entreprise de presse au monde n’est à l’abri de cette mise à jour, quelques fois douloureuse. Il faut donc s’y attaquer dans un climat de concertation et non dans un contexte d’affrontement. Plus longtemps durera le conflit plus difficile sera la réconciliation. Par voie de conséquence, le Journal de Québec paiera longtemps le tribut de l’affrontement.
Si les parlementaires se soucient de la situation au Journal de Québec, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec s’inquiète. Elle s’interroge sur la qualité de l’information actuellement disponible dans ce journal. Un journaliste a notamment outrepassé les règles d’éthiques et légales lorsqu’il a révélé l’identité d’une mineure, victime d’un crime sexuel. Les textes ne sont pas signés, ce qui soulève aussi la notion d’imputabilité des articles et enfin, on compte une quinzaine de chroniqueurs dont seulement deux sont de Québec, des employés-cadres du journal.
Ainsi, la qualité de l’information est attaquée. Par ailleurs, la diversité des sources et le droit fondamental du public à l’information sont amputés. Voilà qui devrait forcer la main du ministre du Travail pour qu’il intervienne. Monsieur Whissel ne doit pas jouer à l’autruche ou se réfugier derrière le paravent des dispositions légales. Après huit mois de conflit, il doit agir. Non seulement pour toutes les raisons déjà énumérées, mais aussi parce le gouvernement est directement impliqué dans le dossier.
En effet, l’article 45 du Code du travail qui interdit l’embauche de scabs est virtuellement bafoué plusieurs fois par jour, à chaque fois qu’un journaliste ou un chroniqueur expédie son texte au journal par internet. Ces gestes répétés font la démonstration évidente que cet article du code a désormais perdu tout son sens devant les nouveaux moyens de communication. Le ministre à le devoir de faire cesser cette situation. Il doit le faire en intervenant pour forcer Québecor à se présenter en arbitrage, ce que les syndiqués ont déjà accepté et, par la suite, amender l’article 45 en fonction des nouvelles réalités.