Régis Labeaume le rassembleur
«Grosse victoire!» L’expression prenait tout son sens lorsque Guy Lafleur comptait sept buts dans un match des Remparts pour les propulser vers la Coupe Memorial ou lorsque Patrick Roy multipliait les acrobaties pour bloquer les rondelles adverses et permettre à Jacques Demers de remporter sa première Coupe Stanley.
L’expression reprend ses droits dans l’imagerie populaire depuis l’étonnante soirée électorale qui a permis à Régis Labeaume de conquérir le siège de premier magistrat à Québec. Comme Lafleur ou Roy, Labeaume s’est affirmé comme un rassembleur hors pair. C’est cette principale qualité qui lui a permis de déjouer tous les pronostics du début de la campagne alors qu’il récoltait un mince 3% des intentions de votes. Terminer avec une récolte qui avoisine les 60% d’électeurs relève presque de l’exploit.
En tant que rassembleur, le candidat Labeaume a su attirer dans son camp un nombre significatif d’électeurs qui désiraient s’opposer à Ann Bourget et l’héritage L’Allier en appuyant l’un des treize autres candidats.
Le mouvement s’est particulièrement fait sentir il y a deux semaines lorsque Québec Hebdo publiait un sondage Axiome Marketing qui laissait présager une majorité absolue en faveur de madame Bourget. Au même moment, le conjoint de l’ex-mairesse Andrée Boucher prenait position en faveur de monsieur Labeaume. Dès lors, le vent a tourné et le tsunami s’est levé.
Si les propositions d’alliances lancées par Régis Labeaume n’ont pas trouvé preneur chez les autres candidats, l’appel a été néanmoins entendu par les électeurs partisans du anybody but Bourget. Un message qu’avait soutenu haut et fort le candidat à la mairie. D’une journée à l’autre, on sentait sur le terrain que la migration vers le camp Labeaume était en marche. Deux sondages consécutifs d’Unimarketing ont confirmé cette tendance qui a connu son apothéose dimanche soir dernier.
Rassembleur, Labeaume l’a aussi été quand il a pris soin de rallier à sa cause trois membres de l’exécutif du conseil de ville, puis quatre autres conseillers indépendants. Rassembleur, il le fut aussi lorsque l’ancien maire Gilles Lamontagne est sorti de son devoir de réserve pour soutenir à son tour sa candidature. Son geste de ramener Paul-Christian Nolin au poste d’attaché de presse, après qu’il eût été inopinément évincé de l’hôtel de ville, est un signal clair qu’il veut regrouper autour de lui des gens de compétence et de vision. Il est évident qu’il recrutera tous azimuts à la condition que l’intérêt de la ville prime et qu’on fasse preuve de loyauté à son égard. Il ne serait pas surprenant qu’il accueille près de lui des conseillers qui siègent pour d’autres formations politiques.
Cette propension à être rassembleur n’est pas nouvelle chez lui. Il faut l’avoir suivi dans les coulisses des imposants colloques annuels de la Fondation de l’entrepreneurship qui se tiennent en alternance à Québec et à Montréal. Réunir année après année des partenaires comme Cascade, Hydro-Québec, la CSST, Bell et les deux paliers de gouvernements supérieurs n’est pas une sinécure. Pas plus que de réunir à ces rencontres annuelles tout le nec plus ultra des intervenants économiques autour de la thématique du développement de l’entrepreneuriat.
En campagne électorale ses propos étaient fermes à l’égard des syndicats quant à la possibilité d’avoir recours à une loi spéciale pour maintenir la paix sociale en 2008 alors que les Fêtes du 400e chevaucheront la négociation d’une douzaine de conventions collectives de travail. Toutefois, le nouveau maire fera appel à ses talents de rassembleurs pour amadouer ses employés, tout en les responsabilisant à l'égard des citoyens et en leur proposant de nouveaux défis en matière de gestion des ressources humaines.
Le mois de décembre marquera des semaines déterminantes pour le nouveau maire. Outre le fait d’amorcer sereinement les rondes de négociations avec ses employés, il devra imposer un climat de travail plus efficace et plus respectueux que celui qui semble prévaloir à l’hôtel de ville. En quelques semaines, il doit se dégager une marge de manœuvre suffisante, à même les propositions budgétaires qu’il a déjà en main et le Programme triennal d’immobilisation (PTI), pour lancer les grands chantiers qu’il caressait lors de la campagne et sur lesquels il s’est engagé publiquement.
S’il mène à bien ces premiers défis, connaissant les mœurs politiques locales qui font en sorte que nos maires restent en place longtemps, M. Labeaume pourrait être en poste pour un bon moment. Son talent de rassembleur est son principal allié.