Le diable est aux vaches à l’Hôtel de ville
La Ville de Québec est aux prises avec une situation quasi anarchique en ce qui concerne sa gestion des ressources humaines. En trois jours seulement, on apprenait que des employés s’adonnaient à des activités douteuses sur Internet à partir de leurs postes de travail, d’autres sont à couteau tiré avec un cadre du service de l’évaluation et, enfin, le corps policier jouerait aux fesses dans des cérémonies initiatiques dignes des rites universitaires éculés.
Au premier abord, on peut s’interroger sur les mécanismes de gestions qui prévalent à l’Hôtel de ville. Comment expliquer qu’au Service d’évaluation, pas moins de 17 employés déposent collectivement un grief d’harcèlement à l’endroit d’un seul employé cadre sans que quiconque n’ait vu venir le coup? En revanche, on doit admettre que la réplique de celui-ci à l’endroit de trois des signataires du grief collectif ne manque pas de panache, l’intimé se faisant accusateur devant la Cour supérieure, Chambre civile. Ce dossier révélé par Québec Hebdo inquiète bien des observateurs.
Quant à la problématique soulevée par le présumé vol de temps imputable à 27 employés municipaux, dont sept d’ExpoCité, incluant quatre cadres, un fonctionnaire de la Cour municipale, trois employés du Service des ressources humaines, deux au Service de l’approvisionnement et 14 employés du Service de police où 12 policiers font l’objet d’une enquête, elle soulève bien des interrogations.
Enfin, les accusations pour le moins scabreuses concernant un rite d’initiation digne d’un carabin au Service de police de Québec nous laissent pantois. Si les allégations s’avèrent fondées, comment accepter que des individus triés sur le volet pour assurer la paix publique et formés en conséquence puissent se permettre des gestes déplacés et humainement déshonorants? Dans un tel cas, les responsables devront faire l’objet de sanctions sévères.
Au Service d’évaluation, la cause des professionnels syndiqués apparemment harcelés se retrouvera devant un arbitre. Le présumé responsable tentera quant à lui de plaider sa cause devant le tribunal civil. Quant au scandale de vol de temps au profit d’Internet, les syndicats ont clairement laissé entendre qu’ils n’iront pas plus loin dans la défense de leurs membres. Lettres de réprimande, avis verbal, suspensions ou enquête, on ne s’opposera pas aux procédures. Enfin, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est chargé d’une enquête concernant les activités présumées illicites survenues lors d’une initiation de nouveaux policiers. Soit, les accusés ont droit à une défense pleine et entière. Mais, bien au-delà des responsabilités, de déterminer des coupables et de l’imposition de châtiments, on doit se poser de sérieuses questions quant à la rigueur administrative de la Ville au chapitre de ses ressources humaines.
Visiblement, quelqu’un quelque part ne fait pas son travail. Difficile de comprendre qu’un cadre supérieur n’ait pas connaissance des abus d’un de ses adjoints soupçonné de harcèlement envers rien de moins que 17 employés. Avant d’en arriver à un grief collectif, la grogne a sûrement dû se faire entendre. Au moins sept employés d’ExpoCité se seraient payé la traite sur des sites pornos d’Internet sans que le directeur général n’en ait eu connaissance? Difficile de souscrire à cette épidémie soudaine de surdité et de cécité.
L’affaire du rite initiatique au Service de police est d’un autre ordre puisqu’il est dans sa nature même de ces activités d’être occulte. Par contre, si cette pratique est tellement courante que nul ne s’en émeut, le chef de police a sûrement dû faire face à pareille cérémonie un jour ou l’autre. Rompu à ces us et coutumes, le chef devrait s’assurer qu’on ne dépasse pas les bornes, particulièrement lorsque l’événement se déroule dans un lieu public, tel un bar. La plus élémentaire rigueur pour un corps policier prend tout son sens en pareil cas.
Sous cet angle, la gestion des ressources humaines de la Ville de Québec est visiblement marquée au coin du laxisme le plus désolant. À moins que Québec et ses employés syndicaux ne profitent de la campagne électorale pour mettre la table en vue des rondes intensives des négociations de conventions collectives qui s’amorceront au lendemain de l’élection du nouveau maire. Privées de rapport de force véritable, la divulgation de ces éléments par certaines autorités municipales pourrait contribuer à créer un climat de sympathie favorable à l’employeur tout en discréditant la solidarité syndicale, ses récriminations et son action.