Un duel démocratique est nécessaire
Dimanche le 2 décembre, nous devrons choisir la personne qui nous proposera le meilleur plan d’ensemble pour l’avenir de la ville de Québec. Il nous reste une semaine pour déterminer à qui ira notre vote.
Cet été, le jeune retraité que j’étais a passé beaucoup de temps à redécouvrir sa ville. J’ai admiré sa beauté, apprécié sa sécurité, déploré la pauvreté de certains de ses quartiers, détesté ses nécessaires travaux d’infrastructures et, surtout, constaté à nouveau à quel point Québec avait changé au cours des quarante dernières années.
Le développement domiciliaire a explosé dans les villes de banlieues. Puis, les fusions ont ajouté ces banlieues au territoire de la nouvelle ville de Québec. Les centres commerciaux pullulent. Les édifices à bureaux prolifèrent. De nouveaux pavillons ont été ajoutés à l’Université Laval depuis que je l’ai fréquentée, Le parc technologique a été fondé et de nombreux parcs industriels ont été créés. Le quartier Saint-Rock s’est développé. De vieilles industries ont disparu mais la nouvelle économie, celle des cerveaux et de la technologie, s’est pointée.
Le secteur marchandise du port a été développé, le terminal de croisière y a été ajouté. Le tourisme a explosé. On agrandit à nouveau l’aéroport, enfin! Le réseau routier a suivi la progression de la ville même s’il commence à atteindre sa limite.
Les Nordiques sont arrivés puis repartis. Les Remparts sont partis puis revenus. L’équipe de football du Rouge et Or s’est ajoutée, les Capitales aussi. Nous aurons bientôt un PEPS agrandi et des stades intérieurs pour le soccer. Peut être un anneau de glace couvert, sait-on jamais? Verrons-nous un jour le retour de la ligue nationale de hockey ou l’arrivée de la ligue canadienne de football? À l’entreprise privée de jouer! Si tel était le cas, la ville et les gouvernements trouveraient sûrement une façon d’aider!
Malgré toute cette évolution, la ville est endettée et la marge de manœuvre est restreinte. Dans l’actuelle course à la mairie, tous les candidats s’entendent donc sur la nécessité de réduire la taille de la fonction publique municipale et de couper dans les dépenses tout en maintenant et améliorant les services. Tous veulent aussi restaurer les infrastructures et assurer le succès des fêtes du 400e.
Pourtant, il y a beaucoup plus que cela à faire. Le pouvoir décisionnel se déplace trop souvent vers Montréal ou ailleurs. La population vieillit et de nombreux jeunes quittent faute de trouver ici des défis à la mesure de leurs aspirations. La main d’œuvre spécialisée manque. Le nombre d’habitants stagne. La fonction publique est appelée à diminuer, il faudra donc créer de nouveaux emplois pour compenser.
Les 23 prochains mois du prochain maire ou de la prochaine mairesse devront donc aussi servir à élaborer et mettre en place des solutions à ces problèmes critiques pour l’avenir de Québec. Attendre deux ans pour s’y intéresser serait une effroyable perte de temps.
Le sondage que nous publions aujourd’hui démontre une fois de plus que nous sommes maintenant en présence d’une course à la mairie se faisant à deux entre Mme Bourget et M. Labeaume. Or, tous les débats tenus jusqu’à maintenant mettaient en présence quatre, cinq ou six candidats. Ils ont plus souvent laissé place à la cacophonie qu’à une véritable discussion de fond sur les projets des candidats.
Au-delà du politiquement correct, la situation actuelle et l’importance des enjeux commandent maintenant un face à face Bourget/Labeaume qui, idéalement, devrait être télédiffusé par les trois stations régionales de télévision de Québec. À défaut de ce faire, la télé de Radio-Canada pourrait modifier la formule du débat qu’elle tiendra mardi prochain, le faisant passer de quatre à deux candidats. À l’ultime, si Radio-Canada s’y refuse, le débat proposé aux deux candidats par le 93,3 servirait les intérêts des citoyens.
M. Labeaume, nouveau venu en politique municipale, réclame cette joute à deux. Si Mme Bourget, chef du RMQ, conseillère municipale depuis plusieurs années et ex-membre de l’exécutif de la ville sous Jean-Paul L’Allier la refusait, elle s’exposerait à perdre de nombreux votes. En effet, beaucoup de citoyens ne voudraient pas avoir à la tête de leur ville quelqu’un qui demande leur confiance mais ne veut pas débattre de ses idées. Par contre, si Mme Bourget accepte ce duel, elle nous permettra de mieux comparer ses propositions d’avenir à celles de son plus sérieux rival. L’intérêt de la démocratie n’en sera que mieux servi.
* (Collaboration spéciale Jean-Claude L'Abbé)