La montréalisation à l’œuvre: SOS télé
Le 19 septembre dernier, le Conseil d’administration de l’auguste Société Radio-Canada annonçait qu’elle mettait un terme à son affiliation avec les stations régionales de TQS à Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay. Elle entend dorénavant desservir directement ces régions avec l’ensemble des plateformes de diffusion qu’elle opère dans le cadre de son mandat à l’égard des régions. Fondamentalement, la nouvelle laisse prévoir que Radio-Canada accentuera sa présence régionale. Très bien.
Par contre, par effet domino, c’est encore le dossier de la montréalisation qui refait surface. Il est clair que cette décision a déstabilisé TQS et ses propriétaires, Cogeco (60 %) et CTV Golbemédia (40 %). Tant et si bien qu’ils remettent en question leur propriété commune demandant à la CIBC d’évaluer les choix stratégiques qui peuvent se présenter à eux, dont la vente pure et simple du réseau. En situation de crise financière, TQS vient de lancer une purge de 40 emplois, 15 à Montréal, 15 à Québec et 10 en région.
Encore une fois, ce sont les régions qui paient le prix de ces coupures. Constater le résultat n’a rien de paranoïaque. L’effet insidieux de cette décision est beaucoup plus lourd pour l’économie régionale que pour celle de la métropole. Québec perdra 20 % de ses effectifs pendant qu’à Montréal où on compte plus ou moins 260 employés, on laissera sur le pavé environ 5,75 % du personnel. Le président du syndicat des employés, Mario Vaillancourt, rappelait à juste titre que six postes et demi ont déjà été abolis il y a deux ans seulement.
Dans les faits, ces abolitions de postes toucheront peu la production locale, car, hormis les bulletins de nouvelles le matin, le midi et à 22 h 30 et une émission culturelle diffusée le samedi en fin d’après-midi, elle est inexistante. Tant et si bien que l’on pourrait conclure que TQS-Québec n’est aucunement responsable des faibles performances du Mouton noir. Par contre, on lui impute une plus grande part des effets négatifs qu’à la station mère dans la métropole responsable de l’ensemble d’une programmation qui visiblement ne génère pas les revenus estimés.
Sur le plan de l’information régionale, Québec voit une source matinale s’éteindre. Les trop courts bulletins de nouvelles locales diffusés dans l’émission Caféine sont retirés des ondes. Dorénavant, l’information proviendra uniquement de Montréal. C’est pourtant le matin que le consommateur d’information en général cherche à faire le plein avant de débuter sa journée. TVA aura désormais le champ libre au saut du lit au chapitre de la nouvelle locale et régionale télévisée.
Puisqu’il est question de TVA, il est lui aussi victime du syndrome de la montréalisation. La semaine dernière, la station de la rue Myrand annonçait le retrait de son magazine culturel «La vie à Québec», diffusé depuis 1992. Mis à part les bulletins de nouvelles, c’était la dernière émission produite à Québec et destinée au public de la capitale. Une émission d’affaires publiques, Québec à la une, était l’avant-dernière à être retirée de l’antenne l’an dernier.
Justifiant la décision, le directeur général, Richard Renaud, invoque le peu d’auditoire pour cette émission mise en ondes à 14 h 30 le samedi après-midi. Or, diffuser une émission pour laquelle le programmeur souhaite de bons résultats en plein milieu de la journée le samedi, relève du suicide médiatique. Pour des raisons évidentes, à part une émission spéciale d’actualité ou un événement sportif d’envergure, aucune émission n’a de chance d’atteindre ses objectifs dans cette case horaire. Par ailleurs, il est vrai que TVA Québec diffuse des émissions à partir de ses studios au-delà des obligations du CRTC. Malheureusement, aucune de celles-ci n’est produite à l’intention du public de Québec. Ce sont des émissions «réseau» qui n’ont rien d’identitaire avec la communauté régionale. À part quelques belles images de sites régionaux, elles pourraient tout aussi bien provenir de Trois-Rivières, Montréal, ou Saint-Paulin.
La réalité du phénomène de la montraéalisation n’est ni statistique, ni financière. Elle est culturelle, au sens large du terme. Les médias ont pour mission de s’adresser à leur milieu, de refléter les préoccupations de ses gens, de susciter des débats. Avec beaucoup d’à propos, le candidat à la mairie Régis Labeaume dénonçait les réseaux d’informations qui ne maintenaient ni personnel, ni heures d’antenne, pour couvrir l’information locale les fins de semaine. Un peu comme si Québec éteignait ses lumières le vendredi à 17 h pour les remettre en opération le lundi matin.
Qu’un bulletin de nouvelles disparaisse ou qu’une émission soit retirée est somme toute assez banal. Mais quand l’oiseau sera complètement déplumé, il ne pourra plus s’envoler pour enrichir notre environnement. Qui ne s’enrichit pas, s’appauvrit.