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Snobisme cinématographique

Frédérick Masson par Frédérick Masson
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Article mis en ligne le 3 novembre 2007 à 7:40
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Snobisme cinématographique
Nul n'est prophète en son pays. Voilà un adage qui sied bien au film Le Ring, présenté depuis un peu plus d'une semaine maintenant sur les écrans de la province. À sa première semaine de sortie, et malgré une tournée de promotion à Québec, une seule salle de la capitale avait jugé bon de présenter le dernier-né de la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette. Pire encore, à peine une vingtaine de cinéphiles assistaient à la représentation du dimanche soir.
Campé au cœur du quartier défavorisé Hochelaga-Maisonneuve, un endroit comme on en retrouve dans toutes les grandes villes du monde, ce récit empreint de vérité est celui de Jessy, un ado qui tente tant bien que mal de survivre à l'intérieur d'une famille déglinguée. Né d'une mère à la fois prostituée et toxicomane et d'un père visiblement dépassé par les événements, le troisième de cette famille de quatre enfants n'aura pour seul exutoire que les soirées de lutte présentées au sous-sol de l'église. Un environnement peu propice au développement et qui, bien que divertissant, se veut très pauvre en promesses d'avenir.

Dans le rôle principal, une perle rare dénichée par la cinéaste : Maxime Desjardins-Tremblay. Dès les premières secondes, le jeune homme crève l'écran. En s'inspirant du milieu qui est le sien, il donne au personnage central un caractère qui lui est propre. Par sa présence, il apporte au film une touche de réalisme comme peu de jeunes acteurs ont su le faire au cours des dernières années.

Pour sa part, l'histoire est bien ficelée. Pas de fla-flas, pas de clichés, et surtout, pas de fin hollywoodienne. Car un happy ending aurait gâché la sauce. Le langage utilisé est celui du milieu, n'en déplaise aux oreilles chastes. Quant à la photographie, elle est particulièrement réussie, si ce n'est que de la légère surabondance de gros plans qui n'apportent malheureusement rien de plus aux performances d'un casting fort talentueux.

Alors pourquoi avoir quasi ignoré Le Ring? Pourtant, l'œuvre est très prometteuse. Projetée à l'occasion du Festival du film de Pusan en Corée du Sud, puis dans le cadre du Festival du nouveau cinéma de Montréal, elle sera, en 2008, de la sélection officielle du Festival du film de Berlin.

La réponse : c'est justement le casting. La cinéaste a choisi de faire confiance à des acteurs qui ne sont pas de la garde habituelle. Pas de Rémi Girard, pas de Luc Picard, pas d'Isabelle Richer, pas de Julie Perreault, et surtout, pas de représentant de la génération Watatatow, qui ont joué jusqu'à l'âge adulte des adolescents qui fréquentaient l'école secondaire.

En jetant son dévolu sur des acteurs moins à la mode, elle a pris un risque. Le risque de faire confiance à son instinct et de produire une œuvre en faisant fi des considérations monétaires. Et franchement, elle a eu raison. Pas une, mais bien deux fois bravo.

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