Le stress au travail double le risque de récidive de crise cardiaque
Les personnes qui occupent un travail stressant après avoir eu un infarctus courent deux fois plus de risque d’être victimes d’une seconde crise cardiaque, rapporte une équipe de la Faculté de médecine de l’Université Laval dans l’édition du 10 octobre du Journal of the American Medical Association.
Cette étude constitue la première démonstration claire des méfaits du stress professionnel chez les travailleurs qui ont déjà subi un infarctus du myocarde. Il avait déjà été démontré qu’un travail stressant augmentait le risque de subir une première crise cardiaque, mais les études concernant les récidives étaient rares, d’envergure limitée et peu concluantes.
L’équipe supervisée par Chantal Brisson a suivi pendant six ans 972 patients âgés de 35 à 59 ans qui avaient subi un infarctus du myocarde. Ils les ont interrogés six semaines, deux ans et six ans après leur retour au travail afin d’amasser des informations sur leur état de santé, leurs habitudes de vie, leur profil socioéconomique et le stress engendré par leurs activités professionnelles. Leur travail était jugé stressant s’il combinait une demande psychologique élevée (volume de travail important, exigences intellectuelles élevées et délais de production serrés) et une faible latitude décisionnelle (peu d’autonomie, de créativité et d’occasion d’utiliser ou de développer leurs compétences).
Pendant la période de suivi, 124 sujets ont eu un infarctus et 82 ont souffert d’angine instable, pour un total de 206 récidives. Les sujets qui vivaient un stress élevé au travail lors des deux premières rencontres avec les chercheurs couraient deux fois plus de risque d’être victimes de récidive que les autres participants. Ce risque subsistait même après avoir éliminé l’effet de facteurs comme la sévérité du premier infarctus, les autres conditions de santé, l’histoire familiale, le profil socioéconomique, le style de vie, le type de personnalité et les autres aspects de l’environnement de travail.
L’étude indique que le stress n’affecte pas la probabilité de récidive pendant les deux premières années qui suivent l’infarctus. « C’est logique sur le plan biomédical parce que le processus pathologique requiert un certain temps avant de manifester ses effets », commente Chantal Brisson.
Selon les chercheurs, il est important que les résultats de leur étude trouvent écho dans le monde du travail de façon à ce que les personnes qui reprennent leurs activités professionnelles après un infarctus ne se retrouvent pas dans des situations qui mettent leur santé en péril. « Les employeurs et les intervenants en santé au travail doivent trouver des façons de modifier la demande psychologique ou la latitude décisionnelle associées au poste de ces personnes », propose Chantal Brisson. « C’est possible et le fait de favoriser l’autonomie, la créativité et l’utilisation des compétences des employés n’est pas incompatible avec la productivité d’une entreprise», estime la chercheure.
Outre Chantal Brisson, les chercheurs Corine Aboa-Éboulé, Elizabeth Maunsell, Renée Bourbonnais, Michel Vézina, Alain Milot, Gilles Dagenais, Benoît Mâsse et Pierre Théroux ont pris part à l’étude.
* (Source: Faculté de médecine de l'Université Laval)