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Un amour que plusieurs qualifiaient d'impossible

Semaine de sensibilisation aux maladies mentales

Article mis en ligne le 3 octobre 2007 à 10:00
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Un amour que plusieurs qualifiaient d'impossible
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Un amour que plusieurs qualifiaient d'impossible
Semaine de sensibilisation aux maladies mentales
«J’avais l’étrange sensation de me retrouver en période de guerre sur la ligne de feu. J’étais tellement angoissé que j’avais mal physiquement; il me semblait que mon sternum allait s’enfoncer dans ma poitrine. Je devais expressément consulter avant d’exploser.»
Comme des milliers d’hommes, j’ai vécu ma jeunesse intensément. J’oserais dire que j’ai dépassé les limites de l’acceptable, jusqu’au jour où la vie s’est chargée de me ramener à la raison. Au début de la quarantaine, aguerri de mes expériences passées et composant avec une maturité certaine, j’ai croisé une femme qui allait changer le cours de ma vie.

C’est par le biais de mon travail que nos routes se sont croisées. Sous son regard triste qui dissimulait une grande détresse se présentait une femme magnifique dont l’aura m’a conquis. Je la pressentais affligée mais jamais je n’aurais pu imaginer, à ce moment, qu’elle composait avec une maladie mentale.

Un jour, alors qu’elle était complètement désemparée, elle m’a téléphoné pour que je l’accompagne à l’urgence… PSYCHIATRIQUE, précisa-t-elle. Complètement estomaqué, j’ai acquiescé à sa demande tout en me questionnant sérieusement sur notre relation à venir. Suite à son premier passage à l’hôpital, nous avons eu des échanges francs et honnêtes me permettant de croire, bien naïvement, qu’avec seulement l’aide de ses médicaments, notre vie à deux demeurait possible. La femme que j’aimais vivait des difficultés psychologiques mais en aucun temps je n’ai cru que ses problèmes freineraient notre relation amoureuse. Les sept premières années de notre union se sont avérées harmonieuses, jusqu’au jour où…
Chute aux enfers
Des événements familiaux très éprouvants sont venus perturber notre calme. C’est alors que la maladie mentale de ma conjointe est revenue nous frapper de plein fouet. Tantôt des gestes, des mots ou des rituels que je qualifiais de bizarres sont apparus dans son quotidien. Son fils cadet qui, dans son enfance, avait vécu quelques-unes des crises de sa mère, a vite appréhendé la rechute. De mon côté, aveuglé par l’amour, je tentais de rationaliser ses agissements. De toute évidence, je ne voulais pas admettre l’ampleur du problème, et encore moins, me confier et chercher de l’aide. Par mon entêtement à nier la réalité, je laissais la maladie mentale nous envahir.
Cette fois, le passage à l’urgence s’est transformé en escale à l’hôpital, un séjour empreint d’émotions et d’insécurité. Lourdement médicamentée, je ne reconnaissais plus cette femme que je chérissais. Une panoplie de préjugés m’ont envahi et une seule pensée me traversait l’esprit: «j’ai marié une folle!». J’ai eu honte de cette pensée pendant longtemps. À travers les contraintes hospitalières et la pression de ma conjointe qui m’accusait de la maintenir de force à l’hôpital, je me sentais abattu et confus. En fait, j’étais complètement désespéré.
Diagnostic qui chamboule
Après tant d’années d’incertitude, ma conjointe s’est vue attribuer le diagnostic du trouble bipolaire. Elle a vécu une période sombre où la coopération n’était pas au rendez-vous. J’avais l’étrange sensation de me retrouver en période de guerre sur la ligne de feu. J’étais tellement angoissé que j’avais mal physiquement; il me semblait que mon sternum allait s’enfoncer dans ma poitrine. Je devais expressément consulter avant d’exploser. Une visite à la clinique médicale m’a permis d’obtenir des comprimés pour dormir et d’autres pour apaiser mon anxiété. Je suis cependant reparti avec mon lot d’inquiétudes concernant la maladie mentale de mon épouse.
Assailli par le désespoir, j’ai décidé de me confier à des confrères de travail. La majorité des conseils se sont avérés négatifs, voire radicaux: «sépare-toi, tu vas te détruire; il y a d’autres femmes» et j’en passe. J’hésitais à consulter le programme d’aide aux employés car mon orgueil de mâle m’en empêchait… dommage. C’est dans cet état d’esprit que j’ai accueilli mon épouse à son retour de l’hôpital.

Je n’avais pas l’intention de me séparer mais je dois avouer que notre relation n’était plus égalitaire. Je la surveillais constamment, question de médication, d’humeur et de comportements. Je me sentais responsable, tel un père pour son enfant. Le climat était malsain et les symptômes de la maladie se présentaient à nouveau. Quoique j’éprouvais encore de l’amour pour ma conjointe, je commençais sérieusement à douter de la longévité de notre couple.
Décision déterminante
Rien n’allait plus, ni pour elle, ni pour moi. J’étais au bout de mon rouleau et, à mon tour, craignant la dépression, j’ai décidé de retourner consulter. L’équipe médicale m’a rapidement évalué. Mon désespoir était relié au fait que j’étais dépassé par les événements. J’étais extrêmement fatigué et dépourvu de moyens. Une infirmière m’a alors recommandé de contacter la FFAPAMM pour connaître l’association de familles et amis de mon territoire. Elle m’a expliqué qu’il s’agissait d’une ressource qui venait en aide à des gens comme moi, qui accompagnent une personne atteinte de maladie mentale. Je n’avais plus rien à perdre, puisque nous étions en perte de contrôle. J’ai donc mis mon orgueil de côté et j’ai composé le numéro de téléphone.
Si j’ai accepté de parler publiquement de mon histoire, c’est que cette démarche m’a permis de sauver notre couple. La rapidité d’intervention, l’empathie et le professionnalisme dont ont fait preuve les intervenants m’ont vite mis en confiance. J’ai pu parler et exprimer mes inquiétudes sans être jugé. J’ai trouvé là un espace qui me permettait de normaliser mes réactions, comprendre que j’avais le droit d’établir mes limites.

En plus du soutien individuel dont j’ai profité, ma participation à différents ateliers m’a permis de démystifier la maladie mentale de ma conjointe. Cette démarche a eu pour effet de me déculpabiliser des pensées que j’avais eues à l’égard de mon amoureuse. Par ailleurs, le fait de pouvoir rencontrer d’autres personnes qui vivaient des problèmes similaires m’a extrêmement réconforté. Ma démarche a eu des retombées très significatives pour moi, puisque je comprends beaucoup mieux la réalité de ma conjointe et je suis capable de lui partager mes craintes et mes limites.

Nous faisons maintenant équipe, puisque nous avons les outils pour composer avec les impacts de la maladie mentale. Aujourd’hui, je peux affirmer que j’ai une relation merveilleuse avec mon amoureuse et que pour rien au monde, je ne voudrais d’une autre compagne de vie.

En terminant, mon message s’adresse à toute la population, mais surtout à vous, messieurs. Si vous vous reconnaissez dans mon histoire, sachez qu’il n’y a pas de honte à demander de l’aide d’une association-membre de la FFAPAMM. Avez-vous idée où peut mener un petit coup de fil? Évidemment, il n’y a pas de solution unique. Cependant, je n’ose penser ce qu’il serait arrivé, si j’étais resté inerte…

* (Collaboration spéciale Lord Morris, ambassadeur de la campagne de sensibilisation 2007 de la FFAPAMM)

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