Sans doute par souci de bien faire, parents et professeurs aussi bien que le milieu médical semblent devenus un peu trop enclins à opter pour la solution facile dans le suivi et les soins apportés aux jeunes qui présentent des troubles de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H dans le jargon à la mode). Le hic, c'est que les soins apportés et inévitablement les pilules ingurgitées ne constituent pas toujours le remède approprié à une problématique dont les origines peuvent être diverses.
Résultat: de nos jours, les cas d'enfants médicamentés sont en explosion, au point de repousser les limites établies. Selon les experts, la proportion d'enfants réellement touchés par un TDA/H oscille entre 5 et 8 %. Si bien qu'on devrait en retrouver un ou deux cas par classe en moyenne. Or, certains professeurs dénombrent jusqu'à cinq élèves traités dans leur groupe. Une classe de la banlieue tranquille et pas trop stressante affiche même le sommet de… neuf cas, soit presque le quart des individus de cette microsociété. Assurément, ou bien les gènes de nos descendants sont en profonde mutation, ou encore c'est la société qui manque d'attention en privilégiant la facilité sans égard aux sources profondes du mal.
Préoccupé par la situation, le psychologue Alain Caron tente de rééquilibrer les choses par la recherche de nouvelles pistes d'action. Il est l'instigateur d'un colloque sur les TDA/H
www.reseausagesse.com), qui culmine ce samedi au Manoir Montmorency. Réunissant des spécialistes reconnus qui consacrent leur pratique à cette problématique, cette réunion propose une réflexion d’actualité, allant même jusqu’à remettre en question le concept de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité. En effet, les interrogations fusent. S'agit-il bien d'une maladie ou d'une différence individuelle? Quels peuvent être les facteurs qui amplifient les conséquences de cette problématique au sein de la famille, ou du contexte social et scolaire? Quelles sont les conséquences de la médicalisation de cette problématique? Confond-on déficit de l'attention et enfant-roi?
Autant de questions que compte aborder le Colloque TDA/H 2007, qui vise à briser l'isolement dans les pratiques et à sortir du discours habituel, se limitant trop souvent à la description de symptômes et la disparition de ceux-ci par la prise d'une médication. À cet égard, M. Caron convient qu'un remède s'avère tout indiqué si le déficit d'attention découle d'un problème neurologique. Mais, étant donné les proportions alarmantes de diagnostics que révèlent les taux actuels de prescriptions pharmacologiques, il y a certes lieu de chercher des causes ailleurs. En outre, dans une société qui évolue en accéléré, la pression exercée sur un jeune qui comprend un peu moins vite peut mener à un déficit de l'attention par simple désintérêt et découragement progressif. Aussi, à l'ère du jeu vidéo, de l'intelligence artificielle et de l'instantanéité, il se pourrait que l'habitude d'obtenir une gratification immédiate nuise au développement de certaines vertus comme la patience et la persistance devant des tâches plus complexes.
Après tout, les études scientifiques révèlent que 70 % des jeunes aux prises avec un TDA/H ont aussi une autre problématique importante (troubles anxieux, d'apprentissage, de conduite, d'opposition, etc.). Difficile, dans un tel contexte, de prescrire le traitement adéquat. Un début de solution réside certes dans le développement de saines habitudes de vie en famille et de méthodes d'autocontrôle par étapes, pour créer une routine propice à l'apprentissage. Dans le cadre de la dernière journée consacrée entièrement aux parents lors du présent colloque, on suggère notamment de briser l'isolement, de changer le quotidien et de discuter avec les enfants. De tout temps, s'investir dans sa relation avec les jeunes favorise leur estime d'eux-mêmes et stimule leur attention…