Le Québec aurait tout à gagner d'une libéralisation des marchés
La publication récente d'une étude portant sur le système de gestion de l'offre de certains produits agricoles et les négociations en cours à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) provoquent une levée de boucliers chez les associations de producteurs. S'il apporte une vision plus nuancée du débat, Bruno Larue croit néanmoins que le Québec est très bien positionné pour affronter une libéralisation des marchés.
Depuis une quarantaine d'années, les producteurs québécois de lait, d'œufs et de volailles bénéficient d'un système de gestion de l'offre. Ce modèle agricole prévoit des quotas de production et des droits de douane élevés à l'importation pour garantir le prix versé aux agriculteurs pour leurs produits tout en contrôlant leur qualité. Cela assure aux producteurs d'écouler leur production dans des fourchettes de prix connus à l'avance, les soustrayant ainsi aux aléas du marché.
Le Canada éprouve de plus en plus de difficultés à défendre ce système devant l'OMC qui y voit, assez justement, une forme de protectionnisme. Des négociations à ce sujet ont lieu présentement et il n'est pas impossible que le Canada doive éventuellement modifier ou abandonner la gestion de l'offre.
Une étude récente de l'Institut économique de Montréal (IEDM) pourfend d'ailleurs ce système le qualifiant «d'impôt particulièrement régressif». Selon les experts de l'IEDM, il en coûterait 300 $ par famille annuellement pour soutenir ce système. Ce à quoi rétorquent les producteurs que la gestion de l'offre permet de garantir une production locale de qualité et contribue à la vitalité de l'agriculture et des régions du Québec.
«C'est vrai qu'historiquement, le système a favorisé les producteurs et l'agriculture québécoise, précise Bruno Larue, professeur au département d'économie agroalimentaire à l'Université Laval. Par contre, vous trouverez bien peu d'économistes indépendants qui soient prêts à défendre ce système. Toutefois, la gestion de l'offre n'est probablement pas aussi mauvaise que certains voudraient le faire croire. Au total de l'économie du Québec, ça représente bien peu.»
M. Larue croit qu'à terme et malgré la fougue de ses défenseurs, le système est appelé à être modifié ou démantelé sous les pressions internationales. «De moins en moins de pays ont recours à ce système. Par le passé, le Canada a bien défendu la gestion de l'offre, mais maintenant il n'a plus beaucoup d'appuis.»
S'il est hasardeux de fixer une espérance de vie au système actuel (un accord dans les prochaines semaines à l'OMC pourrait précipiter les choses), il existe certaines tendances lourdes qui modifieront tôt ou tard le visage agricole du Québec. «La démographie et le manque de relève font hésiter plusieurs producteurs à moderniser leurs installations et prendre de l'expansion, souligne M. Larue. Pourtant, les progrès technologiques font que c'est plus rentable d'avoir de grosses fermes.»
L'abandon de la gestion de l'offre ne se fera pas sans heurt, particulièrement si le dollar canadien demeure aussi fort. «Les producteurs devront couper leur production pour faire face à la nouvelle concurrence, ce qui fera diminuer la valeur des quotas. Ça risque effectivement de faire beaucoup de mécontents», admet M. Larue.
Toutefois, il est convaincu que le Québec saurait rapidement tirer son épingle du jeu. «En particulier dans les produits de transformation, on pourrait très bien faire dans un marché libéralisé. Avec tout le savoir et l'excellence qu'il y a ici, je suis très optimiste pour le Québec. Ce n'est pas la production qui chuterait dans un tel environnement, mais le nombre de fermes et la raison pour laquelle il n'y a pas de grosses fermes présentement, c'est que les quotas sont trop coûteux, ce n'est pas le manque d'expertise.»