Sur la route de la sécurité
Il faut saluer la célérité avec laquelle le gouvernement du Québec a réagi aux recommandations de la Table québécoise sur la sécurité routière. À peine le rapport était-il déposé que la ministre des Transports, Julie Boulet, annonçait une série de six mesures afin d'améliorer dès l'automne le funeste bilan routier québécois qui coûte plus de 700 vies par an. Toutefois, certaines initiatives laissent perplexe sinon carrément songeur.
Certes, les récents ajustements proposés par le gouvernement du Québec sont bienvenus. Notamment, une plus grande sévérité contre la vitesse excessive et l'alcool au volant, ainsi qu'un meilleur contrôle du transport routier ne peuvent que sécuriser nos déplacements automobiles. Personne ne s'objectera à davantage de répression contre les fous du volant et les récidivistes de la dive bouteille, surtout pas ceux qui payent de la vie d'un être cher pour ces frasques irresponsables.
Il en va de même du retour des cours de formation théoriques et pratiques préalables à l'obtention d'un permis de conduire. Une mesure qui n'aurait jamais dû disparaître. Le Québec était presque revenu à l'ère des certificats offerts au magasin général. Ce retour au gros bon sens amène cependant les écoles de conduite à se réorganiser, pour servir une plus imposante clientèle. Or, les moniteurs spécialisés ne courent pas les rues, encore moins lorsqu'on les a forcés à réorienter leur carrière en tuant leur gagne-pain.
Pour ce qui est de l'interdiction partielle d'utiliser le téléphone cellulaire au volant, on peut se questionner. C'est que l'usage d'un système mains libres ou d'un casque d'écoute n'est pas reconnu plus sécuritaire. En fait, ce qui cause la distraction en conduisant, c'est de converser en même temps. Or, avoir les mains libres n'y changera rien. Lorsqu'on réfléchit et qu'on doit résoudre des équations mentales, il devient difficile d'être concentré et efficace sur la route. Mais à ce compte-là, devra-t-on interdire de discuter aux gens qui covoiturent? Et, qu'en est-il de la cigarette qu'il faut allumer, secouer dans le cendrier, puis éteindre sans quitter la route des yeux?
Enfin, la sixième mesure gouvernementale annoncée il y a quelques jours amène non seulement des interrogations, mais aussi des doutes. À première vue, les radars photographiques auront pour utilité de remplir les coffres de l'État sans discernement. Pour qu'ils jouent un rôle significatif, ces appareils devraient être disséminés sur les routes secondaires où certains «cowboys» roulent encore accoudés sur leur caisse de bières. Pas sur les autoroutes qui font bien peu de victimes comparativement au flot de véhicules qui y circulent. Autrement, cela devient une simple taxe déguisée…