Alain Bourque, directeur Impacts & Adaptation chez Ouranos. (Photo: archives, Daniel Marchand)
Calvaire météo qui ne s'améliorera pas de sitôt
À l’instar d’autres grands centres urbains de la province, Québec devra user d’imagination, sinon d’audace, pour parer les conséquences des changements climatiques. Autrement, le futur risque de devenir un véritable calvaire météo.
Parce que les refoulements d’égout et les inondations urbaines défrayeront la manchette plus souvent, et parfois avec une vigueur aussi soudaine que violente, il faut prévoir des mesures pour couvrir le spectre des événements les plus intenses. «Comme des jardins de pluie, des bassins de rétention en surface ou souterrains, ainsi que des ouvrages aménagés à des endroits stratégiques et pouvant retarder l’arrivée de l’eau dans les conduites qui, en plusieurs endroits à Québec, sont unitaires. C’est-à-dire qu’elles traitent à la fois ce qui est sanitaire et les eaux de pluie», explique Alain Mailhot, professeur-chercheur de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), basé à Québec.
Méthodes alternatives
Selon Alain Bourque, directeur Impacts et adaptation chez Ouranos, il faut développer dès aujourd’hui des alternatives originales. Une solution bon marché et très efficace permet aux New-Yorkais de mieux respirer quand le mercure s’affole: les autorités de la métropole américaine ont créé une équipe qui a pour mission de peinturer en blanc le plus de toits possible, ceci afin d’éviter que les bâtiments, particulièrement dans les quartiers défavorisés, n’absorbent trop de chaleur. Et ça fonctionne.
Réformer notre approche
L’un des objectifs d’Ouranos, qui met à profit les connaissances de spécialistes de diverses universités québécoises, dont l’Université Laval, ainsi que de huit ministères du Québec et d’Ottawa, c’est de réformer l'approche dans le contexte des désormais inévitables changements climatiques.
«On parle déjà de revoir les normes de construction de bâtiments, de repenser nos conduites d’égout ou encore la tuyauterie. En cette ère de renouvellement des infrastructures, alors qu’on investit massivement, il devient prioritaire d’entrer la nouvelle donne climatique dans nos calculs. Ceci étant dit, il faut demeurer réaliste. La majorité des infrastructures et des bâtiments que nous connaissons vont être encore en place dans 20-30 ans. On ne jettera pas tout à terre. Ce n’est pas vrai qu’on va déterrer tous les réseaux d’égout pour tous les reconstruire», indique M. Bourque. C’est là que l’imagination et l’innovation prennent toute leur importance.
Partenariat actif à Québec
À la Ville, l'agent de communication Jacques Perron indique que «nous travaillons déjà avec les gens de l’INRS sur une étude concernant le développement futur de notre réseau d’égout. Nous regardons le design des conduites et, oui, les changements climatiques nous amènent à reconsidérer les paramètres de conception. Nous regardons comment nous pourrons appliquer les données. Mais les changements, notamment au point de vue de la capacité des conduites, ça n’ira pas avant quelques années.»
Québec complètera, d’ici le milieu de l’année 2008, une vingtaine de bassins de rétention souterrains afin de «réduire de 90 à 5 le nombre de déversements dans la rivière Saint-Charles lors de fortes pluies. Quand il tombe plus de cinq millimètres de pluie, ça s’en va dans la rivière», ajoute M. Perron. Ces bassins de rétention souterrains retiendront l’eau pendant que les usines opéreront à pleine capacité, puis les eaux captées seront par la suite pompées pour y être traitées. La Ville aménage aussi des bassins de rétention à ciel ouvert, notamment sur le bord des voies de circulation, histoire de bloquer la route à l’eau de ruissellement avant qu’elle n’aboutisse dans les réseaux ou les rivières.
Québec et le climat de demain…
* Des précipitations plus intenses et/ou plus fréquentes
* Des inondations urbaines et des refoulements d’égouts
* Des épisodes de smog prolongés
* Des hivers plus doux marqués par des cycles de gel et de dégel
* Des périodes d’englacement moins longues
* Des infrastructures qui ne répondent pas au climat de demain
* Des risques d’inondations en janvier et février
* Des risques plus élevés d’inondations urbaines et de refoulement d’égouts
* Des risques que l’eau salée atteigne la prise d’eau de Sainte-Foy