À la suite de la médiatisation des problèmes et des actions liés à la prolifération des cyanobactéries dans les lacs du Québec, les experts du GRIL, centre de recherche interuniversitaire dédié à l’étude des lacs et rivières, tiennent à faire le point sur l’état de la situation au Québec.
Pour la première fois au Québec, un comité composé de huit experts du GRIL a été formé dans le but de rédiger un document d’information traitant du phénomène des fleurs d’eau de cyanobactéries. Ces professeurs proviennent de trois universités québécoises: Beatrix Beisner, David Bird, Paul del Giorgio, Dolors Planas et Yves Prairie du Département des sciences biologiques de l’UQAM, Antonella Cattaneo et Richard Carignan du Département de Sciences biologiques de l’Université de Montréal et Stéphane Campeau de la Section de géographie de l’UQTR. Avec ce document accessible à tous, le GRIL souhaite offrir à la population et aux médias l’opportunité de mieux comprendre et de démystifier le phénomène de fleurs d’eau de cyanobactéries.
Le document comporte quatre grands thèmes. Dans la section «Démystifier les cyanobactéries», il est expliqué que les cyanobactéries (anciennement algues bleues ou algue bleu-vert) vivent naturellement dans tous les lacs et rivières depuis des milliards d’années. Les conditions favorables à leur croissance peuvent leur permettre de proliférer excessivement et de produire des «fleurs d’eau» (floraison, effloraison ou bloom). Plusieurs caractéristiques de l’eau peuvent provoquer l’apparition de fleurs d’eau de cyanobactéries, mais la disponibilité du phosphore est indispensable. Le phosphore est un élément nutritif essentiel chez les algues et généralement rare dans les milieux naturels.
La section «D’où provient le phosphore?» explique que les sources, naturelles ou résultant de l’activité humaine (domestiques, forestières, agricoles, municipales), varient d’un endroit à l’autre, selon l’utilisation des terres du bassin versant.
La section «Quelques mythes concernant les cyanobactéries» présente plusieurs facteurs qui ne sont pas reliés à l’apparition de fleurs d’eau de cyanobactéries dont, entre autres: l’épandage de pesticides, les pluies acides, la présence d’embarcations sur le lac et le transfert des cyanobactéries d’un lac à l’autre par les embarcations. S’ils ne jouent pas un rôle dans la prolifération des cyanobactéries, ces derniers éléments peuvent tout de même avoir d’autres conséquences indésirables sur la qualité des eaux de surface.
Enfin, selon l’état des connaissances scientifiques actuelles, le comité d’experts recommande des «Actions à prioriser» pour une meilleure gestion des lacs et cours d’eau québécois.
Yves Prairie, professeur à l’UQAM et directeur du GRIL, explique que «l’état des lacs n’est qu’un reflet direct de ce qu’ils reçoivent et qu’il est donc impératif de prendre des actions concrètes afin de réduire les apports de phosphore de toutes sources. Même une occupation restreinte du territoire par les habitations humaines contribue significativement aux apports de phosphore.»
Selon la localisation et la nature du plan d’eau, le GRIL recommande une série d’actions dont une gestion des territoires agricoles axée sur l’agroforesterie et la création de bandes riveraines efficaces, une gestion des productions animales et des matières fertilisantes qui respecte la capacité de support des écosystèmes aquatiques, la renaturalisation des bandes riveraines en milieu de villégiature, la vérification de la conformité des installations septiques, l’interdiction d’utiliser des fertilisants à proximité des plans d’eau, l’abandon des produits domestiques phosphatés et la mise à niveau des usines municipales de traitement des eaux usées.
Le document de 10 pages est disponible dès aujourd’hui sur la page d’accueil du site Internet du GRIL au
www.uqam.ca
Le GRIL est le Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique. Ce regroupement stratégique (subventionné par le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies) réunit 25 professeurs-chercheurs et une centaine d’étudiants chercheurs de cinq universités québécoises: l’Université du Québec à Montréal, l’Université de Montréal, l’Université du Québec à Trois-Rivières, l’Université McGill et l’Institut national de la recherche scientifique (Centre Eau, Terre et Environnement). Les membres du GRIL ont tous à cœur une meilleure compréhension de nos environnements aquatiques.
* (Source: GRIL)