Ne rien laisser derrière lors du déménagement
Rares sont les locataires qui ont le loisir de célébrer la fête du Canada, alors que celle-ci coïncide avec le grand jour de la fin des baux de location et donc du grand dérangement que constitue la période de déménagement. À tel point qu'on peut se demander comment les autorités fédéralistes soucieuses de mousser la ferveur canadienne au Québec n'ont pas songé à éviter que 70 % des contrats d'hébergement tombent à échéance le jour même où le pays est en fête. Mais voilà un tout autre débat dont les impondérables et les incontournables sont nombreux.
Reste que cette période d'effervescence se conclut rarement sans anicroche. Désordre, vandalismes et même clés non remises - détail qui oblige à changer les serrures pour la sécurité des nouveaux arrivants - sont autant de réalités qui ternissent la réputation des locataires et qui généralisent une image d'irresponsabilité et d'irrespect pour la propriété d'autrui. Car, certains l'oublient dans l'allégresse de fonder un foyer, mais lorsqu'on le fait en logement, on ne se trouve jamais pleinement chez soi. Il y a des règles et des responsabilités parfois plus grandes que si on s'installait sur son propre lopin de terre. Se loger à moindre coût que d'être soi-même propriétaire impose inévitablement diverses limites à la liberté de jouir pleinement des lieux, dans la promiscuité d'un habitat qu'on partage, mais qu'on ne possède pas.
Majoritaires au Québec, comparativement aux autres grandes provinces où les sociétés immobilières dominent le marché, les petits propriétaires d'immeubles de quatre à huit logements ne disposent pas toujours quant à eux des ressources pour assurer confort et satisfaction aux locataires. Surtout, lorsque l'immobilier devient l'espoir d'un placement rentable rapidement et généreusement. Négligence, services inadéquats et brusqueries deviennent aussi des taches qui ternissent l'image des locateurs.
Si chaque partie doit mettre de l'eau dans son vin, assurément le fait que la majorité des déménagements soit concentrée sur une même période voire une seule journée n'a rien pour aider. Sans vouloir tomber dans le débat nationaliste, il y aurait sans doute lieu d'étudier la possibilité de ne plus généraliser la fin des baux à une date précise et uniforme. Les propriétaires y gagneraient l'accès à un marché moins concentré et donc plus simple à administrer. Tandis que les locataires profiteraient d'un bassin de logements mieux entretenus afin de les séduire et de les contenter. La qualité prévaudrait pour tous.
Et, devant moins de précipitation de part et d'autre, les gens sur leur départ auraient davantage de temps pour quitter un appartement propre, sans laisser derrière eux minou et pitou condamnés à errer dans leur ancien quartier d'adoption. Dans ce brouhaha du 1er juillet, on ne doit pas oublier qu'animaux et débarras ne font pas partie du loyer…