Des milliers de Canadiens intoxiqués par les pesticides chaque année
Le Québec cité en exemple pour son Code de gestion des produits toxiques
Selon un nouveau rapport de la Fondation David Suzuki, plus de 6 000 Canadiens sont victimes d’une intoxication par les pesticides tous les ans, et près de la moitié sont des enfants de moins de six ans.
«Protéger la santé des enfants est l’une de nos responsabilités les plus cruciales», déclare David Boyd, auteur du rapport et juriste spécialiste des questions d'environnement. «Le nombre étonnamment élevé d’enfants canadiens empoisonnés par les pesticides prouve de façon convaincante qu’il faut prendre des mesures plus rigoureuses pour empêcher de tels incidents de se produire», ajoute-il.
Le rapport, intitulé «Exposition au nord: Les intoxications aiguës par les pesticides au Canada» a compilé des données sur les intoxications par les pesticides obtenues des autorités provinciales et régionales de neuf des dix provinces.
«Le Québec a fait un pas de géant en instaurant son Code de gestion des pesticides, le premier au Canada et en Amérique du Nord à interdire l’usage de certains pesticides. Ce code n’est évidemment pas parfait, puisqu’il limite l’utilisation de seulement 20 ingrédients actifs et que les ressources qui sont allouées à son application ne sont pas suffisantes, mais c’est tout de même un modèle à suivre pour les autres provinces», explique Lova Ramanitrarivo, chargée de projets pour le programme Horticulture écologique chez Équiterre.
En 2002, au Québec seulement, avant l’application du Code de gestion des pesticides, les centres antipoison de la province ont reçu 2 096 appels concernant les pesticides, dernière année pour laquelle on dispose de données. Il s’agissait d’une moyenne par habitant nettement supérieure à la moyenne nationale – 28 intoxications aiguës par les pesticides par 100 000 habitants au Québec, comparativement à 19 par 100 000 habitants à l’échelle du Canada.
Il faut s’attendre à ce que les intoxications par les pesticides au Québec diminuent quelque peu suite à l’entrée en vigueur du nouveau Code de gestion des pesticides. On n’a pas pu obtenir de plus récentes données. Le Québec est la seule province dotée d’une loi interdisant la vente de certains pesticides approuvés par le gouvernement fédéral.
Équiterre est depuis longtemps préoccupée par l’utilisation des pesticides, notamment en ce qui concernent leurs impacts sur l’environnement et la santé humaine. De plus, depuis octobre 2006, Équiterre a accueilli en son sein la Coalition pour les alternatives aux pesticides (CAP) – un des acteurs principaux, grâce à qui, le Code de gestion des pesticides actuel a été instauré au Québec. Les deux organismes ont choisi d’unir leur expertise afin de permettre une intervention plus soutenue et étendue dans le domaine des pesticides.
Système actuel inefficace)
En plus de souligner le nombre choquant des intoxications aiguës dues aux pesticides, le rapport de la Fondation David Suzuki conclut que le système canadien de suivi et de surveillance des intoxications aiguës est inefficace et, plus grave encore, que le Canada ne protège pas suffisamment ses citoyens des effets néfastes des pesticides.
«De nombreuses failles dans les politiques canadiennes en matière de pesticides sont mises en évidence dans le rapport, notamment de flagrants manques d’informations dans les données disponibles», explique Lisa Gue, analyste des politiques sanitaires et environnementales de la Fondation. «Le Canada doit se doter d’un système national de suivi de la santé environnementale qui couvre les empoisonnements par les pesticides».
On entend par intoxication aiguë par les pesticides une exposition à une seule dose d’un pesticide – par inhalation, ingestion d’un solide ou d’un liquide, ou contact direct avec les yeux ou la peau. Le rapport estime en outre que les intoxications aiguës par les pesticides coûtent à l’économie canadienne jusqu’à 16 millions de dollars par an, un chiffre qui ne comprend ni la valeur attribuée aux souffrances et douleurs endurées par des milliers de Canadiens et leur famille, ni les coûts pouvant découler de tout obstacle au développement normal des enfants.
Le rapport intégral, «Exposition au nord: Les intoxications aiguës par les pesticides au Canada», est disponible en ligne à:
www.davidsuzuki.org Autres informations sur l’horticulture écologique à:
www.equiterre.org* (Sources: Fondation David Suzuki et Équiterre)