L’aménagement du parc Sylvain-Lelièvre, à Limoilou, a permis de réhabiliter le terrain vétuste laissé longtemps à l’abandon par une pétrolière au coin de la 4e avenue et de la Canardière. (Photo: François Simard)
Une loi avec plus de mordant pour réhabiliter les sites
Dans le cas d’une station-service fermée avant l’entrée en vigueur de la Loi 72, en 2003, tant que le propriétaire ne «bouge pas, il peut s’asseoir sur son terrain et ne pas le redévelopper», relate Michel Beaulieu, conseiller scientifique expert au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs.
À Québec, de la quarantaine de stations-service placardées ou rasées, plus de la moitié ont cessé leurs opérations avant 2003.
La Loi 72 force maintenant les propriétaires de stations-service fermées à procéder à une étude de caractérisation dans les six mois suivant la fin des opérations. Le délai peut grimper à deux ans s’il est démontré que la fermeture de la station-service n’est pas définitive.
Par contre, comme le stipule l’article 31.51 de la Loi sur la qualité de l’environnement, si l’étude de caractérisation révèle la présence de contaminants dont la concentration excède les valeurs limites réglementaires, celui qui a exercé l’activité concernée est tenu, dans les meilleurs délais après en avoir été informé, de transmettre au ministre, pour approbation, un plan de réhabilitation énonçant les mesures qui seront mises en œuvre pour protéger les êtres humains, les autres espèces vivantes et l’environnement en général ainsi que les biens, accompagné d’un calendrier d’exécution et, le cas échéant, d’un plan de démantèlement des installations présentes sur le terrain.
«Avant, c’était au ministère de pousser le propriétaire à décontaminer, sans avoir les pouvoirs légaux, à l’exception de cas où il y avait des problèmes environnementaux. Mais même pour les stations fermées avant 2003, quand vient le temps de vendre, elles doivent se conformer à la loi qui est rétroactive en vertu de l’article 31.51», précise M. Beaulieu.
Diagnostic plus complet
Selon lui, le gouvernement «couvre maintenant plus large. Le diagnostic sur l’état du terrain est plus complet avec la Loi 72 parce qu’il vise l’ensemble du terrain et non uniquement le sol autour du dernier réservoir en opération, comme c’était le cas auparavant».
Pour Robert Théberge, directeur des affaires publiques Québec-Ontario pour L’Impériale Esso, «le problème des stations-service fermées n’est pas une question d’argent. C’est notre responsabilité de nettoyer et de réhabiliter les terrains. Maintenant, là où ça accroche, c’est quand vient le temps de déterminer jusqu’à quel niveau il faut décontaminer pour satisfaire les gens au ministère.»
Pas de dents
Jérôme Vaillancourt, président de la Commission économie et environnement, juge que la Ville, elle, a peu de mordant face aux pétrolières. «Nous aimerions pénaliser les pétrolières, mais nous ne pouvons pas leur forcer la main en ce moment, bien que celles-ci fassent des milliards de profits chaque trimestre. Nous constatons que les terrains abandonnés, ce n’est pas leur priorité. Pour nous, ce sont des revenus fiscaux perdus et des terrains qui laissent à désirer.»
Il faudra aussi trouver le moyen pour que, dans le futur, «un terrain de station-service qui ferme soit rapidement exploité et redéveloppé, mentionne M. Vaillancourt. Au moins, dit-il, un terrain en friche comme au coin de Marguerite-Bourgeoys et chemin Sainte-Foy montre qu’on est prêt pour le redéveloppement, alors que dans le cas de l’ancien Couche-Tard, devant le 200 chemin Sainte-Foy, où est la responsabilité corporative de la pétrolière quand elle placarde un bâtiment de la sorte?»
Selon M. Vaillancourt, le règlement sur les nuisances, «ça fait presque un an qu’on l’attend parce qu’on tente d’harmoniser le tout, suite à la fusion, mais pour le moment, un bâtiment placardé, nous n’avons pas beaucoup de pouvoir contre ça. Il faut qu’un bâtiment soit jugé dangereux, il faut qu’il ait passé au feu pour qu’on puisse agir.»
Jacques Perron, conseiller en communication, précise que la Ville n’a pas le pouvoir de recycler des terrains vacants privés ou des stationnements. «Quand le zonage est respecté, il n’y a rien à faire et il faut s’en remettre à la loi du marché immobilier», dit-il.