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Algues bleues sous un ciel sombre

François Cattapan par François Cattapan
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Article mis en ligne le 22 juin 2007 à 8:30
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Algues bleues sous un ciel sombre
Lancé en grande pompe non loin de la principale source d'eau potable de la capitale, le Plan de lutte aux cyanobactéries s'avère certes un pas dans la bonne direction. Toutefois, pareille initiative doit être suivie de mesures complémentaires doublées d'une prise de conscience populaire, afin qu'elle ne devienne un vain coup d'épée dans l'eau.
Assurément, toutes les mesures gouvernementales comme ce premier Plan de lutte contre les cyanobactéries dans les lacs et cours d’eau du Québec, rendu publique le 4 juin par le premier ministre, Jean Charest en personne, ainsi que l’activité plus locale de distribution d’arbres à la population riveraine du bassin versant du lac Saint-Charles, tenue le 17 juin par la ministre de l’Environnement, Line Beauchamp, constituent des efforts louables. Néanmoins, cela ne peut suffire. Surtout lorsqu'on sait en outre que les 2 000 arbres offerts n'ont pas tous trouvé preneur.

Comment blâmer les riverains de la prise d'eau de Québec pour cette désobligeance? Non seulement le climat a peu collaboré, comme il le fait de moins en moins. Mais, plusieurs estiment que la mesure ne s'avère pas adéquate. Qui plus est, des experts en arboriculture et en écologie tendent à leur donner raison. C'est que les arbres sont la cible des plus récalcitrants qui, propriétaires d'un lopin de terre en bordure du lac, s'en croient de facto possesseur et donc en droit d'y exiger une percée visuelle. Mais, plus que tout, des arbustes moins volumineux et des végétaux plus adaptés auraient une meilleure capacité d'implantation et surtout de filtration.

Le ministère de l'Environnement dispose certes des ressources et spécialistes pour agir à la hauteur de ses intentions. «Mieux intervenir pour mieux prévenir», promet-on. Cela n'empêche, d'une part, que chaque citoyen doit sentir que chaque geste compte et que toute intervention sur la nature a un impact. D'autre part, quand le premier ministre déclare ne rien pouvoir faire lorsqu'un individu achète un savon à lessive ou à vaisselle contenant du phosphore (vecteur d'algues bleues), on peut se questionner. En effet, s'ils sont reconnus suspects, pourquoi ces produits sont-ils en vente alors que des substituts biodégradables existent?

Enfin, à quoi bon intervenir à grands frais en aval, alors que rien n'est fait en amont, là où tout commence et s'amplifie avec le temps? À ce sujet, Nature Québec évoque qu’à la source de la prolifération des cyanobactéries, tout le concept des fosses septiques est à réévaluer. Comme l'exprimait un porte-parole de l'organisme sur cette question, «l’hypothèse de la contamination issue des champs d’épuration comme principale source de phosphore doit être étudiée attentivement. Si cette hypothèse se confirme, les mesures mises de l’avant devraient viser à interrompre cet écoulement de phosphore migrant en profondeur vers le lac».

En d'autres mots, les mesures environnementales doivent être promulguées avec force, mais encore faut-il qu'elles soient ciblées. Autrement, on risque l'effet inverse et le désabusement général devant des sacrifices inertes. Au bout du compte, on ne peut occulter le fait que plus nos lacs étouffent sous les algues bleues et plus le ciel s'assombrit au dessus de nos têtes…

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