Les arbres de Québec sont menacés par des insectes asiatiques particulièrement voraces qui peuvent débarquer ici, cadeau de la globalisation des échanges. (Photo: archives, Daniel Marchand)
Des insectes asiatiques menacent les arbres de Québec
La Ville dit surveiller la situation de près
Ces dernières années, Toronto, New York et Chicago ont dû se résoudre à abattre des milliers d’arbres pour circonscrire les ravages causés par des insectes asiatiques particulièrement voraces. La menace guette maintenant Québec et Montréal.
Les deux bestioles les plus dangereuses, l’Agrile du frêne et le Longicorne asiatique, s’attaquent avec beaucoup de succès aux arbres sains, notamment les feuillus que l’on retrouve en grande quantité sur le territoire de la Vieille-Capitale.
À la Ville, on dit surveiller la situation de près. Jacques Grantham, directeur de la division de la foresterie urbaine et de l’horticulture, affirme que «la situation est très préoccupante» pour une ville qui jouit d’un patrimoine arboricole aussi riche. Mais Québec, selon lui, veille au grain et collabore avec un réseau canadien de surveillance phytosanitaire.
«Toutes nos équipes sont aux aguets. Nous avons une quinzaine de techniciens en foresterie et en horticulture, ainsi que des arboriculteurs, qui ont tous été formés pour reconnaître ces insectes. Le Longicorne asiatique est noir tacheté blanc. Il fait des trous d’un centimètre, pas plus gros qu’un dix sous, dans l’écorce où il pond ses œufs», explique M. Grantham.
À Montréal, Daniel Desjardins, chef de division, Grands parcs et nature en ville, affirme qu’une crise pend au bout du nez des grands centres urbains de la province.
«Le problème s’en vient ici après avoir frappé Toronto, où 25 000 arbres ont été abattus. Imaginez ce qui se produirait si des insectes d’Asie débarquaient dans des arrondissements comme Outremont, où le parc d’arbres est vieillissant, et dans Saint-Laurent, où 65 % des arbres publics sont des érables», indique-t-il.
Son homologue à Québec croit que la situation tournerait au cauchemar si un de ces insectes étaient retrouvés aux Plaines d’Abraham. «Nous serions alors obligés d’abattre une partie des arbres sur les plaines», indique M. Grantham.
Dans la Ville Reine, certains quartiers ont perdu de leur lustre après qu’on eut été forcé de raser les arbres dans des rayons atteignant 400 mètres par endroits. Une véritable cicatrice urbaine qui peut mettre deux à trois générations à s’effacer.
Des arbres vertueux
M. Grantham, qui est convaincu de l’apport extraordinaire des arbres pour lutter contre la pollution, les îlots de chaleur et les débordements à la suite de fortes précipitations, soutient que la Ville a toujours «investit dans son capital vert et qu’elle va continuer de le faire.»
«Puisque nous employons moins de pesticides et que la Ville a adopté une politique pesticide zéro, nous sommes obligés de vivre avec les conséquences, mais les arbres ont beaucoup de vertus. Ils captent les CO2, donc ils dépolluent, ils ramassent la poussière urbaine, ils créent de l’ombre l’été et servent de coupe-vent l’hiver et, surtout, ils sont pour beaucoup dans la qualité de vie des Québécois».
Efforts de diversification
Selon Jacques Grantham, la forêt urbaine de Québec mérite toute l’attention que l’on y porte. Et les efforts de plantation et de diversification rapportent.
«Avant, on plantait des érables de Norvège sur l’ensemble d’une rue, parfois même d’un quartier. Maintenant, sur une rue ou dans un secteur, on y va de cinq variétés. Ces nombreuses essences permettent de contrer les insectes que nous avons ici, comme le scolyte européen, qui s’en prend à l’orme», relate M. Grantham, lequel révèle que près de 3000 arbres seront plantés à Québec cette année.
De 450 à 6000 $ pour un arbre
En zone urbaine dense, certains arbres coûtent jusqu’à 6000 $ parce qu’ils requièrent des fosses et un système d’irrigation contrant le vandalisme.
Sinon, chaque arbre coûte au bas mot 450 $, notamment les feuillus plantés dans le quartier Les Méandres, de par et d’autre du prolongement de Robert-Bourassa. Les arbres achetés par Québec ont un diamètre de plus de 50 millimètres et, généralement, ont poussé pendant au moins sept ans. Le problème, avec le boom immobilier d’un océan à l’autre, c’est l’approvisionnement. Pas facile de dénicher les essences voulues dans le contexte où l’on veut diversifier et planter massivement.