Andrée Boucher dit qu’elle est prête pour la ronde de négociations avec les employés municipaux. Négos musclées en vue. (Photo: Jean-François Gravel)
Conventions collectives: la mairesse Boucher va tenir son bout
Les négociations pour le renouvellement des conventions collectives des 4500 employés de la Ville de Québec constitueront le plus grand défi de la mairesse Boucher d’ici la fin de son mandat.
En entrevue, la colorée politicienne soutient que la capitale n’est pas une entreprise privée et qu’il faudra que les syndicats modèrent leurs ardeurs dans ce qui s’annonce comme une ronde de négociations musclée.
«C’est un gros contrat et forcément un gros défi. Si nous arrivons au bout du mandat et que nous avons été capables de faire signer toutes les conventions collectives, ce sera évidemment quelque chose. Dans des conditions acceptables, qui protègent les intérêts du citoyen, je pense que je pourrai être fière de ça.»
Selon Mme Boucher, la «négociation va être claire. Ce n’est pas parce que je n’aime pas les employés. La majorité travaille et veut travailler. Mais leurs demandes doivent être raisonnables.»
La mairesse ne manque pas de préciser qu’elle a beaucoup d’expérience en matière de négociation. «Il faut faire en sorte de contrôler la masse salariale qui a augmenté de 130 millions de dollars par année avec la fusion. Cet argent-là, on ne l’a pas pour faire autre chose.» La masse salariale est passée de 292 millions $ à 424 millions, soit 42 % du budget de la ville qui se chiffre à un milliard.
Mme Boucher affirme que les règlements de dernière minute, «je n’en ai jamais concocté. Nous n’avons qu’un boss, le peuple, et il faudra bien que les syndicats finissent par penser comme ça. Moi, les conditions de travail ne m’appartiennent pas. C’est le peuple qui paie pour ça et c’est, dans le fond, lui qui va être le grand décideur.»
Les augmentations de taxes se répercutent toujours sur les plus pauvres selon elle. «Quand on va chercher la taxe municipale, on ne taxe pas le locataire, on taxe le propriétaire qui, lui, va transférer cette augmentation au jeune couple qui vit dans un trois et demi au sous-sol. Je pense toujours à ça. Mais je gère pour ces couples qui tirent le diable par la queue et pour les plus âgés qui vivent avec des revenus de pension. Est-on obligé de leur arracher leur maison?»
Liberté 55
L’ancienne mairesse de Sainte-Foy dit s’inquiéter du phénomène Liberté 55 appelé à prendre de l’ampleur avec les départs à la retraite massifs des baby boomers.
«L’espérance de vie, c’est bien beau, mais ça m’inquiète de voir des employés qui quittent pour leur retraite à l’âge de 55 ans. S’ils vivent jusqu’à 85 ans, par exemple, ça veut dire que pendant 30 ans ils vont recevoir 80 % du salaire de leurs trois meilleurs années de service. Des syndicats, comme à Montréal, veulent la pleine indexation de ça, mais va-t-on être capable de faire vivre ces gens-là avec des taxes municipales?», s’interroge-t-elle.
Des pouvoirs habilitants pour Québec
C’est là que Mme Boucher joint sa voix à celle du maire Gérald Tremblay de Montréal, lequel réclame de nouveaux pouvoirs habilitants et une diversification des sources de revenus de la métropole.
«Nos revenus proviennent à 80 % des taxes foncières. Nous avons perdu à partir des années 1980 toutes les taxes progressives. Nous avions des redevances sur les réseaux de télécommunications, du gaz et d’électricité. C’était très payant et le gouvernement nous a enlevé ça et a pris ça pour lui. Le gouvernement nous avait promis qu’il paierait ses en-lieux de taxes sur ses bâtiments. Il nous a aussi enlevé la taxe d’amusement et une partie de la taxe de vente.»
Andrée Boucher refuse de préciser ce qu’elle souhaite obtenir comme pouvoirs habilitants et de taxation, alors qu’à Montréal, l’administration n’a pas caché sa préférence pour des postes de péage.
«Je ne veux pas ameuter personne avec des choses qui, de toute façon, ne sont pas concrètes. Mais une chose certaine, un jour, le gouvernement devra penser à mieux répartir les revenus qu’il reçoit. Il faudrait peut-être revenir à la situation qui prévalait avant 1980, avec un point de la taxe de vente par exemple. On ne se plaindrait pas d’avoir ça.»