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Malades, aînés et détenus négligés

François Cattapan par François Cattapan
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Article mis en ligne le 15 juin 2007 à 9:30
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Malades, aînés et détenus négligés
Le récent rapport de la Protectrice du citoyen du Québec confirme ce que plusieurs perçoivent déjà. Le réseau de la santé est engorgé, les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) sont débordés et les prisons surpeuplées. Une fois ce constat réaffirmé, reste à trouver des moyens pour améliorer la situation. Parfois, cela pourrait se concrétiser sans tomber dans la solution facile de pomper davantage de fonds publics.
En matière de santé, les plaintes enregistrées sont nombreuses et révélatrices à plus d'un point de vue. De fait, la région de Québec, avec un peu moins de 10 % de la population de la province, génère près de 20 % des insatisfactions signalées au bureau de la Protectrice du citoyen. Bref, dans la Capitale, on a la plainte rapide. Cela peut en outre s'expliquer, d'abord par la proximité des sièges sociaux des organismes gouvernementaux et également par le haut taux scolarité ainsi que d'exigence des citoyens.

Reste que le fait que nombre de gens recourent à la Protectrice du citoyen, alors qu'il existe des dispositifs de médiation dans la plupart des institutions gouvernementales laisse songeur. Manque de confiance? Lenteur à obtenir un suivi? La Protectrice Raymonde Saint-Germain aura à approfondir la question. Un peu de bonne volonté et une meilleure information sur les recours pour les personnes lésées pourraient très bien se faire avec les ressources en place.

Dans les CHSLD, qu'on a l'habitude de critiquer mais qui font bien l'affaire lorsqu'on est en état d'urgence avec un aîné dont on ne peut plus s'occuper, la réalité est difficile à accepter. Des repas ordinaires, des soins à la chaîne et… un bain par semaine, voilà qui n'a rien pour attirer les bénéficiaires. Pourtant, on y parque nos parents en se donnant bonne conscience. Et, on se réserve le droit de dénoncer les piètres services, mais il ne faut surtout pas que cela coûte un sou pour espérer mieux.

Il y a certes des exceptions qui, comme partout, confirment la règle. Reste que le personnel de ces milieux de fin de vie se compose pour la grande majorité de gens qui ont la vocation de servir leur prochain et de pallier l'absence des proches qui ne daignent souvent même pas rassurer leur aîné au moins une fois semaine. Parfois, les préposés confirment que certains bénéficiaires ne reçoivent aucune visite pendant des mois. Dans certains cas, cela va aux… fêtes! Rien d'étonnant à ce qu'on constate un dépérissement lorsqu'on trouve le temps de s'arrêter entre deux courses, à Noël ou la fête des Mères ou des Pères. La faute revient-elle alors au système, qui a le dos bien large, ou à ses descendants sans cœur que nous sommes tous à divers degrés?

Ce petit examen de conscience ne peut néanmoins éluder le fait irréfutable que les gestionnaires de centres d'hébergement pour aînés, tant publics que privés, égarent leur âme dans leur sacro-saint processus budgétaire. Pourtant, un peu d'originalité ne coûte rien et permettrait même de libérer les ressources limitées afin qu'elles interviennent plus efficacement et humainement. Plutôt que d'agir en promoteurs de mouroir monotone, pourquoi ne pas développer des liens avec des organismes bénévoles du milieu? Des ateliers et des rencontres pourraient certes être animés par des étudiants revenus d'un voyage d'entraide à l'étranger, ou des artistes en herbe en quête d'une première scène, ou encore des horticulteurs du dimanche prêts à partager leur passion. Non?

Quant aux 16 prisons du Québec, qui accueillent 4 100 repentis alors que leur capacité cumulée affiche 3 550 places, n'y a-t-il pas lieu de redoubler d'efforts du côté de la réinsertion sociale des cas les plus légers… et les plus nombreux? Considérant que les établissements d'incarcération provinciaux (deux ans moins un jour) ne contiennent ni tueurs ni violeurs, ne serait-on pas mieux d'écourter les séjours dans ce qu'on appelle communément les écoles du crime, pour prolonger les suivis en réhabilitation. À moins que la solution toute simple soit d'agrandir les geôles pour y parquer un maximum de contrevenants indésirables loin de nos regards douillets, comme pour nos aînés…

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