Les autorités du parc savent qu’il y a du sexe en plein air sur les plaines, mais le chef de la sécurité du parc affirme que ça ne dérange pas les gens en autant que ces individus se cachent et qu’ils sont seuls. (Photo: Guillaume Picard)
Sexe en plein air: les Plaines d’Abraham, un bordel?
Les autorités qualifient le problème de mineur
Avec le retour des beaux jours, les Plaines d’Abraham sont littéralement prises d’assaut par les Québécois et les touristes en quête de vallons fleuris et d’espaces verts. Mais le soir venu, une tout autre faune rôde dans les boisés, une faune avide d’échanges sexuels en dehors des quatre murs de la chambre à coucher.
À quelques mois du 100e anniversaire du parc, est-ce normal que des individus, bien que consentants, s’adonnent à des plaisirs charnels dans un lieu public se voulant avant tout le rendez-vous des familles?
Nous avons posé la question au chef du service de sécurité du parc, Jean St-Pierre, qui affirme qu’il ne s’agit pas d’une problématique criante: «Oui, il se passe quelque chose [dans le bois]. Mais pour autant que nous soyons concernés, ce n’est pas quelque chose de majeur. Un couple qui s’en va dans le bois pour faire l’amour, ça ne dérange personne si ce n’est pas à la vue des gens et qu’ils sont seuls», dit-il.
L’endroit de prédilection, fréquenté notamment par des homosexuels, est situé à deux pas du Musée national des Beaux-Arts du Québec, où on dit pourtant ignorer tout de cette situation qui perdurerait depuis des lustres. Mais il y a aussi des couples hétérosexuels qui font du « parking », pour reprendre l’expression populaire consacrée.
«Nous faisons des opérations régulièrement, précise M. St-Pierre. Nous patrouillons à pied et faisons sortir les gens du bois. Si nous constatons que le va-et-vient est continuel, c’est sûr et certain que nous allons rentrer dans le bois et assurer une présence policière. (…) Nous rencontrons des hommes qui, dès qu’ils nous voient, sortent du bois. Nos agents sont bien identifiés. Le secteur au sud de la tour Martello, c’est plus un secteur d’hommes. Beaucoup se font bronzer ici», explique-t-il.
Expulsions
Le service de sécurité du parc interpelle et expulse régulièrement des individus pris en flagrant délit. En 2006, huit plaintes pour voyeurisme ont été enregistrées par les agents de sécurité. Pas plus tard que la semaine dernière, un homme a été escorté hors du parc de 108 acres pour avoir observé avec trop d’insistance une femme qui se faisait griller la couenne.
«Nous surprenons des couples en pleine action, des homosexuels aussi et des gens dévêtus dans des voitures la nuit. C’est la même chose que dans d’autres parcs», soutient M. Saint-Pierre, en poste depuis deux ans et demi.
«Ça fait des années que nous savons que des gens utilisent nos espaces et qu’ils se cachent dans le bois, entre adultes consentants, pour avoir des [relations sexuelles], relate pour sa part Joanne Laurin, agente d’information à la Commission des champs de bataille nationaux. Mais, c’est très difficile d’intervenir, car c’est la Ville qui peut émettre des constats d’infraction. Nos agents de sécurité expulsent des gens quand ils les surprennent. Quand des gens portent plainte auprès de notre service, souvent quand nous arrivons sur place, les individus fautifs sont partis ou le témoin n’accepte pas d’aller jusqu’en cour.»
«Nous invitons les gens à porter plainte s’ils sont témoins de gestes disgracieux, car nous voulons que le parc demeure le plus accessible possible. Nous accueillons quatre millions de personnes par année si nous tenons compte des grands événements comme la Saint-Jean», ajoute-t-elle.
Plus d’agents n’y changerait rien
Selon Mme Laurin, un plus imposant contingent d’agents de sécurité n’y changerait rien. «Le parc est très grand, même si nous avions 20 agents de plus, il y aurait quand même des gestes et actes répréhensibles.»
Une visite dans les nombreux sentiers qui donnent sur la falaise nous a permis de faire l’inventaire de nombreux objets et articles laissés par les passants. Bouteilles de bière, sacs de plastique, mouchoirs et condoms y sont abandonnés, notamment autour de sites où les gens font des feux, ce qui est pourtant interdit dans le parc.