Cultiver l'esprit de réussite dans la région
Engourdie par son statut de capitale qu'on jalouse pour avoir hérité des richesses inhérentes à la présence du siège de l'administration gouvernementale, avec sa fonction publique ronronnante, et affadie par certains échecs du passé responsables de sa réputation tenace d'incapacité à réussir l'organisation d'un rendez-vous international, la région de Québec semble avoir du mal à se retrousser les manches pour faire consensus autour d'un grand projet. La réussite des fêtes du 400e de la fondation de la cité de Champlain se présente comme une occasion unique d'exorciser ces vieux fantômes.
Il peut s'avérer inquiétant de se voir confronté à un tel défi. En effet, et surtout, quand on n'a pas le droit à l'erreur. Du moins, lorsqu'on sait qu'on ne reverra pas de sitôt l'occasion de se faire justice et, comme il se doit avec tout le talent qui foisonne dans la communauté, de s'élever au rang des sociétés dynamiques et ouvertes sur l'avenir. Or, Québec a largement progressé depuis que sa fonction publique ne représente plus son principal et omniprésent donneur d'ouvrage.
Certes, la présence de quelque 40 000 emplois directs et permanents liés au fonctionnement de l'état ne peut nuire. Voilà un formidable atout. Une base voire un tremplin pour bâtir une confiance entrepreneuriale qui sait faire. Ce confortable avantage ne doit pas nourrir un contentement soumis, mais plutôt un intérêt dans l'action. Il y a autour de nous une multitude de gens engagés et efficaces, capables de réussir. Les histoires de succès en témoignent dans diverses sphères d'activité: affaires, arts, commerces, innovations, sciences, et technologies entre autres.
Les désolantes aventures comme Québec 84 et le départ des Nordiques ne peuvent occulter tout le progrès réalisé depuis des décennies. Au pire, elles auront servi d'expérience et de points de repère dans ce qu'il faut accomplir pour tirer un trait définitif sur le passé négatif. Et puis, dans l'intervalle, nous avons appris à diversifier nos talents. Nous avons appris aussi à privilégier nos artistes et nos sportifs locaux, plutôt que les indifférents mercenaires des arènes professionnelles. Nous avons appris surtout à prendre en main notre devenir.
La région de Québec trône en tête des palmarès économiques avec son industrie du savoir et son taux de chômage au plus bas à 4,5 %. Ces faits d'armes ne sont assurément pas dus au hasard ni à la seule présence du siège du gouvernement dans nos murs. Il y a indéniablement du talent dans les parages. Et, ce talent ne souhaite que l'occasion de s'exprimer sans se faire déprécier ou même épingler sur la place publique avant d'avoir pu livrer la marchandise. Autrement, on se condamne à devoir se contenter d'opportunistes toujours prêts à camoufler leur incompétence derrière leur insistance.
Pour cela, encore faut-il mettre de côté nos belles certitudes de gérants d'estrade, persuadés que rumeurs et légendes urbaines sont les préludes d'un échec annoncé. En ce sens, les privilégiés qui ont le loisir de communiquer à travers clavier ou micro ont le devoir de donner le ton. Sans pour autant mettre de côté leur esprit critique et idéalement constructif, le métier exige qu'on rende compte objectivement des faits pour que les citoyens se fassent leur idée. Une récente table éditoriale menée avec la direction du comité des fêtes du 400e a permis de rassurer bien des inquiétudes. Il y a un plan de match et il est suivi avec minutie.
Il reste six mois pour aiguiser notre confiance dans le savoir-faire collectif et faire du 400e un succès. Qui sera là dans 100 ans pour une reprise? Condamnés que nous sommes à la réussite, aussi bien commencer par y croire…