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Dion envoie au premier ministre une lettre ouverte sur la déclaration du G-8 concernant les changements climatiques

Article mis en ligne le 28 mai 2007 à 7:50
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Dion envoie au premier ministre une lettre ouverte sur la déclaration du G-8 concernant les changements climatiques
Le chef de l'Oopposition à Ottawa, Stéphane Dion, a envoyé au premier ministre du Canada, Stephen Harper, une lettre le pressant de faire preuve d'initiative dans la lutte contre les changements climatiques et, pour cela, de s'opposer aux efforts faits par le gouvernement Bush pour diluer la déclaration du G-8 sur les changements climatiques et l'efficacité énergétique.
Voici reproduit le contenu de cette lettre:

«M. le premier ministre, dans près de deux semaines, les dirigeants des pays du G-8 vont se rencontrer en Allemagne pour orienter les efforts internationaux en matière d'investissement, d'innovation et de développement durable. Je suis profondément troublé par le silence que garde le Canada vis-à-vis des informations récentes selon lesquelles le président des États-Unis a l'intention de diluer le projet de déclaration du G-8 sur les changements climatiques et l'efficacité énergétique.

Par la présente, je vous demande instamment de reconnaître que moralement, il est urgent et impératif d'agir; je vous demande de faire preuve de leadership et de dénoncer fermement les efforts que font les États-Unis pour diluer le plan d'action mondial. L'ambition est de rigueur, l'erreur n'est pas permise.

Selon les médias, les États-Unis s'opposent aux appels lancés par les autres pays du G-8 pour que les Nations Unies amorcent, de toute urgence, l'élaboration d'un plan international sur les changements climatiques, un plan à mettre en oeuvre au moment où la première phase du Protocole de Kyoto prendra fin en 2012. Le plan qu'a présenté le ministre Baird est malhonnête : il ne permet pas d'atteindre les cibles fixées par le Canada au niveau international; il permet aux émissions de gaz à effet de serre de continuer à augmenter; et il fixe des objectifs insignifiants, sans même la réglementation qu'il faut pour qu'ils soient atteints. Pourtant, M. Baird a dit que le Canada tient encore à respecter le Protocole de Kyoto.

Mais il ne suffit pas de dire que le Canada tient à respecter le Protocole de Kyoto pour apaiser ceux qui critiquent l'inertie de votre gouvernement et son absence totale de leadership. Le Protocole de Kyoto n'est pas un instrument de basse politique. Il est un élément indispensable de la lutte mondiale contre les changements climatiques, grâce aux cibles qu'il établit, aux mécanismes qu'il met en ouvre pour les atteindre et aux conséquences qui attendent ceux qui ne les atteignent pas. Le protocole de Kyoto est le seul cadre international crédible au sein duquel les pays du monde puissent collaborer pour faire face à la plus grande menace de notre époque. Le Canada doit presser les États-Unis de s'engager à renforcer ce régime international.

Nous avons aussi appris que les États-Unis essaient de faire retirer de la déclaration l'engagement à limiter à deux degrés Celsius, au cours du XXIe siècle, l'augmentation des températures à la surface du globe. Le quatrième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, paru au début du mois, établit cette limite de deux degrés comme la norme qui doit régir les actions et les objectifs internationaux. Or ce rapport, le ministre Baird l'a accueilli favorablement au nom du gouvernement fédéral, sans équivoque, dans un communiqué de presse daté du 4 mai 2007.

Enfin, les États-Unis s'opposent aussi à l'objectif de ramener, d'ici à 2050, les émissions de CO2 à 50 % de ce qu'elles étaient en 1990. Le Canada doit faire front commun avec le reste du monde en ce qui concerne cet objectif mondial, que recommandent les climatologues et l'ensemble de la communauté internationale dans le quatrième rapport d'évaluation du GIEC.

La crise des changements climatiques n'est pas qu'une question écologique. C'est une question de leadership. Les pays les plus ambitieux du monde, les plus créatifs, les plus déterminés vont unir leurs forces pour affronter cette crise.

Une formidable occasion s'offre au Canada : celle d'agir rapidement pour tirer parti de l'immense potentiel lié à la nouvelle économie mondiale, économie caractérisée par les restrictions de carbone. Pour cela, les Canadiens ont besoin que le gouvernement fédéral fasse preuve de leadership, qu'il établisse des cibles de réductions d'émissions astreignantes et réalistes et qu'il rehausse la compétitivité de notre pays en lui donnant accès au nouveau marché mondial du carbone.

Votre gouvernement doit cesser de traiter ce défi comme un enjeu local, comme une simple question de petite politique partisane. Aux efforts que déploie l'administration Bush pour affaiblir la déclaration du G-8, le Canada doit opposer des arguments solides, fondés sur la science. En cette période de crise climatique mondiale, les citoyens des États-Unis n'en attendent pas moins de leur cher voisin et ami. C'est aussi notre devoir en tant que pays qui profite des ressources et des richesses du continent nord-américain.

Plus que jamais, les citoyens ont le droit de s'attendre à ce que leurs dirigeants fassent preuve de courage et de leadership, notamment au sein du G8. Les pays de premier plan sont un exemple pour les pays en voie de développement. Leurs actes et leurs paroles, nos actes et nos paroles, vont façonner notre avenir collectif. Le prochain sommet du G8 représente la croisée des chemins et j'insiste pour que vous en profitiez pour diriger le Canada sur la bonne voie. Le processus qui va s'y engager ne va pas donner de résultats immédiats. Pour réussir, il faudra un leadership et un engagement soutenus, pendant des générations. Le Canada doit montrer au monde que pour réussir, il a le courage et la détermination qu'il faut.»
Stéphane Dion, chef de l'opposition officielle et chef du Parti libéral du Canada

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