Société du 400e de Québec: la jouissance de l'impuissance
(Lettre ouverte à la Société du 400e anniversaire de Québec). Je me vois assez indifférent à la présence ou non (puisque l'on en parle beaucoup ces jours-ci) de Mme Céline Dion (ou Celine, selon l'auditoire auquel elle s'adresse) aux Festivités du 400e anniversaire de la Cité de Québec. Pour la simple raison que celle-ci se révèle moins Québécoise, à mes yeux, que surtout Étatsunienne. Et pour ce qui regarde son répertoire, c'est idem. Et pas seulement, ajouterais-je, au plan de la langue d'interprétation...
Reste que l'idée saugrenue d'inviter le groupe musical U2 à ces dites festivités (puisque l'on en parle beaucoup, aussi) relève pour ce qui me concerne de l'aberration, voire de la sottise. De l'extrême mauvais goût, pour le moins. Non mais, sont-ce des «p'tits pitts» de 14 ans biberonnés à l'American Culture qui gèrent ce Comité, ou quoi...?
Le 400e anniversaire de Québec, c'est d'abord et avant tout la Grande Fête de l'inscription historique de la vie et de la culture francienne en Amérique. C'est la «mémorance» de la Nouvelle-France. C'est contre toute attente - et pour peu que nous le voulions vraiment - la pérennité de cette civilisation française en Terra Nova.
De toute évidence, cependant, notre Comité d'organisation des Fêtes semble surtout s'être spécialisé dans la mise en bouche de ses propres pieds. Il y sera donc allé derechef, qui s'en étonnera désormais, d'une nouvelle bourde. Rappels ponctuels : banalisation espérée, voire «anticipée , de la Fête nationale de 2008; «canadianisation» (et donc usurpation/récupération) de l'Événement par tous les moyens, et notamment en songeant le plus sérieusement du monde à inviter le symbole par excellence de l'anéantissement de la Nouvelle-France dont Québec, est-il réellement nécessaire de le préciser, aura toujours été l'âme et le coeur: j'ai nommé la reine d'Angleterre(!), etc. Bourde sur bourde, en effet. Et en boucles. Décidément, l'une n'attend pas l'autre au fil des semaines et des mois.
Or il existe des «monstres sacrés» de la Culture québécoise, et d'expression française de manière plus générale. À commencer par l'immense Gilles Vigneault, par exemple (qui au reste, douce et heureuse coïncidence, célébrera ses trois cent vingt saisons en même temps que ce quatre centième anniversaire). Cet homme qui mieux que quiconque a chanté ce que nous sommes aux quatre coins de la Planète depuis bientôt cinquante ans. 50 ans. Âge honorable qui sera alors comme par surcroît - eh oui ! ce géant toujours assis « e cul sur le Cap Diamant, les deux pieds dans l'eau du Saint-Laurent» - celui atteint très précisément par cette figure tutélaire de la Révolution tranquille nommée... Jos Monferrand. Mais c'est tout de même à un groupe anglo-saxon que l'on songe...
J'aimais bien les Beatles, Simon and Garfunkel ou Elton John. Barbra Streisand itou. Elvis, Garland ou Sinatra aussi, par mes aînés interposés. À vrai dire on n'a pas fait mieux depuis, loin s'en faut. U2 compris! Idem d'ailleurs pour les Brel, les Ferré, les Gréco, les Brassens, les Piaf, les Ferrat, les Reggiani, les Françoise Hardy, les Bécaud, les Aznavour ou... les Félix, les Léveillée, les Ferland, les Raymond Lévesque, les Pauline Julien, les Lelièvre, les Jacques Michel, les Diane Dufresne, les Piché, les Dor et les Gauthier. Et les Vigneault! Mais que ne me serait venue, nom de nom, en d'autres temps, l'idée d'associer ces premiers à Québec, à la Nouvelle-France et à la vie française contre, tout contre, l'arrogante Canadamérica...???
Alors voici. Ce Comité d'organisation géré par messieurs Pierre Boulanger et Jean Leclerc (respectivement président-directeur général de la Société du 400e anniversaire de Québec et président du Conseil d'administration d'icelui) me déçoit au-delà de tout, et c'est là un euphémisme, depuis le tout premier jour, ou peu s'en faut, de son institution officielle.
Mais là, vraiment, c'est le bouquet. Aussi à titre de citoyen du pays des Gaston Miron, des René Lévesque et des Félix Leclerc, je ne puis plus demeurer passif devant tant d'ineptie, d'aveuglement et d'insignifiance. Car tout ce qui émane de ces gens, en effet, respire tout à la fois, et ce constamment et sans jamais désarmer, l'édulcoration sinon la censure de la québécité (et francité) de l'Événement, d'une part, et la plus triviale inculture de façon générale, d'autre part. À croire que ce sont les mêmes qui, aux froides heures de l'hiver, procèdent (depuis leurs CD à 20$ la caisse de 24 au WalMart ?) aux choix musicaux accompagnant la glisse des lames sur la patinoire de la Place d'Youville...
Je constate donc que Québec 2008 n'est qu'une mécanique organisationnelle sans âme, sans intelligence, et surtout énucléée de toute véritable sensibilité historique. Laquelle mécanique conçoit la commémoration d'un authentique Fait de Civilisation (à savoir, il faut y insister puisque c'est bien de cela dont il s'agit et de nulle autre chose, l'« ensouchement » d'un peuple français en terre des Amériques) comme s'il s'agissait de célébrer, pour quelque raison vénale ou touristique, Toronto, Chicago ou... Saint-Tite.
C'est peu dire que me consternent jusqu'au courroux l'incompétence et le ridicule de ces responsables des Fêtes du 400e anniversaire de la naissance de la Cité naguère fondée par Samuel de Champlain.
Oui, c'est peu dire. Car cet agglutinat de fonctionnaires me semble de plus en plus nettement avoir été conçu - par le biais, rappelons-le, des trois paliers de notre administration publique: soit le gouvernement de M. Jean Charest, celui de M. Stephen Harper ainsi que Mme Andrée Boucher à titre de mairesse (sans équipe ou parti propre !) de la Capitale - pour assurer, en quelque sorte contre toute velléité de dignité susceptible de resurgir à tout instant du fond de la nation, le sabotage de ce fabuleux moment de notre Histoire nationale.
D'aucuns appelleraient drame, sinon tragédie, pareil phénomène social. Car enfin, aux antipodes du Retour aux Souches dont nous entretenait Sol le magnifique il n'y a pas si longtemps encore, nos petits affairistes de Québec 2008 nous invitent tout au contraire, par amnésie accélérée et opiniâtre, à l'étiolement tranquille et bienheureux d'un peuple tout entier.
Pour ma part j'appelle ça - quitte à offrir du même mouvement notre PM en pâtures aux certitudes de la gent psychanalytique - la jouissance programmée de l'impuissance.
Jean-Luc Gouin, Québec
Jolière Gauthier
Commentaire mis en ligne le 22 juin 2007Bonjour,
Je partage sans détour l'analyse de M. Gouin.
J'irai donc de mon propre « laïus » sur la question.
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QUÉBEC 2008
La propagande par abstention
Pieu d'ancrage : http://societe.quebec400.qc.ca/fr/org_societe.asp + info@quebec400.qc.ca
Références (parmi de nombreuses) : http://www.ledevoir.com/2007/06/16/147535.html , http://www.quebechebdo.com/article-107156-Societe-du-400e-de-Quebec-la-jouissance-de-limpuissance.html , http://lequebecois.actifforum.com/Ici-on-parle-d-actualite-f1/La-Reine-d-Angleterre-au-Quebec-suite-et-fin-t3514.htm , etc. (quelques textes glanés ici ou là parmi une liste impressionnante où le désarroi dispute à la colère citoyenne)
Cette équipe de Québec 2008, qui fait décidément tout ce qui est en son pouvoir, mais réellement tout, pour éradiquer le sens profondément noble de cette célébration du 400e anniversaire de la première Cité française des Amériques, et ce en réduisant ce moment historique à la plus plate des insignifiances qu'il est possible d'imaginer, cette équipe menée par les Jean Leclerc et les Pierre Boulanger, dis-je, avec en prime des petites poupounes (ou poupons) aux déclarations publiques de « teenagers » d'une inculture et d'une myopie intellectuelle à donner froid dans le dos, est vraiment parvenue, à la fin, à me dégoûter.
Le mot ne dépasse même pas ma pensée. Bien au contraire.
Je n'en peux plus de constater depuis des mois et des mois, et ce jour après jour, la fulgurante incapacité de ces gens à construire un authentique « Événement » autour de cette occasion historique unique, sans pareille.
Je sens même la violence m'habiter jusque dans mes veines de femme pas plus grosse que trois pommes, quand je ne parviens pas à me convaincre que ce n'est là qu'un rêve, un cauchemar; et que je dois en conséquence - contre toute intelligence, dignité ou honneur - prendre acte du fait que ce fabuleux anniversaire de Québec est organisé par des individus non seulement incapables de se montrer à la hauteur du défi, mais qui surtout se voient si peu investis - si peu - du sens et de la passion du Québec.
Mais faut-il vraiment s'en étonner ? Car enfin, avec des gens nommés - directement ou indirectement (le résultat est le même) - par un premier ministre du Québec pour qui l'État et le peuple québécois constituent des « catégories » subsidiaires, voire strictement « administratives » au sein du beau grand pays des Jean Pelletier, Stéphane Dion, Stephen Harper ou Denis Coderre (je salue derechef votre plume, M. Gouin : www.soreltracy.com/liter/2004/avril/24av.html), est-il étonnant, en effet, que le Comité Québec 2008 travaillât ainsi avec autant d'énergie à dissimuler, à oublier, à occulter, à nier et, enfin, à saboter toute la résonance civilisatrice proprement québécoise de la naissance en 1608 (bien avant l'arrivée des Britanniques, donc, et bien avant l'existence du Canada et de l'AANB aussi) d'une âme française en sol d'Amérique.
Non ! Je ne décolère pas face à cette monumentale et coûteuse organisation de propagande par abstention au service d'un déni historique qui n'est pas sans rappeler le soviétisme de défunte mémoire, alors qu'il suffisait de gommer un visage d'un cliché photographique pour affirmer avec conviction que ledit individu - « Nous le jurons solennellement sur la tête d'Ivan le Terrible ! », aurait-on pu même ajouter sans rire hormis l'irrépressible rictus à la commissure des lèvres - n'a jamais existé.
QUÉBEC 2008 constitue rien moins qu'une extraordinaire entreprise de mépris du Québec tout entier.
À telle enseigne qu'il est à se demander pourquoi M. Jean Charest n'en a pas confié la direction à Beryl Wajsman, Serge Savard ou Pierre S. Pettigrew.