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Rachats et fusions au pays des géants

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Article mis en ligne le 11 mai 2007 à 9:30
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Rachats et fusions au pays des géants
L'économie canadienne et québécoise a été ébranlée sérieusement cette semaine lorsqu'on a appris que Van Houtte et Alcan allaient passer entre des mains étrangères. Il est toujours triste de voir une partie de notre patrimoine passer dans le giron d'entreprises américaines, européennes ou asiatiques. Souvent, ces transferts de propriétés entraînent des conséquences irréversibles pour des centaines d'employés.
Dans le cas du cafetier, on ne peut que déplorer que l'entreprise canadienne devienne propriété d'un fonds d'investissement privé américain. Cette transaction strictement privée, évaluée à 600 M$, ne concerne en somme que les actionnaires de l'entreprise. Le nouveau propriétaire, le fonds Littlejohn & Co du Connecticut, a toutefois assuré le vendeur que l'entreprise gardait son siège social au Québec et maintenait les opérations de Van Houtte. Voilà qui est respectueux des artisans de la compagnie québécoise.
Dans la cour des grands
Dans le cas de la multinationale Alcan l'affaire est tout autre. D'une part l'acquéreur, Alcoa, n'a sécurisé personne avec son plan d'affaires qui prévoit de scinder le siège social entre New York et Montréal. Indiquant du coup qu'il allait sauver 1 G$ grâce à cette nouvelle synergie. L'impact sur les emplois risque d'être important. Moins au niveau des employés de production, mais sûrement plus chez les cols blancs d'Alcan. Du bout des lèvres, les dirigeants d'Alcoa auraient affirmé leur volonté de maintenir le projet d'agrandissement de l'aluminerie de Deschambault et la modernisation de celle de Baie-Comeau. Au Saguenay, l'épée de Damoclès est toujours suspendue au-dessus de la vieille usine Vaudreuil à Arvida qu'on peine à rentabiliser. Quelque 1 200 travailleurs y gagnent leur pitance.
En général, la progression d'une entreprise se réalise de l'intérieur même de l'organisation par la recherche et le développement, par la mise au point de nouveaux produits, ou par l'ouverture de nouveaux marchés. Au contraire de cette évolution systémique, l'entreprise peut opter pour un développement reposant essentiellement sur des acquisitions. C'est ainsi qu'Alcan a marqué une étape importante en se portant acquéreur de l'Européenne Péchiney, il y a quelques années. Or, lors de cette transaction, plusieurs employés se sont inscrits au chômage. Dans le cas qui nous préoccupe, le scénario risque de se répéter.

Ce qui choque dans cette histoire, c'est qu'Alcan, pour s'implanter au Québec, a profité des largesses gouvernementales pour s'approvisionner en énergie. Non seulement elle a développé son propre réseau hydroélectrique au Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais elle obtient des tarifs bien en deçà du coût réel. On a souvent lu ou entendu des allusions stratégiques de fermeture d'usine si la compagnie n'obtenait pas de nouvelles concessions. Le ministre Raymond Bachand prétend qu'Alcan avait des engagements envers le Québec pour les 30 prochaines années et qu'il ferait en sorte que ces ententes soient respectées. Souhaitons-le, mais le discours d'Alcoa n'est guère rassurant à cet égard quand il parle de diviser le siège social.
Stratégie des grands ensembles
Cet épisode de notre histoire économique sème le doute sur les bienfaits de la création de géants canadiens de l'industrie. Lorsque la valeur d'une entreprise atteint un certain niveau à la suite d'acquisitions multiples de compétiteurs, les risques sont que, si un jour l'entreprise veut vendre ses propriétés, elle devra se tourner vers les riches marchés étrangers au détriment de notre patrimoine national.
L'industrie radiophonique qui tire ses revenus de l'exploitation des ondes publiques est un autre exemple du problème. Voyez Astral Média qui soumettra sous peu au CRTC son projet d'acquisition de 52 stations de radio du groupe Standard Radio, un autre géant. Lorsque ces géants canadiens auront fini de se dévorer entre eux, qui pourra disposer d'un capital assez grand pour avaler à son tour le vainqueur de cette grande bouffe? C'est alors que vous verrez entrer dans la course des investisseurs étrangers qui finiront par engranger des profits grâce aux ondes canadiennes qui, rappelons-le, sont du domaine public.

On argumentera que ce scénario relève de la fiction. Soit. Dans le contexte actuel, il serait impossible d'envisager pareille transaction grâce à des législations protectionnistes. Pourtant, à Ottawa, on raconte que les lobbys américains sont fort actifs auprès des gouvernements, ses ministères et ses organismes, tel le CRTC, pour faciliter ce genre de pratique. Les cas répétés que sont Van Houtte, les papetières Domtar et Abitibi Consol, Astral Média et maintenant Alcan sont suffisants pour que l'on veille au grain.

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