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Des peintures qui se shootent pour instaurer un service d’injection supervisé


Publié le 1 mai 2017

Les œuvres sont visibles à différents endroits dans Saint-Roch.

©Photo gracieuseté – Wartin Pantois

SANTÉ. Les images choquent et peuvent rendre mal à l’aise: des gens aux prises avec des problèmes de drogue sont accroupis, seringue au bras, dans les collages de l’artiste Wartin Pantois, dans différents endroits publics de Saint-Roch depuis samedi. L’artiste plaide pour l’implantation d’un service d’injection supervisé dans son quartier.

Les œuvres sont installées à proximité de boites de récupération de seringues, sur des murets situés près de la Bibliothèque Gabrielle-Roy et de l’église Saint-Roch, à l’Îlot Fleurie, au Jardin Saint-Roch et dans le Parc Victoria. «Je préfère rester un peu vague sur les endroits, car ces œuvres sont plutôt faites pour être découvertes par surprise. Certaines sont très faciles à trouver par contre!», explique l’artiste.

Les œuvres sont visibles à différents endroits dans Saint-Roch.
Photo gracieuseté – Wartin Pantois

Quatre collages ont été effectués à partir de photographies noir et blanc à l’échelle, rehaussés à la feuille d’or. Ils ont été réalisés grâce à la participation de personnes utilisatrices de drogues injectables et d’intervenants de l’organisme communautaire Point de repères qui ont accepté d’être photographiés pour la cause.

Les œuvres sont visibles à différents endroits dans Saint-Roch.
Photo gracieuseté – Wartin Pantois

Le cinquième collage est une silhouette toute noire, évoquant la disparition, la mort par overdose. «Le lendemain de l’installation cette œuvre est mystérieusement disparue… étrange et malheureuse coïncidence. Je ne sais pas si elle a été détruite ou volée… C’est un peu trop éphémère à mon goût, mais c’est aussi ça le street art, travailler fort sur les œuvres et être prêt à laisser dans la rue, pour le meilleur et pour le pire…», pense Wartin Pantois.

Les œuvres sont visibles à différents endroits dans Saint-Roch.
Photo gracieuseté – Wartin Pantois

C’est à la suite d’une conférence sur l’implantation de services d’injection supervisés (SIS) au Québec que l’artiste a décidé de s’impliquer dans la cause. «Selon les spécialistes, les effets positifs des SIS étaient indéniables pour les utilisateurs de drogues injectables, pour leur santé, mais aussi pour l’entourage, pour la population en général. Ca détonnait vraiment avec ce que j’avais entendu dire sur les critères d’acceptabilité sociale d’un SIS dans Saint-Roch, ces critères me semblaient véhiculer des peurs non fondées et des préjugés. Je me suis dit que je pouvais faire quelque chose pour sensibiliser les gens à la réalité. Je suis allé voir Point de repères avec mon projet d’intervention artistique et ils ont été très enthousiastes et ça a débouché sur cette belle collaboration», raconte-t-il.

Les œuvres sont visibles à différents endroits dans Saint-Roch.
Photo gracieuseté – Wartin Pantois

L’artiste reconnu pour ses interventions publiques dans le quartier Saint-Roch est d’avis qu’un SIS ne serait pas que positif pour les utilisateurs, mais pour les habitants du quartier de manière générale. «Les SIS permettent de diminuer les injections dans les lieux publics et de réduire les risques d’y trouver des seringues souillées. Les SIS permettent aussi de diminuer le partage de seringues et ainsi réduire la transmission du VIH et d’autres maladies graves comme l’hépatite C. Ils facilitent aussi l’accès à des traitements de la dépendance et limitent les décès par surdose», plaide-t-il.

L’art au service de la communauté?

Avec ce projet intitulé «Santé pour tous», Wartin Pantois a mis son art au service de la population, du moins une cause qui lui tient à cœur. «Chaque artiste a sa propre démarche, sa recherche et ses intérêts, et c’est très bien ainsi. Créer, c’est déjà un engagement pour la beauté du monde, pour sa diversité. En ce qui me concerne, je travaille souvent à partir de sujets qui me touchent, tout simplement. C’est facile pour moi de transformer une certaine forme d’indignation en action artistique», estime-t-il, souhaitant ne pas être passif devant ce qui se passe dans le monde.