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Maison Béthanie : le projet immobilier soumis à un référendum?


Publié le 18 avril 2017

La Maison Béthanie est située sur la rue Couillard dans le Vieux-Québec.

©TC Media - Mathieu Galarneau

IMMOBILIER. L’ancien couvent des sœurs du Bon-Pasteur connu sous le nom de la maison Béthanie, dans le Vieux-Québec, serait converti en immeuble de 20 logements, au lieu de 12 comme permis par le règlement municipal. Un groupe de résidents du quartier s’oppose à cette modification de zonage et demande un référendum sur le projet.

Le conseil d’arrondissement de La Cité-Limoilou a approuvé à majorité la demande de dérogation concernant l’ancien couvent lundi soir. Seule la conseillère de Cap-aux-Diamants, Anne Guérette, a quant à elle voté contre.

Le promoteur, Gilbert Trudeau, un homme d’affaires Beauceron propriétaire de RCM Modulaire, souhaitait pouvoir y installer une vingtaine de logements, alors que la règle est de 12 maximum pour le secteur. Pour ce faire, l’entrepreneur a demandé l’aide l’architecte Mario Lafond pour aménager l’intérieur de la bâtisse qui date de 1848.

Une vingtaine de citoyens voisins de la rue Couillard s’est toutefois levée contre le projet. Le nombre de signatures nécessaires pour ouvrir un registre a été atteint. Maintenant, 70 signatures doivent être récoltées d’ici la fin mai pour tenir un référendum, où 583 résidents du secteur seraient appelés aux urnes.

Leurs récriminations portent essentiellement sur la taille des logements, qui estiment-ils n’attirent pas de familles dans le quartier, et la menace que les logements servent à abriter des locataires de courte durée de type AirB&B. «Dans son projet, le promoteur met beaucoup trop de studios de 420 pieds carrés. Ça ne va attirer que des gens de passage ou des gens qui vont sous-louer en AirBnB», estimait le président du Comité des citoyens du Vieux-Québec, Jean Rousseau, qui s'est joint à Démocratie Québec ce matin. «Nous ne sommes pas contre la venue de familles, mais avec ce projet, on sait très bien que ce ne sera pas le cas.»

Le promoteur avait à la base le projet de créer des logements locatifs, mais la porte n’est pas fermée pour la vente de condominiums. «On ne comprend pas pourquoi le projet n’a pas été présenté en amont, avec des données claires. Lorsque nous avons rencontré le promoteur au conseil de quartier, il se contredisait, on ne savait plus ce qu’il y aurait dans le projet», déplore M. Rousseau.

La maison Béthanie compte également un droit acquis de 22 cases de stationnement et un jardin qui ne seront pas touchés. «Pourtant, il n’y a pas de stationnement sur le terrain!», réagit l’opposant.

Gilbert Trudeau a acheté la maison Béthanie pour un montant de 700 000$, bien en-deçà de l’évaluation municipale de 3 M$, en raison des nombreux travaux de réparation à effectuer et du désir de la communauté religieuse de s’en départir.

Référendum : pas d’inquiétude

La possibilité d’un référendum n’inquiète pas le maire Labeaume et la conseillère Chantal Gilbert. «Ils vont avoir beaucoup de difficulté à défendre leur position qu’ils ne veulent pas de 20 logements alors que c’est possible de le faire», évalue Mme Gilbert.

Cette dernière souligne que la Table de concertation du Vieux-Québec souhaite accueillir davantage de résidents dans le secteur. «Ça va être rigolo de voir ces gens-là [le Comité des citoyens du Vieux-Québec] aller défendre leur point de vue», ironise-t-elle.

La problématique du stationnement n’inquiète pas outre mesure la conseillère. «Il y a beaucoup de stationnements souterrains dans le Vieux-Québec et beaucoup de gens qui s’établissent dans le quartier choisissent d’y vivre sans voiture», argue-t-elle.

Mme Gilbert ne craint pas non plus que la bâtisse serve plutôt à accueillir des touristes de style AirB&B. «Ces gens-là arrivent avec une valise le dimanche soir et repartent le dimanche suivant avec une valise. Ils sont faciles à identifier. Ce sera aux voisins à signaler à la Ville les fautifs», juge-t-elle.

Du «spot zoning»?

La conseillère Anne Guérette critique la modification de zonage, excusant l’administration Labeaume de faire du «spot zoning» (ou zonage à la pièce), au lieu de suivre un plan global. «Si on veut revoir le zonage, qu’on le fasse dans son ensemble. Là, on fait encore du “spot zoning”», déplore-t-elle.

La chef de Démocratie Québec est toutefois d’accord pour implanter davantage de logements résidentiels dans l’arrondissement historique. «On veut des logements pour les familles. Mais là, c’est l’architecte qui nous dit qu’il ne peut pas faire 12 logements, qu’il doit en faire 20. Pourquoi pas 10 ou 8? Est-ce qu’on est là pour se soumettre aux exigences des architectes?», se questionne-t-elle, ajoutant que «la Ville n’agit pas pour permettre l’établissement davantage de famille dans le Vieux-Québec».