Les champs électromagnétiques irradient nos maisons et nos vies


Publié le 8 février 2015
Marie-Michelle Poisson, de Refusons les compteurs, ainsi que les scientifiques Ying Li et Paul Héroux souhaitent que le principe de précaution prévale à l'égard des CEM. Tout comme les aberrations de l'industrie automobile dans le passé, celles des télécommunications devront être corrigées dans l'avenir. (Photo TC Media – François Cattapan)

SANTÉ. Les appareils électroniques s'accumulent dans nos chaumières, avec comme but premier de faciliter certaines tâches et de favoriser les loisirs. Le revers de cette modernité, c'est que l'émission de champs électromagnétiques (CEM) potentiellement nocifs ne cesse d'augmenter, avec les risques qui en découlent.

L'avènement des compteurs intelligents d'Hydro-Québec ne font qu'ajouter à la somme du problème. «Déjà, on avait tous les électroménagers qui nous entourent. Puis, on a ajouté des appareils de télécommunications (Internet sans fil, téléphone cellulaire, antennes relais). Le problème avec l'arrivée des compteurs électriques à radiofréquences, c'est qu'on peut difficilement s'en exempter. Certes, il y a une option de retrait avec frais d'installation et de collecte de données, mais dans le voisinage les ondes prolifèrent», observe Marie-Michelle Poisson, de l'organisme Refusons les compteurs.

Pour les individus électrohypersensibles, la vie en milieu urbain n'est pas une sinécure. Capables de choisir de ne pas se doter de four à micro-ondes, de routeur sans fil ou de téléphone cellulaire, ils ne peuvent se prémunir contre les antennes cellulaires ainsi que les routeurs et les compteurs électriques communiquant du voisinage.

Encore peu effectif dans la région de Québec, Mme Poisson indique qu'un phénomène de «réfugiés électrohypersensibles» commence à poindre dans la région de Montréal. L'avènement des compteurs électriques de nouvelle génération est considéré comme la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Incapables de supporter la surexposition aux champs électromagnétiques en milieu urbain, certains résidents plus fortement incommodés sont forcés de s'exiler en milieu rural ou forestier pour se protéger.

Effets cumulatifs

Invité en compagnie de Mme Poisson et de la Dr Ying Li, lors d'une conférence sur les impacts des CEM sur la santé, organisée par les Amies de la Terre, le Pr Paul Héroux, déplore que les effets soient cumulatifs. Si bien qu'on peut ne rien ressentir à court terme et devenir hypersensible avec le temps, allègue cette sommité en la matière et directeur du programme de santé au travail du département d'épidémiologie de McGill. Résultat : fatigue chronique conduisant à un «populaire» diagnostic de fibromyalgie. Toutefois, la médecine reste molle devant le problème, même si on associe de plus en plus l'exposition aux CEM à des maladies dégénératives et divers cancers.

«Le plus dommage dans tout ça, s'attriste M. Héroux, c'est que l'industrie pourrait facilement et à peu de frais produire des appareils électroniques exempts d'émission de CEM. Mais, les ingénieurs sont comme des enfants qui veulent créer tout ce qu'ils imaginent, sans se soucier des retombées sur la santé des gens et l'environnement. Il suffirait d'un peu de volonté et on pourrait éviter de graves problèmes de santé à long terme. Accordez-moi une fin de semaine, avec l'aide de deux étudiants stagiaires en génie, et je vous dépose des plans efficaces et prêts à la fabrication.»

Principe de précaution

À son avis, que partage Dr Ying Li, le principe de précaution devrait primer en attendant la production d'appareils électroniques exempts de CEM. Les deux scientifiques se désolent que les normes de santé canadiennes en la matière soient plus permissives même que celles de la Chine. Or, une exposition à long terme ne peut que conduire à une modification du métabolisme humain. Surtout, que les règles actuelles ne s'attardent qu'aux effets thermiques négligeant totalement les impacts biologiques.

«Le phénomène remonte aux besoins de logistiques militaires lors de la 2e Guerre mondiale. Avec le temps, l'industrie commerciale a pris le relais et profité du laxisme établi par la communauté du génie pour ne pas freiner le développement des produits. Maintenant, les intérêts commerciaux en jeu sont immenses et on ne veut plus resserrer les normes», expose Pr Paul Héroux, rappelant que le corps humain n'arrive pas à s'habituer aux CEM, car ceux-ci ne sont pas naturels et n'existent que depuis l'avènement de la modernité au XXe siècle. Il souhaite que les consommateurs deviennent plus exigeants envers l'industrie pour la protection de leur santé.

Lire aussi le texte sur les précautions contre les CEM.