Le droit au service de l’armée


Publié le 10 novembre 2011

Officier d’infanterie, pilote, soldat des blindés, technicien en approvisionnement; certains métiers des Forces armées canadiennes viennent tout de suite à l’esprit quand on pense aux possibilités de carrières qu’offre l’armée. Mais ce ne sont pas les seuls emplois existants, loin de là. On retrouve aussi des militaires qui sont médecins, musiciens, officier des sciences biologiques, avocat ou cuisinier. Au cours des prochaines semaines, le groupe Québec Hebdo vous présentera quelques-uns des métiers moins connus des Forces armées canadiennes. Comment ces militaires hors de l’ordinaire ont découvert leur métier, pourquoi l’ont-ils choisi, qu’est-ce qui les a menés là où ils sont? Voilà le point de départ permettant de mieux connaître la vie sur la Base militaire de Valcartier. (NDLR)

Jean Caron avait 19 ans quand son père est décédé. Convaincu qu'il risquait d'être un fardeau pour sa mère et sa famille s'il ne prenait pas rapidement son avenir en main, il a décidé de s'engager dans l'armée, mettant de côté son rêve de devenir avocat. Pourtant, sa passion pour le droit allait finir par le rattraper tôt ou tard. Rencontre avec le major Jean Caron, juge-avocat adjoint au sein des Forces armées canadiennes.

Adolescent, celui qui a grandi à Charlesbourg et qui habite maintenant Loretteville était passionné par la loi. À 14 ans, il avait déjà lu le Code civil. Lors des congés scolaires, il allait passer des journées complètes au vieux palais de justice, juste pour s’imprégner de l’atmosphère et admirer les avocats en action. Son premier cours de droit, il le suit en cinquième secondaire, ce qui confirme son désir de devenir un homme de loi. «Je suis tombé dans la soupe tout jeune et j’en suis bien content», résume Jean Caron.

Mais alors, pourquoi quelqu’un qui était certain de son choix de carrière n’a-t-il pas tout simplement poursuivi ses études en droit? En entrant dans l’armée, celui qui voulait si fort devenir avocat ne s’est pas facilité les choses, bien au contraire. «C’est beaucoup plus facile d’être accepté en droit directement par l’université qu’à travers les forces. Deux ou trois capitaines à travers tout le Canada sont choisis chaque année pour suivre un bac subventionné en droit. J’ai appliqué trois années de suite avant d’être choisi», explique le major Caron.

Quand il s’est engagé en 1980, le major Caron a plutôt bifurqué vers l’administration pour ne pas dépendre financièrement de sa famille pour ses études. Diplômé du collège militaire en 1984, il travaille ensuite comme officier de logistique spécialisé en approvisionnement pendant neuf ans. Toujours obsédé par le droit, il finit par décider de suivre des cours du soir. En 1995, après trois ans à insister, il est enfin choisi par les Forces armées canadienne pour devenir avocat et entame un bac en droit à l’Université de Montréal.

Du pain sur la planche

Dans les Forces armées, les avocats ne chôment pas. Le major Jean Caron a un horaire de travail de neuf heures par jour, deux de plus que la moyenne des militaires. Pourtant, il décrit ses occupations avec passion. «Ce n’est pas un travail routinier et j’adore ça. Le travail d’avocat dans l’armée est plus varié que dans le civil. On est aussi appelés à voyager», décrit-il.

S’il était resté dans le domaine de la logistique, le major Jean Caron serait plutôt le lieutenant-colonel voire le colonel Jean Caron. Peu lui importe. Pour lui, réaliser son rêve et faire ce qu’il aime compte plus qu’un grade.

Et puis quand il relate ses aventures en tant qu’avocat, on voit bien toute la passion qu’il met dans son travail. Après une mission de six mois en Bosnie, il a été le premier Canadien au NORAD (Commandement de la Défense aérospatiale de l'Amérique) au Colorado. Après cinq ans comme procureur militaire, il a conseillé le Royal 22e Régiment en Afghanistan pendant une mission qui a duré huit mois en 2010.

Aujourd’hui, il agit à titre de conseiller en droit des opérations à la Base militaire de Valcartier, donne de la formation et s’occupe de justice militaire. Les causes qui lui sont confiées sont variées. «Tous les jours, je reçois les dossiers de gens qui ont commis une bévue. Les unions de fait amènent aussi beaucoup de questions», cite le major à titre d’exemple. Il faut dire que les Forces armées ont juridiction sur les militaires 24 heures sur 24, sept jours par semaine.

Le major Jean Caron ne risque pas de manquer de travail de sitôt. «Depuis les dix dernières années dans les Forces armées, il n’y a pas un commandant qui a fait un pas sans demander à un avocat s’il s’en va dans la bonne direction», conclut l’homme de loi.

Québec Hebdo