Anacolor : «Fais de l'air!» scandent les citoyens à Cap-Rouge


Publié le 18 mars 2017

Des citoyens de tous âges marchaient à Cap-Rouge aujourd'hui.

©(Photo TC Media - Prisca Benoit)

MANIFESTATION. «Fais de l'air!»: tel était le message qu'on retrouvait sur les affiches des citoyens de Cap-Rouge samedi, venus témoigner de leur mécontentement face à leur voisin Anacolor.

Plus d'une centaine de citoyens de Cap-Rouge ont fait acte de présence à la manifestation pour la qualité de l'air dans le Vieux Cap-Rouge. L'organisatrice de la marche, Marie-Claude Rousseau, est elle-même incommodée par les odeurs provenant de l'usine de peinture Anacolor. «On constate que les odeurs continuent malgré le fait que l'usine dit se conformer, rapporte-t-elle. Au niveau du confort et du bien-être de la population, on ne répond pas du tout à ce que les citoyens demandent.»

L'organisatrice se réjouit néanmoins de voir que le dossier a rebondi jusqu'aux portes de l'Assemblée nationale. «Ça se parle de plus en plus, alors c'est une bonne nouvelle, admet-elle. Cependant, il y a encore place à l'amélioration. L'usine conteste encore et toujours les avis que le ministère lui donne. On se demande quand tout ça va se régler. C'est préoccupant.»

Marie-Claude Rousseau reste sceptique quant à la façon de procéder du ministère de l'Environnement au moment où celui-ci prend ses échantillons dans l'air de Cap-Rouge. «L'usine est toujours au courant quand le ministère vient prendre ses échantillons. Est-ce que c'est la meilleure façon de faire? C'est questionnable», estime-t-elle.

L'organisatrice de l'événement, Marie-Claude Rousseau

©(Photo TC Media - Prisca Benoit)

La porte-parole du Regroupement citoyen pour la qualité de l'air de Cap-Rouge, Stéphanie Houde, a de la misère à croire qu'Anacolor a rendu conforme ses émanations de COV. «Pendant la semaine d'échantillonnage, plusieurs personnes ont soulevé que la production ne semblait pas représentative, note-t-elle. Les épisodes d'odeurs semblaient moins intenses et moins fréquents. Est-ce que vraiment c'était une semaine de production représentative?»

Même son de cloche du côté du député caquiste, Éric Caire. «Il faut bien comprendre que l'entreprise a été avisée un mois d'avance que le ministère de l'Environnement s'en venait. […] Est-ce que les processus d'Anacolor expliquent les résultats du dernier rapport ou est-ce que l'entreprise a levé le pied dans sa production pendant la semaine que le ministère était là?»

Toujours des problèmes d'odeurs

Même si l'analyse du ministère de l'Environnement ne fait pas état d'une concentration trop élevée de COV dans l'air, Stéphanie Houde y voit toujours des problèmes de nuisance dans le voisinage. «Même si ça ne nous porte pas à développer un cancer, de rentrer chez soi avec un mal de tête parce que l'air ambiant dehors sent le parfum ou les solvants, c'est un problème de santé publique», estime-t-elle.

La solution prônée par les manifestants de la marche de samedi reste selon eux le déménagement. «Je ne veux pas la fermeture de l'usine, il y a des emplois en jeu, mais un moment donné, peu importe les solutions mises de l'avant, ça ne fonctionne pas, les odeurs persistent», juge Marie-Claude Rousseau. «C'est la compagnie qui a créé le problème, c'est la compagnie qui doit bouger, assure pour sa part la députée péquiste Agnès Maltais. Rendu à ce stade-ci, il ne reste qu'une seule chose: relocaliser. Il faut qu'elle sorte d'ici.»

Au niveau municipal, la chef de l'opposition officielle Anne Guérette estime que la Ville de Québec doit désormais appliquer son règlement sur les nuisances. «Le message est clair aujourd'hui: les nuisances persistent, lance Mme Guérette. Nous avons un règlement [sur les nuisances] et Régis Labeaume doit appliquer ce règlement le plus rapidement possible en imposant les pénalités qu'il a le pouvoir d'imposer.»