Peut-on arrêter les « trolls »?

Analyse du sujet avec une spécialiste en communication numérique


Publié le 17 février 2017

Red Computer keyboard with two speech bubble showing bla bla

Est-ce que museler les internautes polémistes – les « trolls » –, qui agissent sur les plateformes Web des médias est la bonne solution pour les arrêter? La spécialiste en communication numérique chez O2 Web, Johanie Bouffard, tend à se rallier à l’opinion exprimée par le maire de Québec, Régis Labeaume, qui a fait jeudi une sortie contre « les trolls » sur les sections de commentaires de Québecor et réclamé une meilleure gestion des commentaires haineux, particulièrement dans le contexte de l’attentat à la Grande Mosquée de Québec.

TC Media Nouvelles : Quelle est votre réaction sur les commentaires du maire de Québec?

Johanie Bouffard : « Quand je lis ça, je le comprends, parce qu’on lit des atrocités sur certains médias […] Je comprends tout à fait sa position, parce que ça n’a pas de bon sens qu’on laisse ça ouvert à des commentaires atroces et inhumains. Mais, ce désir d’ouverture aux internautes, ça part d’un principe qui est quand même très important à l’ère des médias sociaux : la démocratisation de l’information et la participation au débat public. Dans le cas des événements de la tuerie de Québec ou [par exemple] sur les questions des transgenres : on voit des médias dans lesquels il y a beaucoup de commentaires qui sont très acerbes envers des personnes précises. C’est que, ce sont des commentaires qui deviennent très personnels et qui ne font pas du tout avancer le débat public. Donc c’est tout à fait légitime de se poser la question si c’est légitime ou pas d’avoir ce débat-là. »

TC Media Nouvelles : « Qu’est-ce qui différencie un “troll” de quelqu’un qui peut être maladroit pour s’exprimer ou qui a des idées marginales? »

Johanie Bouffard : « Moi, je le vois beaucoup dans l’intention. Un “troll”, c’est une personne qui a vraiment une intention de brasser la cage et de créer un tollé et de déranger. Ce n’est pas mauvais de déranger, mais c’est souvent que ça va se faire avec de faibles arguments, des propos peu recherchés et peu nuancés. Donc, c’est vraiment de créer de la haine autour d’un sujet. Malheureusement – et ça, on le constate beaucoup – la haine attire la haine. »

Johanie Bouffard, spécialiste en communication numérique

TC Media Nouvelles : « Est-ce que ça doit être encadré différemment quand on est dans le contexte d’après un attentat? »

Johanie Bouffard : « Malheureusement, je ne vois pas comment on pourrait encadrer les échanges dans certains types d’événement. Mais pour les enjeux de sécurité : les médias et les services de police, je pense qu’ils devraient être très sensibilisés pour assurer une sécurité aux personnes. »

TC Media Nouvelles : « Est-ce qu’il y a une façon d’arrêter ce phénomène? Ou non, c’est utopique de dire qu’on peut arrêter ça? »

Johanie Bouffard : « S’ils ferment une section de leurs commentaires, c’est une chose, mais les débats vont se déplacer dans les médias sociaux – et il y en a déjà des commentaires sur les médias sociaux. L’humain est un peu mal fait aussi : on parle souvent de l’attention sélective, du fait qu’on va toujours s’informer ou regarder des nouvelles qui nous confortent dans nos idées, [sans compter] l’algorithme de certains médias sociaux qui nous renvoient du contenu qui correspond à nos intérêts. Ce que je veux dire, c’est que si le débat est transposé sur les médias sociaux plutôt que sur les blogues, il va toujours y avoir des personnes qui vont s’alimenter l’une et l’autre et qui vont se conforter dans leur position sur un débat. […] Même si on ferme la plateforme, même si on ferme le blogue, le débat va se déplacer ailleurs. Je ne pense pas que ça va arrêter cette hargne, à moins que ce soit géré de façon responsable par les gestionnaires de communauté des médias ».

Johanie Bouffard fait partie de l’Observatoire des médias sociaux en relations publiques de l’Université Laval. Elle a accepté de répondre aux questions de TC Media après avoir fait une revue des propos exprimés jeudi sur le sujet par le maire de Québec tels que rapportés dans divers médias de Québec.

TC Media